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La résistance à la distraction

Pourquoi cet article

L’un des plus gros problème rencontré en compétition canine est la distraction du chien, surtout dans les épreuves qui ne font pas fortement appel à un instinct du chien, et sont donc peu motivantes naturellement (obéissance en particulier).
J’ai donc cherché si des scientifiques n’avaient pas étudié cette question, et évidement, c’est le cas (sinon je n’aurai pas de quoi écrire cet article). Si vous lisez l’anglais dans le texte, faites des recherches sur « resistance to distraction », et « behavioural momentum »
Décortiquer les articles parlant de l’inertie comportementale et de la résistance à la distraction a été bien plus compliqué que la préparation de mes articles précédents. D’une part, parce que les études sont plus récentes (autour an 2000), et donc bénéficient de soixante-dix ans d’expérience d’étude (Thorndike, c’était les années trente), et d’autre part parce que de nombreux paramètres influencent le résultat. Les études font varier séparément chaque paramètre tels que l’environnement, les conditions initiales et finales, le type de distraction, afin d’en quantifier l’influence.
Sur certains points, les études sont parfois contradictoires, ou à minima incohérentes d’une étude à l’autre. Il a fallu classer et trier tout ça.

J’ai étudié des articles décrivant des expériences sur des pigeons, des rats, et des humains, et hélas comme presque toujours, rien sur les chiens. Mais des études se sont attachées à analyser la validité des résultats en fonction de l’espèce (pigeon, rat, humain), et au final, c’est assez cohérent.

Un peu de théorie

La théorie de l’inertie comportementale est une métaphore qui peut se décrire ainsi :

La métaphore est basé sur la deuxième loi du mouvement de Newton : Quand une force externe est appliquée à un objet en mouvement, le changement de vitesse est directement lié à l’ampleur de la force et est lié à l’inverse de la masse inertielle de l’objet. Traduite en termes de comportement : Quand un perturbateur est appliqué sur le comportement en cours, la diminution du taux de réponse est directement liée à l’amplitude du perturbateur et est en relation inverse de l’équivalent comportemental de la masse. Tout comme la masse inertielle est indépendante de la vitesse d’un corps physique en mouvement, la masse comportementale est indépendant du taux de réponse, à la fois conceptuellement et empiriquement.

Pour prendre un exemple concret d’inertie physique, pensez à un palet de hockey filant sur la glace. Si aucune force extérieure ne vient le perturber, il va continuer sa trajectoire en ligne droite. Pour lui faire changer de comportement, il faut lui appliquer une force pour, par exemple, le dévier, mais il va avoir tendance à s’opposer à cette force pour continuer dans la direction initiale (la fameuse inertie).

Les équations de la physique ont été transposées en étude du comportement. Ainsi la loi de Newton devient :

equation image

 

Bx : taux de réponse sous distraction
Bo : baseline (taux de réponse sans distraction)
x : force de la distraction
r : taux de renforcement

On constate sans surprise qu’au plus la distraction est forte, au plus le chien sera distrait. Mais, l’information importante à prendre dans cette équation est que la résistance à la distraction augmente avec le taux de renforcement ; c’est-à-dire qu’au plus on récompense, au moins le chien se laissera distraire.
Nous l’avons tous constaté en essayant de distraire un chien gourmand lorsqu’il mange sa gamelle (l’équivalent d’un renforçateur distribué en continu).
Évidement il y a une limite, on ne peut pas augmenter indéfiniment le taux de renforcement (les mathématiciens l’auront vu dans l’équation, r étant au dénominateur), sans parler du phénomène de satiété (une fois le chien repus, il est plus facile de le distraire de sa gamelle).

Nota : on peut aussi utiliser cette théorie pour réorienter un comportement non souhaitée vers un comportement souhaité. Pour cela on considère le comportement non souhaité comme étant la distraction.

Résultats expérimentaux :

Le taux de renforcement

Toutes les études confirment la théorie : au plus on renforce, au plus la résistance à la distraction augmente. Avec évidement une limite qui est la satiété. On va donc utiliser quelque chose qui pourra être utilisé de nombreuses fois, sans que la récompense soit elle-même une distraction : la nourriture, une récompense verbale (pas l’ordre de libération !), une légère caresse, pourront être utilisés. A choisir au cas par cas.

Le contexte

Le contexte agit comme un conditionnement de type Pavlov, en créant un lien entre le lieu et l’activité concernée. Si on a l’habitude de pratiquer une activité dans un lieu ou un contexte donné, lorsqu’on introduit la distraction, le chien y résistera mieux. D’où l’intérêt de pratiquer partout, ou de mettre en place des rituels qui vont conditionner le chien à passer en mode « travail », et ne plus se laisser distraire.

Influence du stimuli

Les études ont démontré que le stimuli n’avait aucun impact sur la résistance à la distraction, mais que par contre la contingence entre la récompense et l’action était impactant. Concrètement, la qualité de la réponse au signal acoustique donné pour déclencher le comportement n’influe pas sur sa résistance à la distraction. Encore plus concrètement, ce n’est pas parce qu’un chien s’assoit rapidement et à tous les coups lorsqu’on lui demande, qu’il ne va pas se laisser facilement distraire. Seul compte le lien entre le renforçateur et le comportement.

