Tous les articles par Didier ESCALLIER

NE BLÂMEZ PAS le CHIEN, BLÂMEZ les règles du jeu

NE BLÂMEZ PAS LE CHIEN, BLÂMEZ LES RÈGLES DU JEU

Si vous fréquentez des clubs canins, vous avez certainement entendu cette phrase : « Ce n’est jamais la faute du chien, c’est toujours la faute du maître« .  Cette affirmation, bien que tout à fait exacte, n’est malheureusement d’aucune aide pour la personne qui l’entend. Elle se demande bien quelle faute elle a pu commettre.

Je vous propose dans cet article une autre façon d’aborder le sujet qui vous donnera des pistes de solutions pour avancer.

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L’apprentissage via des tutoriels vidéos en ligne

L’apprentissage via des tutoriels vidéos en ligne

Bonjour,

Je lis souvent des critiques sur les personnes qui acquièrent des connaissances ou compétences  via des vidéos en ligne. Ces critiques sont elles fondées ? Y a t il des critères à respecter pour que ce mode d’apprentissage soit efficace ?

je suis tombé sur un article passionnant qui analyse l’efficacité de vidéos en ligne pour l’apprentissage, comparé à un apprentissage en présentiel (avec un moniteur à coté de vous).

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Un maître heureux

Un maître heureux

heureux

Que l’on soit éducateur canin bénévole ou professionnel, voire éleveur, on cherche à rendre les maîtres heureux. Car rendre quelqu’un heureux nous rend nous-même heureux, et un client/adhérent heureux va dire du bien de notre travail, et via le bouche à oreille, va ramener de nouveaux clients/adhérents.
Et un maître qui n’est pas heureux avec son chien aura tendance à l’abandonner, voire l’euthanasier.
Mais qu’est-ce qu’un maître heureux ?

Que dit la science ?

sciences

J’ai analysé deux publications scientifiques qui ont étudié la question. Dans ces études, le niveau de bonheur des maîtres est estimé en demandant à ceux-ci de noter leur niveau d’attachement à leur animal via un formulaire.
La première conclusion qui ressort est qu’un maître heureux est un maître dont l’animal répond à ses attentes. Et ces attentes varient énormément d’une personne à l’autre. Certains sont très exigeants, leur niveau d’attente est très élevé, et ils sont souvent déçus par leur chien. Alors que d’autres ont un niveau d’attente faible, et sont toujours heureux avec leur chien, et disent y être très attaché.

La deuxième conclusion, c’est que l’attente la plus communément évoquée est l’obéissance et l’intelligence de l’animal. Notion assez vague, qu’il faudra définir individuellement.

Quelle leçon en tirer ?

En tant qu’éducateur, nous ne devons pas essayer de transformer le chien vers notre idéal, mais vers celui de son maître. Pour cela, il faut être à l’écoute de celui-ci, et bien définir avec lui les choses sur lesquelles il faut travailler. La notion même de « chien obéissant » varie énormément d’une personne à l’autre. À nous de bien la définir avec le maître, afin de préparer le travail à faire !

Référence

Evidence for an association between pet behavior and owner attachment levels
James A Serpell

Dog training methods: Their use, effectiveness and interaction with behaviour and welfare
Article in Animal welfare (South Mimms, England) · February 2004

Socialisation d’un chien de sport

Socialisation d’un chien de sport

Autour des terrains de sport canin, il y a régulièrement des discussions passionnées sur la nécessité ou pas de socialiser un chien de sport.
D’un côté il y a ceux qui soutiennent que le chien de sport ne doit pas être en contact avec ses congénères, ne doit pas être caressé par une personne autre que son maître
De l’autre, il y a ceux qui préconisent une socialisation poussée et continue tout au long de la vie du chien.

L’objet de ce débat est d’avoir un chien concentré, et focalisé uniquement sur son maître.
Les 2 approches donnent des résultats honorables en concours, mais de très nombreux autres paramètres entrant en jeu sur la performance d’une compétition, ce n’est pas un critère permettant de trancher le débat.

Personnellement, je suis un adepte de la socialisation. Tous mes chiens peuvent se promener sans laisse au milieu d’humains et de chiens sans problème. Tout le monde peut les caresser, et ils adorent ça !
Mais une fois au travail, plus rien d’autre n’a d’importance à leurs yeux, ils sont concentrés sur moi et sur l’activité. Bien évidemment, nous avons un rituel qui permet de passer du mode « social », au mode « travail », tout est clair et cohérent pour eux.
Ce sont « des chiens de compagnies qui travaillent ».

