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UTILISATION DU CLICKER POUR L’ÉDUCATION CANINE

UTILISATION DU CLICKER POUR L’ÉDUCATION CANINE

clickers

Le clicker est un outil dont l’efficacité n’est plus à démontrer. Dans des mains expertes, il permet une finesse et une efficacité du dressage inégalée. Le dressage moderne de chien de compétition, ou pour un travail opérationnel, ne saurait s’en passer.

Mais qu’en est-il avec un maître débutant qui veut simplement éduquer un chien de compagnie ?

Personnellement, j’ai renoncé à enseigner l’utilisation du clicker dans mes cours collectifs d’éducation. Le maître débutant est déjà assez encombré avec sa laisse et sa réserve de récompenses alimentaires, et si vous rajoutez un clicker, vous le perdez définitivement. Il va passer son temps à ramasser le tas de récompenses qu’il a fait tomber, à se détortiller de sa laisse, ou à se rappeler de récompenser. Sans parler de ceux qui oublient le clicker à la maison une fois sur deux. Au final, ce ne sera pas efficace et amusant.

Je me contente de leur enseigner la récompense alimentaire (leurre et un peu de shaping avec marqueur vocal pour les plus dégourdis).

Mais je culpabilisais en me disant que l’apprentissage serait quand même plus efficace avec un clicker. Heureusement, des scientifiques australiens se sont posés la même question. Et il sont arrivés à la conclusion qu’effectivement, pour des maîtres débutants voulant éduquer un chien de compagnie, le clicker n’apportait rien de plus par rapport à  la récompense alimentaire simple. Dans certains cas, les maîtres ont même trouvé l’utilisation du clicker trop complexe et rébarbative.

Chers collègues éducateurs et moniteurs, ne culpabilisez plus si vous trouvez vos élèves perturbés par le clicker ! Laissez tomber, revenez à la récompense simple, et réservez l’enseignement du clicker à vos élèves les plus doués et les plus motivés. Car ce qui compte, c’est le résultat ressenti par le maître : amusement et apprentissage visible.

Et chers maîtres débutants, ne choisissez pas un club canin ou un éducateur professionnel sur le simple fait qu’il enseigne le clicker. Préférez un enseignant pragmatique qui saura se mettre à votre niveau et saura vous faire progresser en vous amusant.

L’expérience scientifique

Référence de l’article :

Is clicker training (Clicker + food) better than food-only training for novice companion dogs and their owners?

May 2018Applied Animal Behaviour Science 204

DOI: 10.1016/j.applanim.2018.04.015

Lynna C Feng, Naomi H. Hodgens,Jessica Woodhead, Pauleen C Bennett

Méthodologie

Un groupe de maîtres de chiens de compagnie a été recruté via des annonces. Ces personnes et ces chiens n’avaient jamais pratiqué d’éducation canine. Le panel de maîtres et de chiens est varié (âge, genre, taille, ..). Lors d’une première visite au laboratoire , chaque maître remplit un questionnaire, puis fait quelques exercices avec son chien. Cela permet aux expérimentateurs de faire un premier bilan, et d’écarter des chiens qui présenteraient un trouble du comportement.

Ensuite, les équipes ont été réparties de façon aléatoire en 2 groupes:

  • les participants du premier groupe se verront enseigner l’éducation de leur chiens en utilisant uniquement de la nourriture
  • les participants du deuxième  groupe se verront enseigner l’éducation de leur chien en utilisant un clicker + de la nourriture

L’enseignement est dispensé par un éducateur expérimenté. Il est réalisé au domicile du participant (ou dans un lieu proche choisi par le participant). L’enseignement dure 6 semaines, puis chaque participant revient au laboratoire pour un une visite de debriefing, faire quelques exercices avec son chien, et remplir un nouveau questionnaire. Un troisième entretien optionnel leur est proposé quelques semaines plus tard (pour ceux qui ont continué d’éduquer leurs chiens par eux même).

