Réflexions sur le coût et la valeur

Réflexions sur le coût et la valeur

Et non pas les coups et la douleur, ce n’est pas le genre de la maison, ni même les goûts et les couleurs étant donné que mon sens artistique est proche du néant.

Pourquoi le coût et la valeur ont tant d’importance ?

Je parle de la valeur d’une récompense. Comme déjà vu dans l’optimisation du comportement, pour qu’une récompense soit un renforçateur efficace, il faut, entre autre chose , qu’elle ai une forte valeur.  Le chien comme nous, ne sera prêt à se bouger que si le résultat en vaut la peine.  Au plus cette récompense sera attirante, au plus il va se défoncer pour essayer de l’obtenir. Dans la nature, un animal ne fera un effort que si ce que cela lui rapporte est supérieur à l’effort que ça lui coûte pour l’atteindre. Un prédateur qui n’est que très légèrement affamé  et  qui voit un lapin passer à sa portée va essayer de l’attraper,  mais ne va  pas lui courir après pendant 500 m, s’il le rate au premier coup. Le coût est supérieur à la valeur. Si la faim devient trop importante, la valeur du gibier augmente, il sera alors prêt à le traquer sur un kilomètre s’il le faut.

Avec nos chiens, c’est la même chose, ou presque.

C’est quoi la valeur d’une chose ?

Posons-nous la question : à quoi nous, en tant qu’humains, attribuons-nous de la valeur ?

Certainement pas à quelque chose d’abondant et facile d’accès. Donc, commençons par restreindre l’accès des jouets à nos chiens. Ils en prendrons de la valeur. On ne les sortira que pour jouer ensemble, puis on les range.

Ce qui est gagné facilement n’a pas la même valeur que ce qui est obtenu après un dur labeur : inutile de récompenser son chien pour un oui ou pour un non. Une récompense, ça se gagne et je pense en particulier aux personnes travaillant « au clicker » et qui s’en servent quasiment comme des castagnettes. Un click, ça doit se gagner, il faut faire un effort pour l’obtenir.

La frustration est aussi un grand pourvoyeur d’augmentation de valeur de la récompense.  Quelque chose que vous aimez bien, mais sans excès, vous est subitement retiré d’une façon que vous trouvez injuste. Cette chose jusqu’alors insignifiante, va subitement avoir une grande valeur qui va décupler votre envie de la récupérer.

La récompense peut être « primaire », c’est-à-dire qu’elle sert à satisfaire un besoin vital, comme la faim. Mais encore faut-il avoir faim pour l’apprécier. Si vous travaillez avec de la nourriture, la séance doit commencer avec un chien qui à faim, et se terminer alors qu’il a encore faim.

La récompense peut être « secondaire », c’est-à-dire qu’elle ne sert pas à satisfaire un besoin vital, mais que nous l’avons associée à quelque chose d’important. L’importance peut être primaire, ou plus « sentimentale ». Voici 2 exemples :

  • Vous êtes en opération de survie, et ne possédez qu’un seul couteau. Il ne vous sert pas directement à vous nourrir, mais vous donne accès à la nourriture, il a une très grande valeur à ce moment là.
  • Votre  grand-mère préférée vous offre une médaille de St Christophe pour le départ de vos premières vacances sans vos parents. Elle n’a pas une importance vitale, et pourtant vous lui accorderez certainement une grande valeur sentimentale et le jour où vous l’égarerez, vous retournerez toute la maison pour la retrouver.

La valeur, innée ou acquise ?

Désolé de vous décevoir, mais peu de choses ont une valeur innée pour nos chiens. Seule les récompenses primaires ont une forte valeur innée, à condition qu’elles soient en déficit, ou que tout au moins le chien pense qu’elles le sont.

Dans tout les autres cas, c’est nous qui devons faire en sorte que tel ou tel objet acquière de la valeur. Et pour ça, il faut mouiller la chemise et activer nos neurones.

Posez un tug pour la première fois devant un chiot. Après un bref moment de curiosité, il va s’en désintéresser. Animez le tug en le faisant bouger, il va tout de suite devenir plus intéressant, sa valeur augmente. Une fois que le chiot joue bien avec le tug, vous lui volez et le cachez derrière votre dos. Sa valeur va faire un bond, le chiot va le chercher activement.

Et avec la récompense alimentaire, c’est le même chose. Je connais pas mal de chiens qui ne sont pas intéressé par un morceau de fromage qui traîne par terre, mais si celui-ci est donné par la main du maître, le chien se précipite dessus. Tout simplement parce que le maître en question a su rentre cette nourriture intéressante (par la frustration, la valeur sentimentale  …). Même avec un chien naturellement passionné par la nourriture, il ne faut pas lui donner trop facilement. Il doit par exemple la gagner en essayant de l’attraper dans votre poing fermé. Et si en plus, dés qu’il s’éloigne, vous ouvrez la main, vous allez le frustrer. Attention toutefois que le coût pour l’obtenir ne dépasse pas la valeur à cet instant, sinon le chien s’en désintéresse et le valeur devient nulle.

Un bon dresseur est celui qui saura jongler avec tout ça, et maintenir en permanence une forte valeur à la récompense.

Conclusion

On ne peut utiliser efficacement une récompense en tant que renforçateur que si celle ci à une grande valeur pour le chien. On ne doit pas l’utiliser tant que ce n’est pas le cas.

Donner de la valeur à un objet, à de la nourriture, ça se travaille. Il n’y a quasiment pas de chien non joueur, il y a surtout des chiens dont les maîtres n’ont pas pris le temps de leur faire aimer le jeu, voire qui à force d’être trop exigeants, n’ont pas respecté l’équilibre coût/valeur.

 

 

 

 

 

CC BY-NC-ND 4.0 Réflexions sur le coût et la valeur par Didier ESCALLIER est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Pas de Modification 4.0 .

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