Archives de catégorie : apprentissage

Un maître heureux

Un maître heureux

heureux

Que l’on soit éducateur canin bénévole ou professionnel, voire éleveur, on cherche à rendre les maîtres heureux. Car rendre quelqu’un heureux nous rend nous-même heureux, et un client/adhérent heureux va dire du bien de notre travail, et via le bouche à oreille, va ramener de nouveaux clients/adhérents.
Et un maître qui n’est pas heureux avec son chien aura tendance à l’abandonner, voire l’euthanasier.
Mais qu’est-ce qu’un maître heureux ?

Que dit la science ?

sciences

J’ai analysé deux publications scientifiques qui ont étudié la question. Dans ces études, le niveau de bonheur des maîtres est estimé en demandant à ceux-ci de noter leur niveau d’attachement à leur animal via un formulaire.
La première conclusion qui ressort est qu’un maître heureux est un maître dont l’animal répond à ses attentes. Et ces attentes varient énormément d’une personne à l’autre. Certains sont très exigeants, leur niveau d’attente est très élevé, et ils sont souvent déçus par leur chien. Alors que d’autres ont un niveau d’attente faible, et sont toujours heureux avec leur chien, et disent y être très attaché.

La deuxième conclusion, c’est que l’attente la plus communément évoquée est l’obéissance et l’intelligence de l’animal. Notion assez vague, qu’il faudra définir individuellement.

Quelle leçon en tirer ?

En tant qu’éducateur, nous ne devons pas essayer de transformer le chien vers notre idéal, mais vers celui de son maître. Pour cela, il faut être à l’écoute de celui-ci, et bien définir avec lui les choses sur lesquelles il faut travailler. La notion même de « chien obéissant » varie énormément d’une personne à l’autre. À nous de bien la définir avec le maître, afin de préparer le travail à faire !

Référence

Evidence for an association between pet behavior and owner attachment levels
James A Serpell

Dog training methods: Their use, effectiveness and interaction with behaviour and welfare
Article in Animal welfare (South Mimms, England) · February 2004

UTILISATION DU CLICKER POUR L’ÉDUCATION CANINE

UTILISATION DU CLICKER POUR L’ÉDUCATION CANINE

clickers

Le clicker est un outil dont l’efficacité n’est plus à démontrer. Dans des mains expertes, il permet une finesse et une efficacité du dressage inégalée. Le dressage moderne de chien de compétition, ou pour un travail opérationnel, ne saurait s’en passer.

Mais qu’en est-il avec un maître débutant qui veut simplement éduquer un chien de compagnie ?

Personnellement, j’ai renoncé à enseigner l’utilisation du clicker dans mes cours collectifs d’éducation. Le maître débutant est déjà assez encombré avec sa laisse et sa réserve de récompenses alimentaires, et si vous rajoutez un clicker, vous le perdez définitivement. Il va passer son temps à ramasser le tas de récompenses qu’il a fait tomber, à se détortiller de sa laisse, ou à se rappeler de récompenser. Sans parler de ceux qui oublient le clicker à la maison une fois sur deux. Au final, ce ne sera pas efficace et amusant.

Je me contente de leur enseigner la récompense alimentaire (leurre et un peu de shaping avec marqueur vocal pour les plus dégourdis).

Mais je culpabilisais en me disant que l’apprentissage serait quand même plus efficace avec un clicker. Heureusement, des scientifiques australiens se sont posés la même question. Et il sont arrivés à la conclusion qu’effectivement, pour des maîtres débutants voulant éduquer un chien de compagnie, le clicker n’apportait rien de plus par rapport à  la récompense alimentaire simple. Dans certains cas, les maîtres ont même trouvé l’utilisation du clicker trop complexe et rébarbative.

Chers collègues éducateurs et moniteurs, ne culpabilisez plus si vous trouvez vos élèves perturbés par le clicker ! Laissez tomber, revenez à la récompense simple, et réservez l’enseignement du clicker à vos élèves les plus doués et les plus motivés. Car ce qui compte, c’est le résultat ressenti par le maître : amusement et apprentissage visible.

Et chers maîtres débutants, ne choisissez pas un club canin ou un éducateur professionnel sur le simple fait qu’il enseigne le clicker. Préférez un enseignant pragmatique qui saura se mettre à votre niveau et saura vous faire progresser en vous amusant.