Que dis la science sur ce sujet ?

Les études sur le sujet sont relativement récentes. Ce n’est qu’à partir de 2008 qu’on commence à voir apparaître des publications étudiant cet aspect du chien de sport ou de travail.
Elles portent principalement sur des chiens militaires (protection, secours, recherche d’explosifs) traditionnellement logés dans des chenils, et entraînés individuellement. Ils n’ont pas de contact avec leurs congénères, ni avec d’autres personnes que leur conducteur. Est que les socialiser changerait quelque chose ? J’ai analysé plusieurs études, vous en trouverez deux en référence.
Le protocole de test est sensiblement le même dans chaque étude. Un groupe de chiens dit « de référence » reste dans les mêmes conditions (chenil, entraînement individuel ..), tandis qu’un autre groupe de chien est « socialisé ». Cela va du lâcher hebdomadaire des chiens en groupe dans un grand parc clôturé (sous la surveillance d’une ou plusieurs personnes pour gérer les conflits qui peuvent survenir), jusqu’au chien qui habite au domicile de son conducteur, en famille.
Et tous les résultats vont vers les mêmes conclusions. Les chiens socialisés sont :

  • Moins réactifs aux objets insolites
  • Moins agressifs (vis-à-vis des humains ou de leurs congénères)
  • Moins distraits, plus concentrés
  • Plus performants dans leur travail
  • Capables de s’entraîner à plusieurs  en même temps sur le même terrain (meilleure gestions des infrastructures et du personnel)

Bref, il n’y a pas photo, un chien socialisé est plus facile à vivre, et plus performant dans son travail, qu’un chien qui n’a pas de contact autre qu’avec son conducteur.

References :

Benefits of intraspecific social exposure in adult Swiss military dogs
Nastassja Gfrerer, Michael Taborsky, Hanno Würbelb

HANDLERS’ PROFESSIONAL MOTIVATIONS AND THE RELATIONSHIP WITH THEIR MILITARY WORKING DOG
LEFEBVRE D., DIEDERICH C. , DELCOURT M., STEVENS M, GIFFROY J.M

UTILISATION DU CLICKER POUR L’ÉDUCATION CANINE

UTILISATION DU CLICKER POUR L’ÉDUCATION CANINE

clickers

Le clicker est un outil dont l’efficacité n’est plus à démontrer. Dans des mains expertes, il permet une finesse et une efficacité du dressage inégalée. Le dressage moderne de chien de compétition, ou pour un travail opérationnel, ne saurait s’en passer.

Mais qu’en est-il avec un maître débutant qui veut simplement éduquer un chien de compagnie ?

Personnellement, j’ai renoncé à enseigner l’utilisation du clicker dans mes cours collectifs d’éducation. Le maître débutant est déjà assez encombré avec sa laisse et sa réserve de récompenses alimentaires, et si vous rajoutez un clicker, vous le perdez définitivement. Il va passer son temps à ramasser le tas de récompenses qu’il a fait tomber, à se détortiller de sa laisse, ou à se rappeler de récompenser. Sans parler de ceux qui oublient le clicker à la maison une fois sur deux. Au final, ce ne sera pas efficace et amusant.

Je me contente de leur enseigner la récompense alimentaire (leurre et un peu de shaping avec marqueur vocal pour les plus dégourdis).

Mais je culpabilisais en me disant que l’apprentissage serait quand même plus efficace avec un clicker. Heureusement, des scientifiques australiens se sont posés la même question. Et il sont arrivés à la conclusion qu’effectivement, pour des maîtres débutants voulant éduquer un chien de compagnie, le clicker n’apportait rien de plus par rapport à  la récompense alimentaire simple. Dans certains cas, les maîtres ont même trouvé l’utilisation du clicker trop complexe et rébarbative.

Chers collègues éducateurs et moniteurs, ne culpabilisez plus si vous trouvez vos élèves perturbés par le clicker ! Laissez tomber, revenez à la récompense simple, et réservez l’enseignement du clicker à vos élèves les plus doués et les plus motivés. Car ce qui compte, c’est le résultat ressenti par le maître : amusement et apprentissage visible.

