Socialisation d’un chien de sport

Socialisation d’un chien de sport

Autour des terrains de sport canin, il y a régulièrement des discussions passionnées sur la nécessité ou pas de socialiser un chien de sport.
D’un côté il y a ceux qui soutiennent que le chien de sport ne doit pas être en contact avec ses congénères, ne doit pas être caressé par une personne autre que son maître
De l’autre, il y a ceux qui préconisent une socialisation poussée et continue tout au long de la vie du chien.

L’objet de ce débat est d’avoir un chien concentré, et focalisé uniquement sur son maître.
Les 2 approches donnent des résultats honorables en concours, mais de très nombreux autres paramètres entrant en jeu sur la performance d’une compétition, ce n’est pas un critère permettant de trancher le débat.

Personnellement, je suis un adepte de la socialisation. Tous mes chiens peuvent se promener sans laisse au milieu d’humains et de chiens sans problème. Tout le monde peut les caresser, et ils adorent ça !
Mais une fois au travail, plus rien d’autre n’a d’importance à leurs yeux, ils sont concentrés sur moi et sur l’activité. Bien évidemment, nous avons un rituel qui permet de passer du mode « social », au mode « travail », tout est clair et cohérent pour eux.
Ce sont « des chiens de compagnies qui travaillent ».

Que dis la science sur ce sujet ?

Les études sur le sujet sont relativement récentes. Ce n’est qu’à partir de 2008 qu’on commence à voir apparaître des publications étudiant cet aspect du chien de sport ou de travail.
Elles portent principalement sur des chiens militaires (protection, secours, recherche d’explosifs) traditionnellement logés dans des chenils, et entraînés individuellement. Ils n’ont pas de contact avec leurs congénères, ni avec d’autres personnes que leur conducteur. Est que les socialiser changerait quelque chose ? J’ai analysé plusieurs études, vous en trouverez deux en référence.
Le protocole de test est sensiblement le même dans chaque étude. Un groupe de chiens dit « de référence » reste dans les mêmes conditions (chenil, entraînement individuel ..), tandis qu’un autre groupe de chien est « socialisé ». Cela va du lâcher hebdomadaire des chiens en groupe dans un grand parc clôturé (sous la surveillance d’une ou plusieurs personnes pour gérer les conflits qui peuvent survenir), jusqu’au chien qui habite au domicile de son conducteur, en famille.
Et tous les résultats vont vers les mêmes conclusions. Les chiens socialisés sont :

  • Moins réactifs aux objets insolites
  • Moins agressifs (vis-à-vis des humains ou de leurs congénères)
  • Moins distraits, plus concentrés
  • Plus performants dans leur travail
  • Capables de s’entraîner à plusieurs  en même temps sur le même terrain (meilleure gestions des infrastructures et du personnel)

Bref, il n’y a pas photo, un chien socialisé est plus facile à vivre, et plus performant dans son travail, qu’un chien qui n’a pas de contact autre qu’avec son conducteur.

References :

Benefits of intraspecific social exposure in adult Swiss military dogs
Nastassja Gfrerer, Michael Taborsky, Hanno Würbelb

HANDLERS’ PROFESSIONAL MOTIVATIONS AND THE RELATIONSHIP WITH THEIR MILITARY WORKING DOG
LEFEBVRE D., DIEDERICH C. , DELCOURT M., STEVENS M, GIFFROY J.M

UTILISATION DU CLICKER POUR L’ÉDUCATION CANINE

UTILISATION DU CLICKER POUR L’ÉDUCATION CANINE

clickers

Le clicker est un outil dont l’efficacité n’est plus à démontrer. Dans des mains expertes, il permet une finesse et une efficacité du dressage inégalée. Le dressage moderne de chien de compétition, ou pour un travail opérationnel, ne saurait s’en passer.

Mais qu’en est-il avec un maître débutant qui veut simplement éduquer un chien de compagnie ?

Personnellement, j’ai renoncé à enseigner l’utilisation du clicker dans mes cours collectifs d’éducation. Le maître débutant est déjà assez encombré avec sa laisse et sa réserve de récompenses alimentaires, et si vous rajoutez un clicker, vous le perdez définitivement. Il va passer son temps à ramasser le tas de récompenses qu’il a fait tomber, à se détortiller de sa laisse, ou à se rappeler de récompenser. Sans parler de ceux qui oublient le clicker à la maison une fois sur deux. Au final, ce ne sera pas efficace et amusant.

Je me contente de leur enseigner la récompense alimentaire (leurre et un peu de shaping avec marqueur vocal pour les plus dégourdis).