L’expérience scientifique

Référence de l’article :

Is clicker training (Clicker + food) better than food-only training for novice companion dogs and their owners?

May 2018Applied Animal Behaviour Science 204

DOI: 10.1016/j.applanim.2018.04.015

Lynna C Feng, Naomi H. Hodgens,Jessica Woodhead, Pauleen C Bennett

Méthodologie

Un groupe de maîtres de chiens de compagnie a été recruté via des annonces. Ces personnes et ces chiens n’avaient jamais pratiqué d’éducation canine. Le panel de maîtres et de chiens est varié (âge, genre, taille, ..). Lors d’une première visite au laboratoire , chaque maître remplit un questionnaire, puis fait quelques exercices avec son chien. Cela permet aux expérimentateurs de faire un premier bilan, et d’écarter des chiens qui présenteraient un trouble du comportement.

Ensuite, les équipes ont été réparties de façon aléatoire en 2 groupes:

  • les participants du premier groupe se verront enseigner l’éducation de leur chiens en utilisant uniquement de la nourriture
  • les participants du deuxième  groupe se verront enseigner l’éducation de leur chien en utilisant un clicker + de la nourriture

L’enseignement est dispensé par un éducateur expérimenté. Il est réalisé au domicile du participant (ou dans un lieu proche choisi par le participant). L’enseignement dure 6 semaines, puis chaque participant revient au laboratoire pour un une visite de debriefing, faire quelques exercices avec son chien, et remplir un nouveau questionnaire. Un troisième entretien optionnel leur est proposé quelques semaines plus tard (pour ceux qui ont continué d’éduquer leurs chiens par eux même).

analyses des résultats

Quels que soit le groupe considéré, il n’a pas été noté d’évolution entre les 2 visites concernant la relation chien-maître, les compétences d’éducation des maîtres, les performances sur le parcours d’obstacles, ou l’impulsivité des chiens.
En moyenne, pour tous les groupes, les maîtres ont noté une baisse de l’impulsivité de leur chien suite aux séances d’éducation.
Il n’a pas été noté de différence significative entre les 2 groupes, tant dans les performances de l’apprentissage, que dans le maintient des performances lors de la 3ème visite après la fin de l’entraînement. Il n’a pas été noté non plus de différence dans l’apprentissage de « trick », non inclus dans la formation.
Des études précédentes avaient déjà démontré que l’utilisation de la nourriture seule comparée à l’utilisation du clicker+nourriture n’influait pas sur la performance de l’apprentissage, cette étude le confirme.

La présente étude a utilisé les données recueillies pour analyser si l’utilisation du clicker augmentait le nombre de cessions d’éducation hebdomadaires réalisées librement (car plus « fun »). Ce n’est pas le cas. Pas de différence non plus sur les autres critères, à savoir : la joie ressentie pendant les cessions, (globalement jugées très « fun »), et la difficulté d’apprentissage vue du chien.
Par contre, en ce qui concerne la difficulté vue du maître, l’utilisation du clicker est jugée globalement plus importante.
Avec une exception pour les exercices « va toucher la cible », et « va dans ton panier » dont l’apprentissage est jugé plus simple et plus efficace avec un clicker. Cela suggère que les apprentissages, lorsque le chien est éloigné du maître, sont plus efficaces avec un clicker.
Des études plus anciennes ont démontré une meilleure efficacité de l’utilisation du clicker par rapport à l’utilisation de la nourriture seule, lorsque utilisé par des dresseurs expérimentés. Ce que ne montre pas la présente étude, probablement en raison de la durée courte de l’entraînement. Six semaines est toutefois un standard pour les stages d’éducation, mais semble trop court pour commencer à voir un bénéfice dans l’utilisation du clicker.

Cette étude démontre que l’utilisation du clicker n’apporte pas de bénéfice significatif lorsqu’il est utilisé par des débutants, pour apprendre des exercices simples, avec des chiens de compagnie ne présentant pas de troubles du comportement, sur une durée de 6 semaines. Toutefois, pour certains exercices, le clicker s’est montré plus efficace pour l’apprentissage. 

