motivation intrinsèque et extrinsèque

Motivation intrinsèque ou extrinsèque ?

Après avoir fait une série d’article sur la dopamine, la récompense, et la punition, je vais revenir sur un aspect important de la récompense. Je me base sur l’article cité en référence.

La récompense, ou motivation, peut être de deux origines :

  • Intrinsèque :qui vient de l’intérieur (envie spontanée de faire les choses)
  • Extrinsèque : qui est externe à l’animal (nourriture, balle, tugs)

Sur un terrain de concours, nous n’avons pas le droit d’utiliser les récompenses externes. On ne peut donc utiliser que l’espoir de cette récompense externe (la fameuse dopamine). On peut contourner cette contrainte si la motivation vient de l’intérieur du chien. Rien dans les mains, rien dans les poches, tout est dans le chien, c’est magique!
Regardons de plus près ce qu’est cette motivation intrinsèque.

Motivation intrinsèque

comment la mesurer

L’article sur lequel je m’appuie concerne les humains, et leur motivation à aller à l’école (je simplifie, mais c’est l’idée).
Les chercheurs se sont d’abord posés la question de la mesure de cette motivation intrinsèque.
Le concept généralement admis est celui du « libre choix ». L’élève est mis en condition pour réaliser une tache déterminée par l’expérimentateur, puis on lui propose de faire d’autres tâches considérées comme plus divertissantes. On mesure combien de temps il continue à faire la tâche imposée avant de se laisser distraire par les autres tâches.

Impact de l’environnement sur la motivation intrinsèque

L’environnement influe fortement sur cette motivation, bien qu’elle soit interne, et donc non liée directement à celui-ci.
L’environnement peut susciter, soutenir, améliorer, réduire, voire saper, cette motivation.
On explique généralement que l’environnement catalyse, plutôt que provoque, cette motivation. C’est en gros le souffle qui va réveiller l’étincelle initiale, mais ce n’est pas ce qui allume cette étincelle.
Une autre façon de présenter les choses est de dire que l’environnement contribue à un « sentiment de compétence », et par conséquent à la satisfaction de réaliser l’action, et donc à la motivation pour cette action. Il y a toutefois des conditions à respecter pour que ce sentiment de compétence se transforme en motivation intrinsèque. Il est par exemple nécessaire que l’élève perçoive un impact de son action sur le résultat, que le libre choix dont il était question un peu plus tôt soit effectif. De plus, chaque individu réagit différemment à ce sentiment de compétence, soit pour des raisons génétiques, soit lié à son passé.

Les partisans de cette théorie du sentiment de compétence ont étudié à la fois en laboratoire, mais aussi sur des cas concrets comment l’environnement influe sur la motivation intrinsèque.
Tout d’abord, ils ont démontrés qu’un retour positif sur l’amélioration des performances améliore la motivation intrinsèque (félicitations de l’enseignant par exemple). Et à l’opposé, qu’un retour négatif diminue cette motivation (dénigrement de la part de l’entourage). Il n’est donc absolument pas inutile , voire ridicule, de féliciter son chien lorsqu’il fait quelque chose de bien. Il faut être fier de lui, et surtout ne pas le dénigrer. Cela augmente sa confiance en lui, et sa motivation intrinsèque.
Une autre approche consiste à dire que ce sentiment de compétence augmente l’impression de contrôle sur l’environnement, une l’augmentation de l’autonomie. L’élève se rend compte que ses actions influencent l’environnement. Faites le lien avec mon article sur le maître manipulateur ou manipulé ….. Le chien est lui aussi fier de manipuler son environnement …

Motivation intrinsèque et récompense externe

Des recherches dans les années 70 ont étudié l’impact de la récompense externe sur la motivation intrinsèque. Cette récompense vient saper la motivation intrinsèque. Cela est expliqué par le fait que le lien de cause à effet est transféré de l’interne vers l’externe. Le sujet perçoit que l’impact de son action se situe plus à un niveau externe qu’interne.
La récompense externe peut être généralisée sur cet aspect à toute forme de conséquence tangible : récompenses alimentaires, délais, directives, mise en compétition. Toutes ces choses tangibles sont perçues comme des conséquences échappant aux choix de l’élève, et donc sape sa motivation intrinsèque.
En revanche, tout ce qui favorise l’autonomie, le libre arbitre, augmente cette motivation.
Bien que l’étude porte sur des élèves humains, je pense que cela s’applique aussi parfaitement à nos élèves canins. Un chien qui n’est travaillé que via l’évitement de la contrainte n’aura aucune motivation intrinsèque. Il va rentrer sur le terrain d’entraînement sans motivation particulière. Alors qu’un chien qu’on a rendu ouvert et actif, va vous précéder pour rentrer sur le terrain, à la limite de vous engueuler parce que ça ne commence pas assez vite, et cela sans savoir si vous avez sur vous une récompense tangible  (balle, nourriture).

Motivation extrinsèque

Une motivation extrinsèque est quelque chose de tangible qui est obtenu chaque fois qu’une action est terminée (jouet, nourriture). Elle s’oppose en cela à la motivation intrinsèque qui est la satisfaction obtenue par la réalisation de l’activité, plus que par la conséquence matérielle de cette action. Cette motivation extrinsèque peut être la peur d’une sanction, ou le résultat concret de cette action.