Mais je culpabilisais en me disant que l’apprentissage serait quand même plus efficace avec un clicker. Heureusement, des scientifiques australiens se sont posés la même question. Et il sont arrivés à la conclusion qu’effectivement, pour des maîtres débutants voulant éduquer un chien de compagnie, le clicker n’apportait rien de plus par rapport à  la récompense alimentaire simple. Dans certains cas, les maîtres ont même trouvé l’utilisation du clicker trop complexe et rébarbative.

Chers collègues éducateurs et moniteurs, ne culpabilisez plus si vous trouvez vos élèves perturbés par le clicker ! Laissez tomber, revenez à la récompense simple, et réservez l’enseignement du clicker à vos élèves les plus doués et les plus motivés. Car ce qui compte, c’est le résultat ressenti par le maître : amusement et apprentissage visible.

Et chers maîtres débutants, ne choisissez pas un club canin ou un éducateur professionnel sur le simple fait qu’il enseigne le clicker. Préférez un enseignant pragmatique qui saura se mettre à votre niveau et saura vous faire progresser en vous amusant.

L’expérience scientifique

Référence de l’article :

Is clicker training (Clicker + food) better than food-only training for novice companion dogs and their owners?

May 2018Applied Animal Behaviour Science 204

DOI: 10.1016/j.applanim.2018.04.015

Lynna C Feng, Naomi H. Hodgens,Jessica Woodhead, Pauleen C Bennett

Méthodologie

Un groupe de maîtres de chiens de compagnie a été recruté via des annonces. Ces personnes et ces chiens n’avaient jamais pratiqué d’éducation canine. Le panel de maîtres et de chiens est varié (âge, genre, taille, ..). Lors d’une première visite au laboratoire , chaque maître remplit un questionnaire, puis fait quelques exercices avec son chien. Cela permet aux expérimentateurs de faire un premier bilan, et d’écarter des chiens qui présenteraient un trouble du comportement.

Ensuite, les équipes ont été réparties de façon aléatoire en 2 groupes:

  • les participants du premier groupe se verront enseigner l’éducation de leur chiens en utilisant uniquement de la nourriture
  • les participants du deuxième  groupe se verront enseigner l’éducation de leur chien en utilisant un clicker + de la nourriture

L’enseignement est dispensé par un éducateur expérimenté. Il est réalisé au domicile du participant (ou dans un lieu proche choisi par le participant). L’enseignement dure 6 semaines, puis chaque participant revient au laboratoire pour un une visite de debriefing, faire quelques exercices avec son chien, et remplir un nouveau questionnaire. Un troisième entretien optionnel leur est proposé quelques semaines plus tard (pour ceux qui ont continué d’éduquer leurs chiens par eux même).

analyses des résultats

Quels que soit le groupe considéré, il n’a pas été noté d’évolution entre les 2 visites concernant la relation chien-maître, les compétences d’éducation des maîtres, les performances sur le parcours d’obstacles, ou l’impulsivité des chiens.
En moyenne, pour tous les groupes, les maîtres ont noté une baisse de l’impulsivité de leur chien suite aux séances d’éducation.
Il n’a pas été noté de différence significative entre les 2 groupes, tant dans les performances de l’apprentissage, que dans le maintient des performances lors de la 3ème visite après la fin de l’entraînement. Il n’a pas été noté non plus de différence dans l’apprentissage de « trick », non inclus dans la formation.
Des études précédentes avaient déjà démontré que l’utilisation de la nourriture seule comparée à l’utilisation du clicker+nourriture n’influait pas sur la performance de l’apprentissage, cette étude le confirme.

La présente étude a utilisé les données recueillies pour analyser si l’utilisation du clicker augmentait le nombre de cessions d’éducation hebdomadaires réalisées librement (car plus « fun »). Ce n’est pas le cas. Pas de différence non plus sur les autres critères, à savoir : la joie ressentie pendant les cessions, (globalement jugées très « fun »), et la difficulté d’apprentissage vue du chien.
Par contre, en ce qui concerne la difficulté vue du maître, l’utilisation du clicker est jugée globalement plus importante.
Avec une exception pour les exercices « va toucher la cible », et « va dans ton panier » dont l’apprentissage est jugé plus simple et plus efficace avec un clicker. Cela suggère que les apprentissages, lorsque le chien est éloigné du maître, sont plus efficaces avec un clicker.
Des études plus anciennes ont démontré une meilleure efficacité de l’utilisation du clicker par rapport à l’utilisation de la nourriture seule, lorsque utilisé par des dresseurs expérimentés. Ce que ne montre pas la présente étude, probablement en raison de la durée courte de l’entraînement. Six semaines est toutefois un standard pour les stages d’éducation, mais semble trop court pour commencer à voir un bénéfice dans l’utilisation du clicker.

Cette étude démontre que l’utilisation du clicker n’apporte pas de bénéfice significatif lorsqu’il est utilisé par des débutants, pour apprendre des exercices simples, avec des chiens de compagnie ne présentant pas de troubles du comportement, sur une durée de 6 semaines. Toutefois, pour certains exercices, le clicker s’est montré plus efficace pour l’apprentissage. 