Et chers maîtres débutants, ne choisissez pas un club canin ou un éducateur professionnel sur le simple fait qu’il enseigne le clicker. Préférez un enseignant pragmatique qui saura se mettre à votre niveau et saura vous faire progresser en vous amusant.

L’expérience scientifique

Référence de l’article :

Is clicker training (Clicker + food) better than food-only training for novice companion dogs and their owners?

May 2018Applied Animal Behaviour Science 204

DOI: 10.1016/j.applanim.2018.04.015

Lynna C Feng, Naomi H. Hodgens,Jessica Woodhead, Pauleen C Bennett

Méthodologie

Un groupe de maîtres de chiens de compagnie a été recruté via des annonces. Ces personnes et ces chiens n’avaient jamais pratiqué d’éducation canine. Le panel de maîtres et de chiens est varié (âge, genre, taille, ..). Lors d’une première visite au laboratoire , chaque maître remplit un questionnaire, puis fait quelques exercices avec son chien. Cela permet aux expérimentateurs de faire un premier bilan, et d’écarter des chiens qui présenteraient un trouble du comportement.

Ensuite, les équipes ont été réparties de façon aléatoire en 2 groupes:

  • les participants du premier groupe se verront enseigner l’éducation de leur chiens en utilisant uniquement de la nourriture
  • les participants du deuxième  groupe se verront enseigner l’éducation de leur chien en utilisant un clicker + de la nourriture

L’enseignement est dispensé par un éducateur expérimenté. Il est réalisé au domicile du participant (ou dans un lieu proche choisi par le participant). L’enseignement dure 6 semaines, puis chaque participant revient au laboratoire pour un une visite de debriefing, faire quelques exercices avec son chien, et remplir un nouveau questionnaire. Un troisième entretien optionnel leur est proposé quelques semaines plus tard (pour ceux qui ont continué d’éduquer leurs chiens par eux même).

analyses des résultats

Quels que soit le groupe considéré, il n’a pas été noté d’évolution entre les 2 visites concernant la relation chien-maître, les compétences d’éducation des maîtres, les performances sur le parcours d’obstacles, ou l’impulsivité des chiens.
En moyenne, pour tous les groupes, les maîtres ont noté une baisse de l’impulsivité de leur chien suite aux séances d’éducation.
Il n’a pas été noté de différence significative entre les 2 groupes, tant dans les performances de l’apprentissage, que dans le maintient des performances lors de la 3ème visite après la fin de l’entraînement. Il n’a pas été noté non plus de différence dans l’apprentissage de « trick », non inclus dans la formation.
Des études précédentes avaient déjà démontré que l’utilisation de la nourriture seule comparée à l’utilisation du clicker+nourriture n’influait pas sur la performance de l’apprentissage, cette étude le confirme.

La présente étude a utilisé les données recueillies pour analyser si l’utilisation du clicker augmentait le nombre de cessions d’éducation hebdomadaires réalisées librement (car plus « fun »). Ce n’est pas le cas. Pas de différence non plus sur les autres critères, à savoir : la joie ressentie pendant les cessions, (globalement jugées très « fun »), et la difficulté d’apprentissage vue du chien.
Par contre, en ce qui concerne la difficulté vue du maître, l’utilisation du clicker est jugée globalement plus importante.
Avec une exception pour les exercices « va toucher la cible », et « va dans ton panier » dont l’apprentissage est jugé plus simple et plus efficace avec un clicker. Cela suggère que les apprentissages, lorsque le chien est éloigné du maître, sont plus efficaces avec un clicker.
Des études plus anciennes ont démontré une meilleure efficacité de l’utilisation du clicker par rapport à l’utilisation de la nourriture seule, lorsque utilisé par des dresseurs expérimentés. Ce que ne montre pas la présente étude, probablement en raison de la durée courte de l’entraînement. Six semaines est toutefois un standard pour les stages d’éducation, mais semble trop court pour commencer à voir un bénéfice dans l’utilisation du clicker.

Cette étude démontre que l’utilisation du clicker n’apporte pas de bénéfice significatif lorsqu’il est utilisé par des débutants, pour apprendre des exercices simples, avec des chiens de compagnie ne présentant pas de troubles du comportement, sur une durée de 6 semaines. Toutefois, pour certains exercices, le clicker s’est montré plus efficace pour l’apprentissage.