Les conditions initiales

J’entends par là la période qui précède la mise en place des distractions, en gros la phase d’apprentissage d’une compétence dans son jardin, au calme.
Un premier résultat, pas forcément intuitif, est que ce n’est pas le fait que le chien maîtrise parfaitement ou pas la compétence avant l’introduction de la distraction qui a une influence significative, mais c’est uniquement le taux de renforcement qui est important. La conclusion à en tirer, est qu’on peut introduire la distraction assez tôt, du moment qu’on renforce fortement (en petite quantité, mais souvent) durant la séance. Ça tombe bien, c’est justement aussi ce qu’il faut faire pour augmenter la rapidité et la qualité de l’apprentissage (optimisation du renforcement).
Cela est confirmé par des expériences qui démontrent que l’historique de l’apprentissage disparaît rapidement au cours de la séance lorsqu’on introduit la distraction. C’est l’instant présent qui compte, pas le passé. Ce qui est cohérent avec le fait que le stimuli qui sert à enclencher le comportement n’a pas d’influence sur la résistance à la distraction.

Intérêt pour l’activité

Sans surprise, les expériences ont démontré que si on aime faire quelque chose, on aura moins tendance à en être distrait. Cela confirme, si c’était encore nécessaire, qu’il vaut mieux apprendre à nos chiens à aimer « travailler » que de les forcer ….

Application pour nos entraînements :

Préparation

Avant de démarrer le travail sur la résistance à la distraction, il faut avoir identifié :

– La valeur des renforçateurs utilisés. Vous trouverez sur internet comment classer vos renforçateurs par ordre de valeur pour le chien (attention, ça évolue au cours du temps, selon le moment de la journée ..)

– La valeur des distractions. Vous pouvez faire quelques tests pour évaluer la force de distraction de chacune.

Exemple sur l’exercice de l’absence du maître

Si on suit tous les principes vus précédemment:

  • on utilisera un contexte spécifique, connu du chien comme étant propice au travail (par exemple les boites)
  • on introduira les distractions assez tôt, dés que le chien commence à maîtriser le couché dans la boite.
  • on utilisera la nourriture pour renforcer la fixation sur le maître
  • on commence par s’éloigner très peu, de façon à pouvoir revenir très souvent au chien pour lui donner la nourriture.

Une vidéo étant plus parlante qu’une longue prose, j’ai improvisé une vidéo avec Jessy. J’utilise au début une boite à 3 faces pour créer un contexte connu, mais je vous recommande de débuter avec une boite à 4 faces pour empêcher le chien d’avancer. J’utilise comme distractions des jouets dont Jessy raffole, posés autour d’elle. Et une distraction imprévue s’est rajoutée (2 chiens en train d’aboyer dans la rue). Je renforce en donnant de la nourriture. Je m’efforce de garder au maximum le contact visuel pendant toute la séance.

L’étape suivante est de généraliser le comportement dans divers lieux. Et c’est là que l’utilisation des boites est intéressante, car elle permet de transporter un contexte connu dans n’importe quel endroit inconnu.

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Vous pouvez maintenant éteindre votre ordinateur et aller distraire vos chiens.

Références

Behavioral momentum
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3120074/
https://en.wikipedia.org/wiki/Behavioral_momentum

BEHAVIORAL MOMENTUM THEORY: EQUATIONS AND APPLICATIONS
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3251288/

Contextual Influences on Resistance to Disruption in Children with Intellectual Disabilities
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3212999/

Behavioral momentum and the partial reinforcement effect
<http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3212999/#jeab-96-03-02-Nevin2>

Resistance of Response Accuracy to Distraction
<http://psycnet.apa.org/journals/bul/103/1/44/>

EFFECTS OF BEHAVIORAL HISTORY ON RESISTANCE TO CHANGE <http://psycnet.apa.org/journals/bul/103/1/44/>

TEMPORAL CONTEXT, PREFERENCE, AND RESISTANCE TO CHANGE
http://files.eric.ed.gov/fulltext/EJ941330.pdf

 

Réglage des freins

Réglage des freins

ya du boulot

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JESSY et ses cousins

Nous avons passé 3 jours au centre canin de l’orée de biliaire, chez Jacques STAMBACK, éleveur et dresseur de plusieurs champions.

Nous étions en compagnie d’hendrix, igor, jason, et lock it, tous 3 issus de l’élevage, et ayant comme grand père Bangus, le chien que Jacques a mené aux championnats du monde.

3 jours studieux, actifs, et dans une excellente ambiance. Merci à tous, on remets ça dés que possible!

Deux petites vidéos

Travail sur l’affrontement à la cache

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travail sur la prise

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entraînement en soirée

Entraînement en soirée après le boulot, juste pour se détendre et préparer le brevet d’obéissance.

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