 

 

Etude de terrain de l’utilisation du R+ et du R-

Étude de terrain de l’utilisation du R+ et du R-

Je vais vous parler aujourd’hui d’une étude scientifique réalisée par une étudiante du Laboratoire d’Ethologie Expérimentale et Comparée, Université Paris-Nord, Stéphanie Deldalle.
Elle a étudié en 2014, l’impact de l’utilisation du R+ et du R- sur le stress du chien. L’intérêt de cette étude est qu’elle est basée sur des observations de terrain, en assistant à des cours d’éducation dans 2 clubs canins français. Le panel de chiens étudiés est varié, tant en taille qu’en âge.
Vous trouverez les références de l’étude en bas de cette page, et un résumé en français dans la 2ème partie de cet article.
Je trouve ce travail extrêmement intéressant et bien mené, avec toute la rigueur et le sérieux qu’on attend d’une telle étude.

R-, stress et relation entre le chien et le maître:

Contrairement à ce qu’on peut lire très souvent, cette étude montre que le R- (retrait d’un stimulus aversif) engendre un stress, certes, mais non préjudiciable au bien être du chien, ni à sa relation avec son maître.

Ce stress , est parfaitement supporté, et n’est pas associé à la présence de maître. En fait le chien associe la commande vocale à l’arrivée de stimulus aversif. La commande vocale devient une source de stress …..
J’avais parlé de ce phénomène ici, et aussi  ici.

Cela confirme que le R- n’est pas autonome. Il est forcément associé à du P+, j’en avait parlé dans cet article (pour pouvoir enlever un stimulus aversif, il faut forcément l’avoir ajouté au préalable !). Lors de l’utilisation du stimulus aversif (P+), il faut être vigilant dans l’association que fait le chien entre les stimuli présents à ce moment là. Dans l’exemple donné, l’apparition de la contrainte sur le chien est contingente avec l’ordre vocal, d’où l’association qui en résulte.  L’ordre vocal devient le stimulus aversif, la punition, alors que le chien estime n’avoir rien fait de mal, et crée le stress, un grand classique de la mauvaise utilisation de la punition.

L’étude souligne aussi l’importance de l’interaction au quotidien entre le chien et le maître, ce qui explique que l’utilisation du R- lors d’une séance d’éducation ne se généralise pas à d’autres situations, la relation entre le chien et le maître n’est pas dégradée, car basée sur de nombreuses autres interactions plus gratifiantes.

De plus, comme je l’ai expliqué dans cet article, le stress n’est pas forcément mauvais, il augmente même l’efficacité de l’apprentissage dans certaines conditions.

Qualification du leurre comme R+ :

Dans l’étude, l’utilisation du leurre alimentaire pour faire asseoir le chien est présenté comme du R+. Je ne suis pas d’accord avec cela. Tout au long de ce blog, je vous explique que le chien doit comprendre le lien entre ses actions et leurs conséquences, ce qui est la base du conditionnement opérant.
Avec le leurre, le chien comprends qu’il est récompensé si son museau suit le leurre, ni plus ni moins. Le leurre est utilisé si on veut travailler sur la mémoire musculaire, pas si on veut faire travailler le cerveau du chien (néocortex) , on ne s’adresse pas au bon cerveau

Utilisation du contact visuel comme signe de bien-être et de bonne relation :

Je suis extrêmement dubitatif sur cette affirmation. Certes, lorsque le regard du chien se porte fréquemment sur le maître, c’est le signe que le chien est demandeur. Mais cette demande peut être le résultat d’une incompréhension. Le chien n’a pas compris ce que le conducteur veut, et il demande une confirmation. Voire, il a compris qu’en regardant son maître il obtient une récompense (conditionnement du maître par le chien, comme expliqué ici.) Certes cela peut être vu comme une « bonne relation », mais ce n’est pas une relation saine du point de vue éducation.

Résumé en français de l’étude

Méthodologie

Deux exercices ont été étudiés : le assis et la marche aux pieds, avec utilisation du R+ ou du R- (de façon distincte, chacun des deux clubs canins observé, utilise uniquement une des 2 façons de récompenser.)

Le assis

R+ : le chien est leurré avec une récompense alimentaire jusqu’à ce qu’il s’assoit. Pour les chiens plus expérimentés, la récompenses est donnée une fois que le chien s’est assis après en avoir reçu le signal.
R- : le maître exerce une traction verticale sur la laisse, et appuie légèrement sur les reins du chien si besoin. Lorsque le chien s’assoit, la traction sur la laisse cesse, et parfois une récompense alimentaire est distribuée

La marche

R+ : le chien est récompensé vocalement lorsqu’il marche près de son conducteur
R- : Lorsque le chien s’éloigne ou tire sur la laisse, le conducteur tire dans l’autre sens. Le conducteur ne donne aucune indication vocale.