analyses des résultats

Quels que soit le groupe considéré, il n’a pas été noté d’évolution entre les 2 visites concernant la relation chien-maître, les compétences d’éducation des maîtres, les performances sur le parcours d’obstacles, ou l’impulsivité des chiens.
En moyenne, pour tous les groupes, les maîtres ont noté une baisse de l’impulsivité de leur chien suite aux séances d’éducation.
Il n’a pas été noté de différence significative entre les 2 groupes, tant dans les performances de l’apprentissage, que dans le maintient des performances lors de la 3ème visite après la fin de l’entraînement. Il n’a pas été noté non plus de différence dans l’apprentissage de « trick », non inclus dans la formation.
Des études précédentes avaient déjà démontré que l’utilisation de la nourriture seule comparée à l’utilisation du clicker+nourriture n’influait pas sur la performance de l’apprentissage, cette étude le confirme.

La présente étude a utilisé les données recueillies pour analyser si l’utilisation du clicker augmentait le nombre de cessions d’éducation hebdomadaires réalisées librement (car plus « fun »). Ce n’est pas le cas. Pas de différence non plus sur les autres critères, à savoir : la joie ressentie pendant les cessions, (globalement jugées très « fun »), et la difficulté d’apprentissage vue du chien.
Par contre, en ce qui concerne la difficulté vue du maître, l’utilisation du clicker est jugée globalement plus importante.
Avec une exception pour les exercices « va toucher la cible », et « va dans ton panier » dont l’apprentissage est jugé plus simple et plus efficace avec un clicker. Cela suggère que les apprentissages, lorsque le chien est éloigné du maître, sont plus efficaces avec un clicker.
Des études plus anciennes ont démontré une meilleure efficacité de l’utilisation du clicker par rapport à l’utilisation de la nourriture seule, lorsque utilisé par des dresseurs expérimentés. Ce que ne montre pas la présente étude, probablement en raison de la durée courte de l’entraînement. Six semaines est toutefois un standard pour les stages d’éducation, mais semble trop court pour commencer à voir un bénéfice dans l’utilisation du clicker.

Cette étude démontre que l’utilisation du clicker n’apporte pas de bénéfice significatif lorsqu’il est utilisé par des débutants, pour apprendre des exercices simples, avec des chiens de compagnie ne présentant pas de troubles du comportement, sur une durée de 6 semaines. Toutefois, pour certains exercices, le clicker s’est montré plus efficace pour l’apprentissage. 

 

 

Jouer avec son chien : lien entre le jeu, la dominance et l’attachement

Jouer avec son chien : lien entre le jeu, la dominance et l’attachement

Cet article est un résumé d’une étude de l’université de Southampton :
Links Between Play and Dominance
and Attachment Dimensions
of Dog-Human Relationships
Nicola J. Rooney and John W. S.
Bradshaw Anthrozoology Institute, University of Southampton, SO16 7PX. U

Description de l’étude

Il est souvent rapporté que la façon de jouer avec son chien peut déclencher des problèmes de comportement.
Cela peut aller jusqu’à créer des comportements considérés comme indésirables pour le propriétaire du chien, avec pour conséquence l’euthanasie de l’animal.
Les auteurs de l’étude ont voulu comprendre ce qu’il en était réellement, et séparer les mythes et autres idées préconçues des faits expérimentaux. Pour cela, ils ont étudié 50 binômes maître/chien. L’originalité de l’étude est qu’elle a été réalisée sur des binômes maître/chien qui n’ont pas de problèmes particuliers, dans le milieu de vie quotidien du chien, et avec les maîtres. Alors qu’habituellement, les études sont menées en laboratoire par un ou des expérimentateurs, sur des chiens posant un problème de comportement.
Ils se sont limités à l’étude de deux caractéristiques importantes aux yeux des propriétaires de chiens de compagnie, à savoir :

  • Dominance : tendance du chien à affirmer la priorité d’accès aux ressources.
  • Attachement : tendance du chien à chercher et maintenir le contact avec son maître.