 

 

Etude de terrain de l’utilisation du R+ et du R-

Étude de terrain de l’utilisation du R+ et du R-

Je vais vous parler aujourd’hui d’une étude scientifique réalisée par une étudiante du Laboratoire d’Ethologie Expérimentale et Comparée, Université Paris-Nord, Stéphanie Deldalle.
Elle a étudié en 2014, l’impact de l’utilisation du R+ et du R- sur le stress du chien. L’intérêt de cette étude est qu’elle est basée sur des observations de terrain, en assistant à des cours d’éducation dans 2 clubs canins français. Le panel de chiens étudiés est varié, tant en taille qu’en âge.
Vous trouverez les références de l’étude en bas de cette page, et un résumé en français dans la 2ème partie de cet article.
Je trouve ce travail extrêmement intéressant et bien mené, avec toute la rigueur et le sérieux qu’on attend d’une telle étude.

R-, stress et relation entre le chien et le maître:

Contrairement à ce qu’on peut lire très souvent, cette étude montre que le R- (retrait d’un stimulus aversif) engendre un stress, certes, mais non préjudiciable au bien être du chien, ni à sa relation avec son maître.

Ce stress , est parfaitement supporté, et n’est pas associé à la présence de maître. En fait le chien associe la commande vocale à l’arrivée de stimulus aversif. La commande vocale devient une source de stress …..
J’avais parlé de ce phénomène ici, et aussi  ici.

Cela confirme que le R- n’est pas autonome. Il est forcément associé à du P+, j’en avait parlé dans cet article (pour pouvoir enlever un stimulus aversif, il faut forcément l’avoir ajouté au préalable !). Lors de l’utilisation du stimulus aversif (P+), il faut être vigilant dans l’association que fait le chien entre les stimuli présents à ce moment là. Dans l’exemple donné, l’apparition de la contrainte sur le chien est contingente avec l’ordre vocal, d’où l’association qui en résulte.  L’ordre vocal devient le stimulus aversif, la punition, alors que le chien estime n’avoir rien fait de mal, et crée le stress, un grand classique de la mauvaise utilisation de la punition.

L’étude souligne aussi l’importance de l’interaction au quotidien entre le chien et le maître, ce qui explique que l’utilisation du R- lors d’une séance d’éducation ne se généralise pas à d’autres situations, la relation entre le chien et le maître n’est pas dégradée, car basée sur de nombreuses autres interactions plus gratifiantes.

De plus, comme je l’ai expliqué dans cet article, le stress n’est pas forcément mauvais, il augmente même l’efficacité de l’apprentissage dans certaines conditions.

Qualification du leurre comme R+ :

Dans l’étude, l’utilisation du leurre alimentaire pour faire asseoir le chien est présenté comme du R+. Je ne suis pas d’accord avec cela. Tout au long de ce blog, je vous explique que le chien doit comprendre le lien entre ses actions et leurs conséquences, ce qui est la base du conditionnement opérant.
Avec le leurre, le chien comprends qu’il est récompensé si son museau suit le leurre, ni plus ni moins. Le leurre est utilisé si on veut travailler sur la mémoire musculaire, pas si on veut faire travailler le cerveau du chien (néocortex) , on ne s’adresse pas au bon cerveau

Utilisation du contact visuel comme signe de bien-être et de bonne relation :

Je suis extrêmement dubitatif sur cette affirmation. Certes, lorsque le regard du chien se porte fréquemment sur le maître, c’est le signe que le chien est demandeur. Mais cette demande peut être le résultat d’une incompréhension. Le chien n’a pas compris ce que le conducteur veut, et il demande une confirmation. Voire, il a compris qu’en regardant son maître il obtient une récompense (conditionnement du maître par le chien, comme expliqué ici.) Certes cela peut être vu comme une « bonne relation », mais ce n’est pas une relation saine du point de vue éducation.

Résumé en français de l’étude

Méthodologie

Deux exercices ont été étudiés : le assis et la marche aux pieds, avec utilisation du R+ ou du R- (de façon distincte, chacun des deux clubs canins observé, utilise uniquement une des 2 façons de récompenser.)