De l’extrinsèque vers l’intrinsèque

La question que se sont posé les chercheurs  est de comprendre comment motiver les élèves via des pressions extérieures, des règles, mais en faisant en sorte qu’ils s’approprient ces pressions et ces règles pour les transformer en motivation intrinsèque. Vaste programme !
Les chercheurs séparent le problème en deux phases :

  • Intériorisation : l’élève s’approprie la contrainte, et au lieu de la subir, la transforme en challenge
  • Intégration : l’élève s’approprie plus profondément la contrainte, jusqu’à penser qu’elle vient de lui et non de l’extérieur

Il existe toute une gradation de l’appropriation de ces contraintes ; qui va de l’intégration (motivation purement interne), à la motivation externe imposée (loi, règlements), voire à l’absence de motivation voir figure ci-dessous (de droite à gauche)

image001

Cela n’est évidemment qu’un modèle pour aider à comprendre comment se situe la motivation.
Celle-ci n’est pas figée à un point du graphe. En fonction des conséquences de nos actions, elle va se déplacer vers la gauche ou vers la droite..
Cette motivation reste tributaire des conséquences de nos actions. Si ces conséquences sont systématiquement désagréables, le plus motivé des élèves finira par se lasser, et sa motivation s’émousser (déplacement vers la gauche du graphe).
Et réciproquement, quelque chose qui est au début subi comme une contrainte, sera de plus en plus transformé en motivation intrinsèque si elle amène plus d’autonomie, plus d’auto détermination (déplacement vers la droite du graphe)

Dans notre domaine de l’éducation canine, je ne compte plus le nombre de chiots très motivés qui se retrouvent complètement amorphes quelques mois plus tard à cause d’un maître trop autoritaire ou trop directif (ce que les auteurs de l’article appellent un « controling mentor »).

Des expériences ont été menées dans les années 90 sur la motivation des élèves à faire leurs devoirs à la maison. Au plus ils étaient encadrés et dé-responsabilisés, au moins ils étaient motivés. Et c’était aussi ceux qui avaient le plus tendance à rejeter la faute de leurs échecs sur les autres.
Ces expériences ont aussi montré qu’il était plus facile de s’approprier les contraintes, de les intérioriser, voire de les intégrer, lorsqu’on fait partie d’un groupe solidaire, et qu’on est tourné vers les autres. Nous avons effectivement tous constaté qu’un chien proche des humains, qui se sent aimé, sera plus facile à motiver qu’un chien naturellement indépendant, ou qui se sent rejeté.

D’autres études ont démontré qu’il était plus facile de s’approprier une contrainte si elle est comprise, si on en voit l’intérêt, et si on est capable de réussir ce qu’on entreprend. Il n’y a rien de plus démotivant que les échecs répétés, le sentiment qu’on n’a pas les compétences pour y arriver.

Application directe sur nos entraînements : si le chien n’y arrive pas, au lieu de se dire « quel abruti ce clébard », on baisse la difficulté de façon à ce qu’il sorte gagnant de l’exercice.

Conclusion

Nous avons vu dans cet article que la motivation intrinsèque est liée au sentiment d’autonomie, d’auto-détermination, de compétence.
La motivation extrinsèque, qui est liée au résultat de nos actions, peut être plus ou moins lié à cette auto détermination suivant le contexte.
Ce contexte peut permettre de transformer une motivation extrinsèque en motivation intrinsèque via les processus d’intériorisation et d’intégration. Il faut pour cela que l’élève soit mis dans un contexte où il a conscience que ces choix ont un impact sur le résultat, qu’il a compris l’intérêt du résultat, et qu’il est en situation de mettre en valeur ses compétences, d’en acquérir de nouvelles, et que celles-ci soient reconnue par les autres (ça fait beaucoup de conditions tout ça !).

Application à notre activité de compétition canine

Je n’ai pas grand-chose à ajouter . Ce qui est étudié pour les élèves humains s’applique quasiment mot pour mot à nos élèves canins. Leur donner de l’autonomie, leur faire comprendre que ce sont leurs actions qui sont la cause des résultats obtenus, ne pas les mettre en échec, être fier de leurs compétences, bref, avoir un chien ouvert et actif …..
Lorsque ces conditions sont réunies, les artifices de motivations utilisés systématiquement en début d’apprentissage peuvent se faire plus discrets, plus aléatoires. Mais il ne faut pas précipiter les choses, et laisser le temps pour que l’intégration se fasse. Mais à contrario, il ne faut pas pousser la récompense extrinsèque trop loin, car dans ce cas, le chien ne s’approprie plus l’action, il ne s’approprie que le résultat. Il perd ce sentiment d’autonomie, de libre arbitre, et n’intègre pas l’action. En concours, cela donne des chiens dynamiques sur les premiers exercices, puis qui s’éteignent peu à peu en voyant que la récompense n’arrive pas.

Ce subtil équilibre entre motivation intrinsèque et extrinsèque est l’apanage des grands dresseurs, et soyons honnête, des grands chiens. Mais le fait de savoir que cela existe nous permet de le travailler, et de nous améliorer !

Il est temps maintenant d’éteindre votre ordinateur, et d’aller tester votre motivation intrinsèque à jouer avec votre chien.

Référence

https://mmrg.pbworks.com/f/Ryan,+Deci+00.pdf

CC BY-NC-ND 4.0 motivation intrinsèque et extrinsèque par Didier ESCALLIER est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Pas de Modification 4.0 .

Une réflexion sur « motivation intrinsèque et extrinsèque »

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