Ils ont aussi étudié quelques aspects collatéraux de ces deux traits de caractères, tels que l’agression ou  l’hyper attachement. Ils ont aussi ouvert l’étude à des paramètres autres que la façon de jouer, tels que le lieu de couchage, l’âge du chien, l’interaction avec une personne étrangère. Il est bien évident qu’un échantillon de 50 binômes n’est pas représentatif de l’ensemble de la population canine et humaine, mais cela donne une bonne idée de la réalité.
Les auteurs se sont en particulier attachés à démontrer la véracité ou pas, de trois affirmations courantes :

  • Est-ce que l’initiation de l’interaction influe sur la dominance ?
  • Est-ce que les chiens qui ont un accès permanent aux jouets deviennent dominants ?
  • Est-ce que laisser dormir son chien dans son lit favorise l’hyper attachement ?

Comment les binômes étudiés jouent-ils ?

Keep-Away : le maître ou le chien prennent un objet, et l’autre essaie de lui voler
Fetch : le maître lance un objet et le chien le rapporte
Tug of war : tirer sur une corde, un jouet
Rough-and-Tumble : jeu de la bagarre
Chase : l’un poursuit l’autre

Résultats

Je vous laisse consulter l’étude complète qui foisonne de résultats intermédiaires.
Si il ne fallait en retenir qu’un:

il est plus que probable que c’est la relation qu’entretient le maître avec son chien qui détermine leur façon de jouer , et non l’inverse. Cette façon de jouer est un bon indicateurs de la relation entre le chien et le maître.

 

Regardons les autres résultats intéressants qui ressortent de cette étude.

Jeu de la bagarre :

Ce type de jeu est généralement déconseillé car il favoriserait la dominance et l’agression.

Cette étude arrive à la conclusion opposée. Ce jeu implique de nombreux contacts physiques entre le chien et le maître, et cela favorise le contact social, l’attachement, ainsi que l’envie du chien à coopérer..

Influence de l’âge du chien :

Le jeunes chiens cherchent plus fréquemment l’interaction avec leur maître que les chiens plus âgés.

Jeu du tug (tir à la corde)

tug of war

Ce jeu est généralement déconseillé car il favoriserait la dominance et l’agression.
Cette étude ne le confirme pas, tout comme d’autres étude citées par les auteurs. Un point concernant ce jeu est à souligner : faut-il laisser gagner le chien au risque de le rendre dominant et agressif, ou bien le maître doit il absolument contrôler le jeu ?
La réponse est un peu plus complexe qu’il n’y parait. Les maîtres qui laissent gagner le chien, ce n’est pas forcément un choix, mais une peur de l’agression (conflit pour la possession du jouet). Ce n’est donc pas le jeu qui rends agressif, mais il confirme l’agressivité existante (cf la première conclusion ..). Il est à noter que l’agression n’est pas lié à de la dominance, mais à l’appropriation d’un objet.

Et maintenant, revenons sur les trois questions du début.

Est ce que l’initiation de l’interaction par le chien influe sur la dominance ?

Il est communément admis qu’un chien qui initie le jeu présente un caractère dominant vis-à-vis de son maître.
Cette étude le confirme : les chiens qui sont à l’initiative du jeu sont moins coopératifs et plus sujet à agresser. Mais cela ne veut pas obligatoirement dire que c’est le fait de laisser son chien initier l’interaction qui le rend dominant. C’est même plus probablement le contraire : c’est parce que le chien est dominant dans la relation qu’il initie l’interaction. Ce type de chien est généralement renforcé au quotidien dans son statut de dominant : accès libre à toutes les pièces de la maison, demande permanente d’attention, quémande la nourriture ….. Ces chiens sont aussi moins enclins à coopérer avec leur maîtres.

Est-ce que les chiens qui ont un accès permanent aux jouets deviennent dominants ?

L’étude ne montre aucune relation entre accès permanent aux jouets  et dominance.

Est-ce que laisser dormir son chien dans son lit favorise l’hyper attachement ?

Cette étude ne montre aucun lien entre les deux. L’étude oriente  vers d’autres causes de l’hyper attachement, en particulier les chiens ayant déjà subit un abandon.