Le assis

R+ : le chien est leurré avec une récompense alimentaire jusqu’à ce qu’il s’assoit. Pour les chiens plus expérimentés, la récompenses est donnée une fois que le chien s’est assis après en avoir reçu le signal.
R- : le maître exerce une traction verticale sur la laisse, et appuie légèrement sur les reins du chien si besoin. Lorsque le chien s’assoit, la traction sur la laisse cesse, et parfois une récompense alimentaire est distribuée

La marche

R+ : le chien est récompensé vocalement lorsqu’il marche près de son conducteur
R- : Lorsque le chien s’éloigne ou tire sur la laisse, le conducteur tire dans l’autre sens. Le conducteur ne donne aucune indication vocale.

Le stress est analysé en observant l’attitude corporelle du chien

Conclusions de l’étude

Effet de la méthode sur le stress

Dans le groupe utilisant le renforcement négatif, le nombre de chien présentant des comportements lié au stress est plus important lors de l’apprentissage du assis. En revanche, sur l’apprentissage de la marche en laisse qui n’implique aucune commande vocale de la part du maître, il n’a pas été remarqué de différence significative entre les 2 méthodes sur le stress du chien.
Cette étude de terrain sur l’utilisation des méthodes d’entraînements utilisant le R+ et le R- pour éduquer les chiens de compagnie confirme les études précédentes basées sur les réponses à des questionnaires distribués aux propriétaires des chiens. Il a aussi été constaté que le stress observé lors de l’apprentissage du assis ne se propage pas à l’apprentissage du debout. Cela est en contradiction avec une autre étude portant sur le dressage de «chiens de garde» (bergers allemands) utilisant des méthodes dures et fortement aversives. On ne sait pas si dans l’étude en question, les chiens vivaient avec leur maîtres, ou si leurs seul contact étaient les séances d’entraînement, car des études ont montré l’importance du cadre de vie des chiens militaires sur leur niveau d’obéissance et d’agressivité. On peut donc supposer que dans le cadre de notre étude, le stimulus aversif (tirer sur la laisse) n’a pas été associé à la simple présence du conducteur. Ce qui en revanche ne s’applique pas au cas d’une commande vocale (le assis) ; on peut donc supposer que le stress observé sur l’apprentissage du assis est lié à la méthode utilisée pour cet exercice (par association). La commande « assis » ayant été assimilée au stimulus aversif.

Effet de la méthode sur la relation entre le maître et le chien

Seulement 3 chiens ont présenté des comportements d’évitement lors de l’apprentissage du assis. On peut donc en conclure que la méthode R- n’est pas suffisamment stressante pour affecter la relation entre le maître et le chien.
L’analyse du regard vers le maître apporte des informations intéressantes. Des études ont montré que ce comportement est un bon indicateur de la relation entre le chien et le maître. Bien qu’un nombre identique de chiens éduqués suivant les 2 méthodes aient montré un non évitement du regard (comportement pour échapper au stress), les chiens entraînés avec la méthode R+ regardent beaucoup plus souvent leurs maîtres. Cela suggère une relation plus stable entre le chien et son maître. Bien évidement, regarder la récompense tenue dans la main du maître peut fausser cette analyse, mais en contrepartie, sur les chiens dont l’entraînement est plus avancé, ce regard vers le maître est généralement maintenu.

Effet sur le bien-être animal

Plusieurs études ont montré que l’utilisation du R+ amène moins de problèmes de comportement et une meilleure obéissance. Et réciproquement, des études ont montré que l’utilisation de stimuli aversifs entraîne stress, peur, comportements agressifs. Cette recherche n’a pas étudié le niveau d’obéissance en fonction du type de méthode utilisée pour l’apprentissage et ne peut donc confirmer ou infirmer les études précédentes sur ce point. Sur les autres points, les résultats de cette étude sont cohérents avec ceux des études précédentes, sauf en ce qui concerne la peur et les comportements d’évitement qui n’ont pas été constatés. De plus, on ne peut pas conclure que le bien être de l’animal ai été réduit.
Toutefois, la relation entre le maître et son chien peut être compromise si on se base sur le nombre de regards du chien vers le maître. En outre, l’intervention verbale du maître sur le chien semble produire plus de signes de stress dans le groupe utilisant le R-. Ces résultats soulignent un possible effet de bord du renforcement négatif, si on se base sur le nombre d’interactions initiées par le chien à travers un contact visuel.
Cette étude confirme aussi que la taille du chien n’a aucun effet sur les comportements observé.

