Chien : activé!

Activer son chien

C’est quoi ce truc ?
Je viens de m’apercevoir que je n’ai jamais vraiment expliqué le titre de ce blog « chiens actifs ».
En regardant les termes utilisés sur les moteurs de recherche, et qui amènent des visiteurs sur ce blog, je me rends compte que ma définition de chien actif n’est pas celle couramment utilisée par les internautes. Beaucoup de personnes confondent visiblement chien actif et chien qui a besoin de beaucoup d’exercice physique.
Cela n’a rien à voir. La notion de chien actif est à prendre en opposition à la notion de chien réactif (autre notion mal interprétée ..).

Chien réactif

En compétition, un chien réactif est un chien qui ne fait que réagir aux instructions de son maître. Il ne prend pas d’initiative, surtout en présence de son maître. Il attend que celui-ci lui dise quoi faire, et réagi à cette demande. En cas d’absence de demande, il ne fait rien, de peur de se tromper.

Chien actif

C’est un chien qui prends des initiatives, « qui teste des trucs », et qui regarde comment réagit son environnement. Si celui-ci réagit en lui procurant plus de confort, il va refaire plus souvent ce qui a amené ce confort. Si cette initiative lui amène de l’inconfort, il va conserver dans un coin de son cerveau «ça, c’est pas intéressant», et ne va plus le refaire.
Le chien va aussi se faire une idée de la «rentabilité» de son initiative. Si elle demande un gros effort (physique ou intellectuel), pour un gain de confort faible, il va rapidement laisser tomber, et faire autre chose de plus rentable.

L’intérêt d’avoir un chien actif en compétition

J’entends encore beaucoup de compétiteurs dirent que le chien doit être «robotisé» pour participer à une compétition, il ne doit surtout pas prendre d’initiative. Les chiens dressés de cette façon exécutent lentement (en tout cas pas aussi vite qu’ils pourraient le faire s’ils étaient actifs), et surtout, sont complètement déstabilisés lorsqu’un grain de sable vient perturber le déroulement habituel de la compétition. Ils perdent tous leurs moyens, et se figent en attendant les consignes du chef. Consignes que celui-ci est bien incapable de lui donner lorsque le chien est à 30m, et que le conducteur ne voit pas ce qui coince. Et s’il lui en donne, ce sont des points qui disparaissent. En cas de difficulté imprévue, j’ai vu plus d’un chien se coucher, oreilles basses, et attendre que ça se passe.

Un chien actif, sera beaucoup plus vif, aura beaucoup plus de «présence» sur le terrain (et dans certaines disciplines, ce sont des points en plus). En cas d’imprévu, il n’aura aucune crainte à proposer quelque chose pour s’adapter, et «continuer la mission». Un chien actif aura « la niaque », en cas de difficulté, il va se surpasser pour réussir.
Un chien actif a son cerveau en pleine activité lors d’une compétition, et donc réagit plus rapidement aux sollicitations. Il exécute plus rapidement les exercices en fonction des indications du conducteur, qui ne sont pas des ordres impératifs.

Activation du chiot

Cette phase est fondamentale. Je parlerai ici d’un chiot, car c’est sur celui-ci que l’activation est la plus facile à obtenir. Sur un chien adulte, l’activation est bien évidemment toujours possible, mais sera d’autant plus difficile que le chien aura un long passé de chien réactif.

