Jouer avec son chien : lien entre le jeu, la dominance et l’attachement

Jouer avec son chien : lien entre le jeu, la dominance et l’attachement

Cet article est un résumé d’une étude de l’université de Southampton :
Links Between Play and Dominance
and Attachment Dimensions
of Dog-Human Relationships
Nicola J. Rooney and John W. S.
Bradshaw Anthrozoology Institute, University of Southampton, SO16 7PX. U

Description de l’étude

Il est souvent rapporté que la façon de jouer avec son chien peut déclencher des problèmes de comportement.
Cela peut aller jusqu’à créer des comportements considérés comme indésirables pour le propriétaire du chien, avec pour conséquence l’euthanasie de l’animal.
Les auteurs de l’étude ont voulu comprendre ce qu’il en était réellement, et séparer les mythes et autres idées préconçues des faits expérimentaux. Pour cela, ils ont étudié 50 binômes maître/chien. L’originalité de l’étude est qu’elle a été réalisée sur des binômes maître/chien qui n’ont pas de problèmes particuliers, dans le milieu de vie quotidien du chien, et avec les maîtres. Alors qu’habituellement, les études sont menées en laboratoire par un ou des expérimentateurs, sur des chiens posant un problème de comportement.
Ils se sont limités à l’étude de deux caractéristiques importantes aux yeux des propriétaires de chiens de compagnie, à savoir :

  • Dominance : tendance du chien à affirmer la priorité d’accès aux ressources.
  • Attachement : tendance du chien à chercher et maintenir le contact avec son maître.

Ils ont aussi étudié quelques aspects collatéraux de ces deux traits de caractères, tels que l’agression ou  l’hyper attachement. Ils ont aussi ouvert l’étude à des paramètres autres que la façon de jouer, tels que le lieu de couchage, l’âge du chien, l’interaction avec une personne étrangère. Il est bien évident qu’un échantillon de 50 binômes n’est pas représentatif de l’ensemble de la population canine et humaine, mais cela donne une bonne idée de la réalité.
Les auteurs se sont en particulier attachés à démontrer la véracité ou pas, de trois affirmations courantes :

  • Est-ce que l’initiation de l’interaction influe sur la dominance ?
  • Est-ce que les chiens qui ont un accès permanent aux jouets deviennent dominants ?
  • Est-ce que laisser dormir son chien dans son lit favorise l’hyper attachement ?

Comment les binômes étudiés jouent-ils ?

Keep-Away : le maître ou le chien prennent un objet, et l’autre essaie de lui voler
Fetch : le maître lance un objet et le chien le rapporte
Tug of war : tirer sur une corde, un jouet
Rough-and-Tumble : jeu de la bagarre
Chase : l’un poursuit l’autre

Résultats

Je vous laisse consulter l’étude complète qui foisonne de résultats intermédiaires.
Si il ne fallait en retenir qu’un:

il est plus que probable que c’est la relation qu’entretient le maître avec son chien qui détermine leur façon de jouer , et non l’inverse. Cette façon de jouer est un bon indicateurs de la relation entre le chien et le maître.

 

Regardons les autres résultats intéressants qui ressortent de cette étude.

Jeu de la bagarre :

Ce type de jeu est généralement déconseillé car il favoriserait la dominance et l’agression.

Cette étude arrive à la conclusion opposée. Ce jeu implique de nombreux contacts physiques entre le chien et le maître, et cela favorise le contact social, l’attachement, ainsi que l’envie du chien à coopérer..

Influence de l’âge du chien :

Le jeunes chiens cherchent plus fréquemment l’interaction avec leur maître que les chiens plus âgés.

Jeu du tug (tir à la corde)

tug of war

Ce jeu est généralement déconseillé car il favoriserait la dominance et l’agression.
Cette étude ne le confirme pas, tout comme d’autres étude citées par les auteurs. Un point concernant ce jeu est à souligner : faut-il laisser gagner le chien au risque de le rendre dominant et agressif, ou bien le maître doit il absolument contrôler le jeu ?
La réponse est un peu plus complexe qu’il n’y parait. Les maîtres qui laissent gagner le chien, ce n’est pas forcément un choix, mais une peur de l’agression (conflit pour la possession du jouet). Ce n’est donc pas le jeu qui rends agressif, mais il confirme l’agressivité existante (cf la première conclusion ..). Il est à noter que l’agression n’est pas lié à de la dominance, mais à l’appropriation d’un objet.

Et maintenant, revenons sur les trois questions du début.

Est ce que l’initiation de l’interaction par le chien influe sur la dominance ?

Il est communément admis qu’un chien qui initie le jeu présente un caractère dominant vis-à-vis de son maître.
Cette étude le confirme : les chiens qui sont à l’initiative du jeu sont moins coopératifs et plus sujet à agresser. Mais cela ne veut pas obligatoirement dire que c’est le fait de laisser son chien initier l’interaction qui le rend dominant. C’est même plus probablement le contraire : c’est parce que le chien est dominant dans la relation qu’il initie l’interaction. Ce type de chien est généralement renforcé au quotidien dans son statut de dominant : accès libre à toutes les pièces de la maison, demande permanente d’attention, quémande la nourriture ….. Ces chiens sont aussi moins enclins à coopérer avec leur maîtres.

Est-ce que les chiens qui ont un accès permanent aux jouets deviennent dominants ?

L’étude ne montre aucune relation entre accès permanent aux jouets  et dominance.

Est-ce que laisser dormir son chien dans son lit favorise l’hyper attachement ?

Cette étude ne montre aucun lien entre les deux. L’étude oriente  vers d’autres causes de l’hyper attachement, en particulier les chiens ayant déjà subit un abandon.

 

CC BY-NC-ND 4.0 Jouer avec son chien : lien entre le jeu, la dominance et l’attachement par Didier ESCALLIER est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Pas de Modification 4.0 .

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