L’étude se termine en mettant en avant les points qui peuvent avoir affecté les résultats

  • Le faible nombre de chiens étudié. Il faudrait refaire le test dans d’autres clubs canins
  • L’influence de « la vie en dehors du club », en particulier le comportement des maîtres à la maison.
  • Utilisation de la punition : on peut supposer que les personnes qui utilisent le P- (retrait d’un stimulus agréable) sont celles qui utilisent le R+ et la nourriture, alors que celles qui utilisent le P+ (ajout d’un stimulus aversif) sont celles qui utilisent le R- et la laisse.

Référence:

Effects of 2 training methods on stress-related behaviors of the dog (Canis familiaris) and on the dog-owner relationship

March 2014

Journal of Veterinary Behavior Clinical Applications and Research 9(2)

DOI:10.1016/j.jveb.2013.11.004

Stéphanie Deldalle, Florence Gaunet

Stress et apprentissage

Stress et apprentissage

Qu’est-ce que le stress ?

Voici ce qu’en dit wikipedia:

Le stress (anglicisme) est, en biologie, l’ensemble des réponses d’un organisme soumis à des pressions ou contraintes de la part de son environnement…. Le stress est différent de l’anxiété, celle-ci est une émotion alors que le stress est un mécanisme de réponse pouvant amener différentes émotions, dont l’anxiété.

Notez bien que le stress n’est pas une émotion, c’est lié à la pression de l’environnement. Et si vous lisez ce blog, vous savez que le maître fait partie de l’environnement. Le stress n’est donc pas une fatalité, c’est quelque chose sur lequel on peut agir en manipulant l’environnement.

stress

Apprentissage et stress

Lorsqu’on est soumis à une pression de l’environnement, donc stressé, on a du mal à se concentrer, et a mémoriser. Ce qui sera appris sous stress ne résistera pas au temps et sera vite oublié. Le stress peut aussi bloquer la restitution d’un comportement appris (cas du concours). Le stress est donc à bannir si on veux faire un dressage sérieux, en plus d’être éthique.

Organiser sa séance

Afin de mettre le cerveau du chien dans les meilleures circonstances pour l’apprentissage, il faut créer un environnement sécuritaire et rassurant. Choisissez un endroit calme et bien connu du chien. Mettez de la joie dans votre séance, votre chien n’en sera que plus motivé pour apprendre. Et soyez vous même très calme, ne mettez pas la pression sur votre chien. S’il ne fait pas ce que vous attendez, n’insistez pas. Ce serait inutile et contre-productif. Dites-vous toujours que si le chien ne comprend pas, c’est que vous ne lui expliquez pas correctement.

Stress positif

 

Alors le stress serait à bannir absolument ? Pas tout à fait. Une séance d’entraînement ou tout serait trop plat, trop calme, serait vite ennuyeuse, et la motivation disparaîtrait rapidement.

Vous avez certainement entendu parler du stress positif et du stress négatif. Le stress positif, c’est une pression de l’environnement qui nous pousse à nous surpasser, à sortir de notre zone de confort.

On peut par exemple rendre la valeur de la récompense aléatoire. Le chien ne sait jamais si il va être récompensé un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, ou pas du tout !

On peut aussi travailler avec la récompense à vue. Cela met la pression au chien pour qu’il trouve ce qu’il doit faire pour avoir accès à cette récompense.

Mais attention, tout est question de dosage. Si le chien se fixe sur la récompense à vue au point d’oublier tout le reste, ce n’est pas bon. Le chien ne mémorisera rien. Il faut savoir ne pas aller trop loin.

stress positif

Préparation aux concours

niveau de stress

Malheureusement, le monde réel est une source permanente de stress, et les conditions de concours sont le summum de la situation à stress. Si votre chien (et vous-même) n’êtes pas préparés, ce sera la catastrophe. On ne passe pas brutalement d’un environnement toujours neutre à un environnement stressant. Il faudra habituer progressivement son chien à le supporter. et je dis bien progressivement. Ce n’est pas parce que votre chien travaille très bien dans le jardin qu’il faut aller le faire travailler sur la place du village un jour de marché aux bestiaux …

On ajoutera petit à petit de la pression environnementale source de stress. On fera bien attention à ce que le chien encaisse le niveau de pression sans problème. Si le chien donne des signes de stress, il faut revenir en arrière, dans un environnement avec moins de pression, et plus de motivation.