Pour «activer» un chiot, on doit donc lui faire comprendre que ses actions ont une conséquence. Et pour qu’il acquiert cette envie de proposer quelque chose, cette habitude de prendre des initiatives. Il faut que le résultat de ses actions soit toujours agréable, que ces dernières lui amènent du confort.
La solution la plus efficace que je connaisse est l’utilisation de la méthode appelée «shaping», et plus particulièrement lorsqu’elle est mise en œuvre avec un clicker.
On va apprendre au chiot que c’est son comportement, son initiative, qui nous fait cliquer, et donc amènent du confort. On débute avec des exercices simples, et évidents pour le chiot (qui demandent peu d’efforts pour un gain de confort appréciable).
Je commence toujours par des exercices qui mettent en œuvre la bouche ou le nez du chiot. Vous avez en effet certainement observé qu’un chiot utilise principalement sa bouche et son nez pour explorer son environnement, alors qu’il n’est encore pas très dégourdi avec le reste de son corps (les pieds de meubles ou les bas de porte, ainsi que la terre des pots de fleur en gardent généralement la trace).
Je vais donc lui apprendre à venir toucher ma main avec sa truffe, ou à passer sa tête dans une anneau (qui sera plus tard un collier …). Je vais faire en sorte de manipuler l’environnement afin que l’initiative la plus probable du chiot sois le comportement que je veux mettre en place (travail en intérieur, sans distraction, avec par exemple ma main tendue à l’horizontale afin d’intriguer le chiot). Cela permet de baisser l’effort nécessaire pour accéder au confort (rentabilité maximale). Ce n’est que plus tard qu’on va apprendre au chiot à franchir des difficultés pour obtenir son amélioration de confort.
Je récompense beaucoup la moindre initiative. Le chien doit garder en mémoire de cette phase que proposer quelque chose n’est pas tabou, bien au contraire. Au bout de quelque temps, le chiot va proposer spontanément tout un tas de comportements. On ignorera ceux qu’on ne veut pas voir se maintenir, et on récompensera (avec ce qu’on a sous la main à ce moment-là !) ceux qu’on veut renforcer.
En travaillant comme cela, vous aller obtenir un chiot très ouvert d’esprit, toujours partant pour une nouvelle activité. L’étape suivante sera d’associer ce comportement à un signal (acoustique ou visuel), mais ça ,c’est plus tard.
Je préfère vous prévenir que vous allez aussi avoir droit à des sourires narquois, ou des réflexions du genre «à cet âge-là, mon chiot savait déjà s’asseoir et se coucher sur commande». Laissez dire. Votre chiot a bien le temps d’apprendre tout ça. Votre objectif n’est pas d’en faire un  chiot savant. Pour l’instant, il apprend à apprendre en s’amusant.
Travaillez sur son ouverture d’esprit, apprenez-lui à proposer tout un tas de choses aussi variées qu’apparemment inutiles (aller dans une boite, aller sur une cible, tourner derrière un piquet, monter sur un rocher, ..). Cela permet aussi un bon développement de ses capacités physiques, autre part importante de votre activité avec votre chiot à cet âge là.
Et si en plus, vous devez lui apprendre à s’asseoir et se coucher sur ordre, son jeune cerveau risque la surchauffe …..

La punition

Dans tout ce que j’ai écrit plus haut, j’ai toujours dit : surtout pas de punition qui risquerai de bloquer la prise d’initiative.
Mais ça ne veut pas dire que je ne puni jamais un chiot ! Comme je l’ai déjà expliqué dans mon article «le maître source d’inconfort», la punition est réservée aux très rares cas ou le chiot franchit un tabou, ou risque de se mettre en situation dangereuse.
Il est évidemment important de bloquer cette initiative malheureuse. Mais attention à l’intensité de la punition. Elle doit être suffisamment désagréable pour que le chiot n’ai pas envie de recommencer, mais elle ne doit surtout pas bloquer les autres initiatives. l’idéal étant de la faire suivre d’une proposition d’une activité souhaitée. Au plus la punition sera rare, au moins elle risquera de bloquer cette prise d’initiative.
Cela passe à nouveau par une manipulation de l’environnement. Au moins le chiot à de possibilité de prendre une initiative malheureuse, au moins on aura besoin de punir.
Prenons un exemple tout simple : le chiot qui mâchonne les chaussures. Afin de ne pas avoir à le punir, on rangera systématiquement les chaussures hors de portée du chiot. Simple et efficace, il suffit de penser «actif», et non «punition».
Et si par malheur il en attrape une, au lieu de punir, encouragez-le à vous la ramener (ça c’est penser compétition et rapport d’objet ..).

Vous pouvez maintenant éteindre votre ordinateur et aller jouer avec votre chien.

Entre chiens et loups

J’entends et je lis pas mal de choses à propos des liens de parentés entre les chiens et les loups.

J’ai fait une sélection des articles qui me semblent les mieux étayés, avec des références sérieuses, ou qui alimentent la réflexion.

En tant que scientifique, je me devais en priorité de citer l’équipe de l: IGDR de Rennes. Leurs publications sont intéressantes, en anglais, et très pointues. Vous y trouverez par exemple Identification of Genomic Regions Associated with Phenotypic Variation between Dog Breeds using Selection Mapping

Plus abordable, un article très complet et très bien documenté qui parle de la domestication du loup http://baladesnaturalistes.hautetfort.com/archive/2014/04/29/entre-chien-et-loup-5358344.html

Enfin, une troisième référence qui questionne sur la pureté génétique du loup européen (pas très scientifique, mais qui donne à réfléchir sur l’utilisation de données scientifiques par nous politiques) http://www.buvettedesalpages.be/2014/12/a-propos-de-l-affaire-des-loups-batards-en-france.html
Bonne lecture!