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Etude de terrain de l’utilisation du R+ et du R-

Étude de terrain de l’utilisation du R+ et du R-

Je vais vous parler aujourd’hui d’une étude scientifique réalisée par une étudiante du Laboratoire d’Ethologie Expérimentale et Comparée, Université Paris-Nord, Stéphanie Deldalle.
Elle a étudié en 2014, l’impact de l’utilisation du R+ et du R- sur le stress du chien. L’intérêt de cette étude est qu’elle est basée sur des observations de terrain, en assistant à des cours d’éducation dans 2 clubs canins français. Le panel de chiens étudiés est varié, tant en taille qu’en âge.
Vous trouverez les références de l’étude en bas de cette page, et un résumé en français dans la 2ème partie de cet article.
Je trouve ce travail extrêmement intéressant et bien mené, avec toute la rigueur et le sérieux qu’on attend d’une telle étude.

R-, stress et relation entre le chien et le maître:

Contrairement à ce qu’on peut lire très souvent, cette étude montre que le R- (retrait d’un stimulus aversif) engendre un stress, certes, mais non préjudiciable au bien être du chien, ni à sa relation avec son maître.

Ce stress , est parfaitement supporté, et n’est pas associé à la présence de maître. En fait le chien associe la commande vocale à l’arrivée de stimulus aversif. La commande vocale devient une source de stress …..
J’avais parlé de ce phénomène ici, et aussi  ici.

Cela confirme que le R- n’est pas autonome. Il est forcément associé à du P+, j’en avait parlé dans cet article (pour pouvoir enlever un stimulus aversif, il faut forcément l’avoir ajouté au préalable !). Lors de l’utilisation du stimulus aversif (P+), il faut être vigilant dans l’association que fait le chien entre les stimuli présents à ce moment là. Dans l’exemple donné, l’apparition de la contrainte sur le chien est contingente avec l’ordre vocal, d’où l’association qui en résulte.  L’ordre vocal devient le stimulus aversif, la punition, alors que le chien estime n’avoir rien fait de mal, et crée le stress, un grand classique de la mauvaise utilisation de la punition.

L’étude souligne aussi l’importance de l’interaction au quotidien entre le chien et le maître, ce qui explique que l’utilisation du R- lors d’une séance d’éducation ne se généralise pas à d’autres situations, la relation entre le chien et le maître n’est pas dégradée, car basée sur de nombreuses autres interactions plus gratifiantes.

De plus, comme je l’ai expliqué dans cet article, le stress n’est pas forcément mauvais, il augmente même l’efficacité de l’apprentissage dans certaines conditions.

Qualification du leurre comme R+ :

Dans l’étude, l’utilisation du leurre alimentaire pour faire asseoir le chien est présenté comme du R+. Je ne suis pas d’accord avec cela. Tout au long de ce blog, je vous explique que le chien doit comprendre le lien entre ses actions et leurs conséquences, ce qui est la base du conditionnement opérant.
Avec le leurre, le chien comprends qu’il est récompensé si son museau suit le leurre, ni plus ni moins. Le leurre est utilisé si on veut travailler sur la mémoire musculaire, pas si on veut faire travailler le cerveau du chien (néocortex) , on ne s’adresse pas au bon cerveau

Utilisation du contact visuel comme signe de bien-être et de bonne relation :

Je suis extrêmement dubitatif sur cette affirmation. Certes, lorsque le regard du chien se porte fréquemment sur le maître, c’est le signe que le chien est demandeur. Mais cette demande peut être le résultat d’une incompréhension. Le chien n’a pas compris ce que le conducteur veut, et il demande une confirmation. Voire, il a compris qu’en regardant son maître il obtient une récompense (conditionnement du maître par le chien, comme expliqué ici.) Certes cela peut être vu comme une « bonne relation », mais ce n’est pas une relation saine du point de vue éducation.