Bibliographie:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Stress

Bien gérer les émotions pour apprendre : sécuriser, calmer et rassurer

Difficile d’apprendre quand on est stressé

https://www.edutopia.org/blog/neuroscience-behind-stress-and-learning-judy-willis

https://www.sciencedaily.com/releases/2008/03/080311182434.htm

 

L’effet Pygmalion

L’effet Pygmalion

Lorsque j’étais jeune concurrent, un jour de concours, mon chien à fait une erreur grossière. J’ai pensé « quel con ce chien », mais je l’ai pensé tellement fort, que le juge l’a entendu. Il m’a vertement sermonné en m’expliquant qu’il ne fallait jamais dénigrer son chien, qu’il le ressentait, et que cela nuisait à son comportement en concours (et il m’a enlevé des points).

J’ai tout d’abord pensé « quel con ce juge, mon chien est bête, un point c’est tout ». Mais avec l’expérience, je me suis rendu compte qu’il avait complètement raison (le contraire aurait été étonnant car c’est un grand dresseur). Si on doute de son élève, alors il ne va pas progresser, et on va le trouver de plus en plus idiot, et il va encore moins progresser ….

J’ai fait quelques recherches sur le sujet, et j’ai découvert que cet effet a été étudié, et s’appelle l’effet Pygmalion.

Le jugement que porte l’enseignant sur son élève influe sur sa capacité d’apprentissage, et sur son comportement lors des compétitions canines. Cela n’a rien de magique. Si l’enseignant croit dans les capacités de son élève, il sera plus patient, plus attentionné, et en retour l’élève sera plus concentré, plus impliqué.

  Il est très important de renvoyer une image mentale positive à son chien, à l’entraînement comme en concours. Je peux vous assurer que lorsque je rentre sur un terrain de concours, j’encourage Jessy dans ma tête, je me dis « allez ma grande, on va réussir cet exercice », et si elle rate « c’est pas grave, on continue ». Et ça marche. Ceux qui pratiquent le pistage savent tout ce qui peut passer comme information dans la longe. Alors que je vois de nombreux concurrents sur le visage duquel on peut lire des choses qui vont du « qu’est ce que je fais là, je serais mieux au chaud devant la cheminée », au « quelle connerie il va encore me faire aujourd’hui ». Et ça ne loupe pas, le résultat n’est généralement pas terrible. Et si vous interrogez ces concurrents à la sortie du terrain, vous verrez que leur discours est proche de ce que vous avez imaginé.

Et je peux vous assurer que si un de mes élèves dénigre son chien en ma présence, il se fait vertement rappeler à l’ordre.

Positivez, vous n’en aurez que des bénéfices. Mais faite-le avec conviction, soyez sincère, sinon ça ne fonctionne pas!

références:

l’effet Pygmalion

Wikipédia: l’effet pygmalion

L’intensité de la punition

L’intensité de la punition

La punition est elle utile ?

Oui, Mais à condition de l’utiliser avec discernement.

Si vous lisez régulièrement ce blog vous savez que je considère la punition comme un outil parmi d’autres dans la boite à outils du dresseur, et qu’il est important de maîtriser.  Entendons-nous bien, je parle d’une action destinée à faire disparaître un comportement, et uniquement de cela. La punition n’est en aucun cas destinée à apprendre un comportement. Pour cela on utilisera un renforçateur.

Il faut toujours essayer de réfléchir à une solution basée sur la récompense et le renforcement avant de penser « punition ». Un exemple simple : le chien qui marche nez au sol en reniflant. Le premier réflexe est de punir ce comportement. Mais ce n’est pas pour autant que le chien aura compris qu’il doit marcher la tête levée. Il est donc préférable de renforcer les moments ou le chien marche tête levée. Et lorsqu’il relève la tête, il ne peut plus renifler (principe du renforcement d’un comportement incompatible avec celui qu’on veut faire disparaître).

Pour être efficace, en plus de devoir être reliée de façon directe et immédiate au comportement à faire disparaître, la punition doit avoir la bonne intensité. C’est de cela dont cet article va parler.

petite fille et son chien

A quel cerveau s’adresser ?