Le stress est analysé en observant l’attitude corporelle du chien

Conclusions de l’étude

Effet de la méthode sur le stress

Dans le groupe utilisant le renforcement négatif, le nombre de chien présentant des comportements lié au stress est plus important lors de l’apprentissage du assis. En revanche, sur l’apprentissage de la marche en laisse qui n’implique aucune commande vocale de la part du maître, il n’a pas été remarqué de différence significative entre les 2 méthodes sur le stress du chien.
Cette étude de terrain sur l’utilisation des méthodes d’entraînements utilisant le R+ et le R- pour éduquer les chiens de compagnie confirme les études précédentes basées sur les réponses à des questionnaires distribués aux propriétaires des chiens. Il a aussi été constaté que le stress observé lors de l’apprentissage du assis ne se propage pas à l’apprentissage du debout. Cela est en contradiction avec une autre étude portant sur le dressage de «chiens de garde» (bergers allemands) utilisant des méthodes dures et fortement aversives. On ne sait pas si dans l’étude en question, les chiens vivaient avec leur maîtres, ou si leurs seul contact étaient les séances d’entraînement, car des études ont montré l’importance du cadre de vie des chiens militaires sur leur niveau d’obéissance et d’agressivité. On peut donc supposer que dans le cadre de notre étude, le stimulus aversif (tirer sur la laisse) n’a pas été associé à la simple présence du conducteur. Ce qui en revanche ne s’applique pas au cas d’une commande vocale (le assis) ; on peut donc supposer que le stress observé sur l’apprentissage du assis est lié à la méthode utilisée pour cet exercice (par association). La commande « assis » ayant été assimilée au stimulus aversif.

Effet de la méthode sur la relation entre le maître et le chien

Seulement 3 chiens ont présenté des comportements d’évitement lors de l’apprentissage du assis. On peut donc en conclure que la méthode R- n’est pas suffisamment stressante pour affecter la relation entre le maître et le chien.
L’analyse du regard vers le maître apporte des informations intéressantes. Des études ont montré que ce comportement est un bon indicateur de la relation entre le chien et le maître. Bien qu’un nombre identique de chiens éduqués suivant les 2 méthodes aient montré un non évitement du regard (comportement pour échapper au stress), les chiens entraînés avec la méthode R+ regardent beaucoup plus souvent leurs maîtres. Cela suggère une relation plus stable entre le chien et son maître. Bien évidement, regarder la récompense tenue dans la main du maître peut fausser cette analyse, mais en contrepartie, sur les chiens dont l’entraînement est plus avancé, ce regard vers le maître est généralement maintenu.

Effet sur le bien-être animal

Plusieurs études ont montré que l’utilisation du R+ amène moins de problèmes de comportement et une meilleure obéissance. Et réciproquement, des études ont montré que l’utilisation de stimuli aversifs entraîne stress, peur, comportements agressifs. Cette recherche n’a pas étudié le niveau d’obéissance en fonction du type de méthode utilisée pour l’apprentissage et ne peut donc confirmer ou infirmer les études précédentes sur ce point. Sur les autres points, les résultats de cette étude sont cohérents avec ceux des études précédentes, sauf en ce qui concerne la peur et les comportements d’évitement qui n’ont pas été constatés. De plus, on ne peut pas conclure que le bien être de l’animal ai été réduit.
Toutefois, la relation entre le maître et son chien peut être compromise si on se base sur le nombre de regards du chien vers le maître. En outre, l’intervention verbale du maître sur le chien semble produire plus de signes de stress dans le groupe utilisant le R-. Ces résultats soulignent un possible effet de bord du renforcement négatif, si on se base sur le nombre d’interactions initiées par le chien à travers un contact visuel.
Cette étude confirme aussi que la taille du chien n’a aucun effet sur les comportements observé.

L’étude se termine en mettant en avant les points qui peuvent avoir affecté les résultats

  • Le faible nombre de chiens étudié. Il faudrait refaire le test dans d’autres clubs canins
  • L’influence de « la vie en dehors du club », en particulier le comportement des maîtres à la maison.
  • Utilisation de la punition : on peut supposer que les personnes qui utilisent le P- (retrait d’un stimulus agréable) sont celles qui utilisent le R+ et la nourriture, alors que celles qui utilisent le P+ (ajout d’un stimulus aversif) sont celles qui utilisent le R- et la laisse.

Référence:

Effects of 2 training methods on stress-related behaviors of the dog (Canis familiaris) and on the dog-owner relationship

March 2014

Journal of Veterinary Behavior Clinical Applications and Research 9(2)

DOI:10.1016/j.jveb.2013.11.004

Stéphanie Deldalle, Florence Gaunet