Résumé en français de l’étude

Méthodologie

Deux exercices ont été étudiés : le assis et la marche aux pieds, avec utilisation du R+ ou du R- (de façon distincte, chacun des deux clubs canins observé, utilise uniquement une des 2 façons de récompenser.)

Le assis

R+ : le chien est leurré avec une récompense alimentaire jusqu’à ce qu’il s’assoit. Pour les chiens plus expérimentés, la récompenses est donnée une fois que le chien s’est assis après en avoir reçu le signal.
R- : le maître exerce une traction verticale sur la laisse, et appuie légèrement sur les reins du chien si besoin. Lorsque le chien s’assoit, la traction sur la laisse cesse, et parfois une récompense alimentaire est distribuée

La marche

R+ : le chien est récompensé vocalement lorsqu’il marche près de son conducteur
R- : Lorsque le chien s’éloigne ou tire sur la laisse, le conducteur tire dans l’autre sens. Le conducteur ne donne aucune indication vocale.

Le stress est analysé en observant l’attitude corporelle du chien

Conclusions de l’étude

Effet de la méthode sur le stress

Dans le groupe utilisant le renforcement négatif, le nombre de chien présentant des comportements lié au stress est plus important lors de l’apprentissage du assis. En revanche, sur l’apprentissage de la marche en laisse qui n’implique aucune commande vocale de la part du maître, il n’a pas été remarqué de différence significative entre les 2 méthodes sur le stress du chien.
Cette étude de terrain sur l’utilisation des méthodes d’entraînements utilisant le R+ et le R- pour éduquer les chiens de compagnie confirme les études précédentes basées sur les réponses à des questionnaires distribués aux propriétaires des chiens. Il a aussi été constaté que le stress observé lors de l’apprentissage du assis ne se propage pas à l’apprentissage du debout. Cela est en contradiction avec une autre étude portant sur le dressage de «chiens de garde» (bergers allemands) utilisant des méthodes dures et fortement aversives. On ne sait pas si dans l’étude en question, les chiens vivaient avec leur maîtres, ou si leurs seul contact étaient les séances d’entraînement, car des études ont montré l’importance du cadre de vie des chiens militaires sur leur niveau d’obéissance et d’agressivité. On peut donc supposer que dans le cadre de notre étude, le stimulus aversif (tirer sur la laisse) n’a pas été associé à la simple présence du conducteur. Ce qui en revanche ne s’applique pas au cas d’une commande vocale (le assis) ; on peut donc supposer que le stress observé sur l’apprentissage du assis est lié à la méthode utilisée pour cet exercice (par association). La commande « assis » ayant été assimilée au stimulus aversif.

Effet de la méthode sur la relation entre le maître et le chien

Seulement 3 chiens ont présenté des comportements d’évitement lors de l’apprentissage du assis. On peut donc en conclure que la méthode R- n’est pas suffisamment stressante pour affecter la relation entre le maître et le chien.
L’analyse du regard vers le maître apporte des informations intéressantes. Des études ont montré que ce comportement est un bon indicateur de la relation entre le chien et le maître. Bien qu’un nombre identique de chiens éduqués suivant les 2 méthodes aient montré un non évitement du regard (comportement pour échapper au stress), les chiens entraînés avec la méthode R+ regardent beaucoup plus souvent leurs maîtres. Cela suggère une relation plus stable entre le chien et son maître. Bien évidement, regarder la récompense tenue dans la main du maître peut fausser cette analyse, mais en contrepartie, sur les chiens dont l’entraînement est plus avancé, ce regard vers le maître est généralement maintenu.