  • Comme je l’ai déjà expliqué dans cet article, le chien, et son maître, ont 3 cerveaux.
  • – Le cerveau reptilien, primitif, utilisant le réflexe
  • – Le cerveau limbique, utilise l’émotion
  • – Le neocortex, utilise la réflexion

Si on s’adresse au cerveau reptilien,  la punition devra aller jusqu’au seuil de la douleur pour déclencher un réflexe d’évitement. Ce cas est très spécifique, et ne devrait pas être utilisé en dressage.

Le cerveau limbique, ne devrait pas non plus être utilisé pour un dressage efficace.

On préférera utiliser le neocortex, celui de la réflexion,  qui permet d’analyser les conséquences de nos actes, et de construire un comportement de façon solide et durable. Mais comment « parler » à ce cerveau?

cerveau en greve

Une punition de trop faible intensité

La punition étant destinée à faire cesser un comportement, toute action désagréable qui ne fait pas cesser le comportement n’est pas une punition ! C’est juste quelque chose de désagréable.

Vous avez certainement déjà vu des personnes crier à leur chien «STOP», et le chien continuer son activité comme si rien ne se passait… Le punition est dans ce cas typiquement d’un niveau insuffisant. Pire encore, à force de « punir » sans effet, le chien va s’endurcir, et ignorer les punitions d’intensité de plus en plus forte.

C’est pour cela qu’on dit généralement qu’il vaut mieux punir une bonne fois pour toutes plutôt que de « punir » faiblement et à répétition.

Donner de nombreuses petites punitions inefficaces  à son chien s’apparente pour moi à de la maltraitance envers l’animal. Cela peut même s’avérer dangereux avec certains chiens qui vont vouloir faire cesser ce désagrément dont ils ne comprennent pas le sens (morsure). De plus, cela va casser la confiance que le chien a dans votre jugement, vous ne serez plus quelqu’un de respectable à ses yeux.

Mais attention à l’effet inverse d’une punition trop forte !

Une punition de trop forte intensité

Une punition trop forte va inhiber la capacité de réflexion du chien. Il ne va pas la comprendre, et donc elle sera inefficace. Certes, le comportement aura cessé, mais le chien n’aura rien appris. Pire, il va vous considérer, ou ce qui lui a infligé la punition, comme quelque chose de dangereux, à éviter absolument. Vous aurez perdu votre bien le plus précieux, sa confiance. Il peut même assimiler la punition à quelque chose qui n’a rien à voir avec le comportement que vous avez voulu faire disparaître, voire à un comportement que vous souhaitiez renforcer !

 

Comment reconnaître si on a bien dosé l’intensité de la punition ?

Il y a un test simple à faire : vous proposez immédiatement après la punition une activité que votre chien aime. S’il se lance dans l’activité proposée, tout va bien, votre punition a été correctement dosée. S’il reste prostré, ou fuyant, refuse de jouer, c’est que votre punition a été trop forte, et donc contre-productrice. C’est aussi pour moi de la maltraitance.

Alors, comment doser ?

Il n’y a pas de recette miracle. Chaque chien est différent, chaque situation est différente. Il faut observer la réaction de son chien, et s’adapter. On fait des erreurs, mais c’est comme ça qu’on apprend, malheureusement souvent au détriment du chien. Il faut se faire conseiller par quelqu’un qui sait parfaitement utiliser cet outil, et qui saura éviter à votre chien de subir vos erreurs. Lorsque vous arriverez à trouver la bonne intensité du premier coup, c’est-à-dire celle qui fait cesser le comportement tout en maintenant le chien dans son apprentissage, vous aurez franchi une étape importante dans votre vie de dresseur, et apprécierez l’efficacité de cet outil.

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Ça y est, je maîtrise la punition !

Ne vous emballez pas, une punition est toujours utilisée après mûre réflexion, jamais sur un coup de colère. Comme vous venez de le lire, la punition est un outil qui peut s’avérer utile dans le dressage, mais requiert pas mal d’expérience, et les conséquences en cas de grosse erreur ne sont pas anodines. Et je répète ce que j’ai écrit en introduction, Il faut toujours essayer de réfléchir à une solution basée sur la récompense et le renforcement avant de penser punition .

N’oubliez jamais qu’une punition est toujours suivie d’une récompense. Si vous ne comprenez pas pourquoi, alors n’utilisez pas la punition.

friandise