construire un chien de sport

CONSTRUIRE UN CHIEN DE SPORT

Pourquoi cet article

La route est longue entre l’arrivée à la maison du chiot  tout juste sevré et le chien en concours de niveau III. Si on démarre la fleur au fusil en avançant en tâtonnant, on a toute les chances de terminer dans une impasse. Il faut une stratégie, une ligne directrice, qui va nous guider tout au long des 3 années, voire plus, qui nous séparent de notre objectif.
Pour m’aider dans ce parcours, je conçois cela comme la construction d’un bâtiment. C’est ce que je vais détailler dans cet article

Étape n°1 : le choix du bâtiment

Entre la cabane au fond du jardin et un château fort, le choix est vaste.
Ce choix sera dicté par le règlement de la discipline choisie., mais aussi et surtout en fonction du caractère du chien. Difficile de construire un château fort avec un chien au caractère faible. Et réciproquement, construire un bâtiment très aérien avec un chien solidement bâti et au caractère très dur ne donnera pas le résultat espéré.
Une fois le type de bâtiment choisi en fonction des matériaux dont on dispose, il faut définir les étapes à suivre.
Un construira toujours dans l’ordre : les fondations, puis les murs, puis le toit. Si on essaie de faire autrement, le bâtiment sera bancal, voire s’effondrera au premier coup de vent. Et on terminera logiquement par les finitions qui donneront son cachet typique à l’édifice.

Étape n°2 Les fondations

Comme pour un bâtiment, la construction des fondations est quelque chose qui ne se voit pas lorsque le bâtiment est terminé, mais c’est sur elle que repose toute la solidité de la future construction.
Comme pour un bâtiment, les fondations vont dépendre :

  •  Du type de terrain (le caractère du chiot)
  • Du type de bâtiment à construire (la cabane ou le château fort)

Cette étape commence dès l’arrivée du chiot à la maison. On va lui apprendre à apprendre, on va lui montrer que ses actions ont des conséquences. On va lui donner plaisir à faire plaisir à son maître.
Pour cela on utilisera des exercices très simple (toucher la main, tourner derrière un piquet, aller dans une boite …). Ces exercices vont favoriser la prise d’initiatives, et la prise de conscience qu’il peut être très agréable de proposer quelque chose à son maître (c’est ce que j’appelle l’activation du chiot)
Au niveau des techniques utilisées, on utilisera un peu le leurre, mais on travaillera principalement en shaping avec récompense.
C’est aussi durant cette période qu’on travaillera la mémoire musculaire.
Cette période de la vie du chiot est déterminante pour la suite, et ne devra surtout pas être écourtée sous prétexte qu’il faut travailler les exercices « tels que demandés en concours ».

Étape n°3 : les murs

Dans un bâtiment, les murs ont deux fonctions :

  • Assurer la rigidité de l’ensemble
  • Donner la forme générale

C’est dans cette phase qu’on va construire ce qui sera visible en concours : les exercices du règlement.
Mais pour construire un mur, il faut des briques. Ce sera pour le chien de tout petits bouts d’exercices, ce que j’appelle dans mes articles « les compétences élémentaires ». C’est, par exemple, ramasser un objet ou bien rester sur le côté gauche quelle que soit la position du maître.
Tout comme on construit un mur en commençant par le bas, on commencera à assembler ces briques en commençant par la fin (le back-chaining des anglophones). Le chien sera ainsi récompensé à la fin. Chaque brique devient la récompense de la précédente, jusqu’à la récompense qui suit la dernière brique.

Cette étape n’est pas la plus compliquée, et c’est la plus valorisante car on voit les choses se construire. L’erreur à ne pas faire est de se précipiter dessus et de vouloir monter les murs sans avoir au préalable assuré les fondations et façonné ses briques. Le mur va se monter vite, mais s’écrouler tout aussi vite.

Étape n°4 : le toit

Le toit sert à se protéger des aléas climatiques. En ce qui concerne le chien de compétition, il s’agira de se protéger contre les aléas externes, autrement dit les distractions.
Durant les étapes précédentes, je travaille dans un milieu pauvre en distraction. Lorsque la construction des murs est suffisamment solide, j’introduis des distractions de plus en plus importantes. Si on commence trop tôt, les murs se fissurent. Il faut alors les réparer, mais ce n’est jamais aussi solide que si on a attendu qu’ils soient assez résistants dés le départ.
Pour prendre un exemple concret, à la fin de cette étape, le chien doit être capable de faire un rapport d’objet alors que l’apportable est entre les jambes de l’homme assistant (celui-ci étant considéré comme la distraction ultime pour un chien pratiquant le mordant). Si le chien ramène l’HA au lieu de l’apportable, c’est qu’on a loupé une étape …

Étape n°5 : les finitions

Dans un bâtiment, les finitions sont ce qui fait toute la différence pour un regard extérieur. C’est cette étape qui va lui donner tout son éclat, son aspect définitif. Le chien étant maintenant suffisamment mature et aguerri, on va pouvoir exiger une exécution parfaite et soigner les détails. C’est à cette étape qu’on utilisera la punition basse intensité, car la récompense seule ne permet pas un tel niveau d’exigence. Il faudra faire bien attention de ne pas casser ce qu’on a construit précédemment on voulant ajouter trop de fioriture à notre construction.
Cela dépendra évidement de la solidité de tout ce qui aura été réalisé au préalable, et donc en partie du caractère du chien.

Conclusion :

Construire un chien pour la compétition est un long chemin, qui demande de savoir ou l’on va dés le départ. Il ne viendrait à personne l’idée de construire un gros bâtiment sans avoir au préalable tracé des plans et choisi ses matériaux. Malgré cela, il faudra à chaque étape trouver des solutions pour pallier aux aléas du projet.
Il y a des étapes à respecter, et si on veut aller trop vite, tout fini par s’écrouler.
Comme me disait mon grand père : « on ne construit pas un cheval sur un âne »
Il est temps d’éteindre votre ordinateur et de commencer à tracer les plans de votre future construction.

CC BY-NC-ND 4.0 construire un chien de sport par Didier ESCALLIER est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Pas de Modification 4.0 .

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