Effet sur le bien-être animal

Plusieurs études ont montré que l’utilisation du R+ amène moins de problèmes de comportement et une meilleure obéissance. Et réciproquement, des études ont montré que l’utilisation de stimuli aversifs entraîne stress, peur, comportements agressifs. Cette recherche n’a pas étudié le niveau d’obéissance en fonction du type de méthode utilisée pour l’apprentissage et ne peut donc confirmer ou infirmer les études précédentes sur ce point. Sur les autres points, les résultats de cette étude sont cohérents avec ceux des études précédentes, sauf en ce qui concerne la peur et les comportements d’évitement qui n’ont pas été constatés. De plus, on ne peut pas conclure que le bien être de l’animal ai été réduit.
Toutefois, la relation entre le maître et son chien peut être compromise si on se base sur le nombre de regards du chien vers le maître. En outre, l’intervention verbale du maître sur le chien semble produire plus de signes de stress dans le groupe utilisant le R-. Ces résultats soulignent un possible effet de bord du renforcement négatif, si on se base sur le nombre d’interactions initiées par le chien à travers un contact visuel.
Cette étude confirme aussi que la taille du chien n’a aucun effet sur les comportements observé.

L’étude se termine en mettant en avant les points qui peuvent avoir affecté les résultats

  • Le faible nombre de chiens étudié. Il faudrait refaire le test dans d’autres clubs canins
  • L’influence de « la vie en dehors du club », en particulier le comportement des maîtres à la maison.
  • Utilisation de la punition : on peut supposer que les personnes qui utilisent le P- (retrait d’un stimulus agréable) sont celles qui utilisent le R+ et la nourriture, alors que celles qui utilisent le P+ (ajout d’un stimulus aversif) sont celles qui utilisent le R- et la laisse.

Référence:

Effects of 2 training methods on stress-related behaviors of the dog (Canis familiaris) and on the dog-owner relationship

March 2014

Journal of Veterinary Behavior Clinical Applications and Research 9(2)

DOI:10.1016/j.jveb.2013.11.004

Stéphanie Deldalle, Florence Gaunet

Comparaison de 3 méthodes pour faire cesser un comportement

De quoi s’agit il ?

En parcourant le net, je suis tombé sur cette étude scientifique sur la comparaison de méthodes de punition , qui a retenu mon attention  car menée de façon très rigoureuse et sans à priori:

THESE

L’objectif est de comparer 3 méthodes de punition (au sens « apprentissage », c’est à dire pour faire cesser un comportement).

Les 3 méthodes sont:

  • « signal d’arrêt », c’est à dire punition négative par suppression de récompense, le chien ayant été entraîné progressivement à abandonner une distraction de plus en plus élevée, le retour au maître étant alors fortement récompensé
  • collier à pointes
  • collier électronique

Les 2 points qui sont observés :

  • l’efficacité en terme d’apprentissage (le comportement ne se reproduit plus lorsque la même situation se représente)
  • le niveau de stress produit par application de la punition (par observation de la modification de l’attitude corporelle suivant l’étude de BEERDA (1997) and
    SCHILDER and van der BORG (2003).

Protocole suivi

Ce thème étant particulièrement sujet à polémique, les auteurs (allemands) de cette étude se sont assurés que celle-ci était menée avec un maximum de rigueur scientifique. Chaque paramètre pouvant influer le résultat  est minutieusement analysé et mis sous contrôle.

Les auteurs ont observé 42 malinois appartenant à des unités de police de 2 villes différentes (Muenster et Hannover). Ce choix est justifié par le fait d’éviter les dispersions liées aux races différentes, et par le dressage identique suivi par tout les chiens (même centre d’entraînement) pour éviter les dispersions liées au dressage antérieur à l’expérience.

Dans le cas d’utilisation du collier électronique, c’est le même dresseur qui donnait la punition pour toutes les expériences afin d’éviter les dispersions liées au timing (identifié comme un paramètre très influençant).

Les expériences se sont toute déroulées sur le même terrain (1 par ville), terrain d’entraînement habituel des chiens.

La distraction était toujours donnée par la même personne afin d’éviter toute dispersion liée à son intensité.

L’exercice était le suivant.

  • Le maître et son chien rentre sur le terrain en marche au pied, chien concentré sur son maître
  • L’assistant, muni d’une manche de protection et d’un fouet essaie de distraire le chien
  • Si le chien se détourne de son maître, la punition est donnée
  • L’expérience est renouvelée 3 fois à 3 jours d’intervalle.
  • Si le chien ne se détourne plus de son maître lors du 2ème ou 3ème jour, l’apprentissage est considéré comme validé

Résultats

Efficacité de l’apprentissage

Signal d’arrêt

L’efficacité en terme d’apprentissage n’a pas pu être mesurée car seulement 4 chiens sur 42 se sont détournés de la distraction, et parmi ceux ci seulement 3 ont « appris » à ne pas se détourner de leur maître. La conclusion est donc que cette méthode ne fonctionne pas de façon fiable pour faire cesser un comportement fortement motivant, et que son effet d’apprentissage est quasi nul.

Collier à pointes

Tous les chiens ont repris leur marche au pied en portant leur attention sur leur maître après application de la punition. 32 chiens sur 42 ont appris, c’est à dire qu’il ne se détournaient plus de leur maître si la distraction était à nouveau provoquée.

Les auteurs insistent sur le fait que c’est le maître qui applique la punition, et donc il y a une dispersion dans le timing, ce qui explique les résultats.

Collier électronique

Tous les chiens ont repris leur marche au pied en portant leur attention sur leur maître après application de la sanction. 40 chiens sur 42 ont appris, c’est à dire qu’il ne se détournaient plus de leur maître si la distraction était à nouveau provoquée.

Effet sur le stress

Généralité

Les auteurs insistent sur le fait que l’analyse du niveau de stress ou de soumission par observation de la posture du chien est fortement influencé par la relation qu’entretient le chien avec son maître. Pour évaluer celle-ci, la posture est au préalable analysée lors d’une séance d’entraînement ordinaire, entrecoupée de séances de jeux

Signal d’arrêt

Seuls 4  chiens sur 42 ont put être évalués, car ce sont les seuls à avoir réagit à la punition. 3 chiens ont montré des signes de soumission importante, 1 des signes de soumission moyenne.

Collier à pointes

Les auteurs notent que par son action mécanique sur le corps et la tête du chien, le collier à pointes fausse les observations. Les modifications de postures sont notées chaque fois que la punition est appliquée. Comme l’effet d’apprentissage est important, la plupart des chiens n’ont été sanctionné qu’une fois, ce qui réduit le nombre d’observations. En combinant toute les observations de modifications de posture, on arrive à environ 30% des chiens légèrement en position de soumission, et 50% en position de soumission.

Collier électronique

Les auteurs notent que la punition n’étant pas donnée par le maître, il y a un effet de surprise sur le chien qui s’ajoute à l’effet de soumission dans la modification de posture. En combinant toutes les observations de modifications de posture, on arrive à environ 40% des chiens légèrement en position de soumission, et 30% en position de soumission.

Discussion

généralité

Les auteurs insistent sur le fait qu’une punition doit respecter 3 critères pour être efficace:

  • elle doit être immédiate
  • elle doit être associée au comportement à faire cesser, et uniquement à celui ci
  • elle doit être administrée par l’environnement

Comparaison des méthodes

La punition par « signal d’arrêt » n’est pas efficace en cas de forte distraction. Dans les quelques cas ou elle a fonctionné, c’est la moins stressante. La personnalité du chien, et sa relation avec son maître, influence fortement le résultat. Elle requiert un long apprentissage préalable, si possible lorsque le chien est très jeune.

La punition par collier électronique est la plus efficace, et la moins stressante . Cette punition est celle qui respecte le plus les 3 critères d’une punition efficace.

La punition par collier à pointes est relativement efficace, mais la plus stressante de par son action mécanique. Son application par le maître ne permet pas de respecter le critère « administrée par l’environnement ».