La résistance à la distraction

Pourquoi cet article

L’un des plus gros problème rencontré en compétition canine est la distraction du chien, surtout dans les épreuves qui ne font pas fortement appel à un instinct du chien, et sont donc peu motivantes naturellement (obéissance en particulier).
J’ai donc cherché si des scientifiques n’avaient pas étudié cette question, et évidement, c’est le cas (sinon je n’aurai pas de quoi écrire cet article). Si vous lisez l’anglais dans le texte, faites des recherches sur « resistance to distraction », et « behavioural momentum »
Décortiquer les articles parlant de l’inertie comportementale et de la résistance à la distraction a été bien plus compliqué que la préparation de mes articles précédents. D’une part, parce que les études sont plus récentes (autour an 2000), et donc bénéficient de soixante-dix ans d’expérience d’étude (Thorndike, c’était les années trente), et d’autre part parce que de nombreux paramètres influencent le résultat. Les études font varier séparément chaque paramètre tels que l’environnement, les conditions initiales et finales, le type de distraction, afin d’en quantifier l’influence.
Sur certains points, les études sont parfois contradictoires, ou à minima incohérentes d’une étude à l’autre. Il a fallu classer et trier tout ça.

J’ai étudié des articles décrivant des expériences sur des pigeons, des rats, et des humains, et hélas comme presque toujours, rien sur les chiens. Mais des études se sont attachées à analyser la validité des résultats en fonction de l’espèce (pigeon, rat, humain), et au final, c’est assez cohérent.

Un peu de théorie

La théorie de l’inertie comportementale est une métaphore qui peut se décrire ainsi :

La métaphore est basé sur la deuxième loi du mouvement de Newton : Quand une force externe est appliquée à un objet en mouvement, le changement de vitesse est directement lié à l’ampleur de la force et est lié à l’inverse de la masse inertielle de l’objet. Traduite en termes de comportement : Quand un perturbateur est appliqué sur le comportement en cours, la diminution du taux de réponse est directement liée à l’amplitude du perturbateur et est en relation inverse de l’équivalent comportemental de la masse. Tout comme la masse inertielle est indépendante de la vitesse d’un corps physique en mouvement, la masse comportementale est indépendant du taux de réponse, à la fois conceptuellement et empiriquement.

Pour prendre un exemple concret d’inertie physique, pensez à un palet de hockey filant sur la glace. Si aucune force extérieure ne vient le perturber, il va continuer sa trajectoire en ligne droite. Pour lui faire changer de comportement, il faut lui appliquer une force pour, par exemple, le dévier, mais il va avoir tendance à s’opposer à cette force pour continuer dans la direction initiale (la fameuse inertie).

Les équations de la physique ont été transposées en étude du comportement. Ainsi la loi de Newton devient :

equation image

 

Bx : taux de réponse sous distraction
Bo : baseline (taux de réponse sans distraction)
x : force de la distraction
r : taux de renforcement

On constate sans surprise qu’au plus la distraction est forte, au plus le chien sera distrait. Mais, l’information importante à prendre dans cette équation est que la résistance à la distraction augmente avec le taux de renforcement ; c’est-à-dire qu’au plus on récompense, au moins le chien se laissera distraire.
Nous l’avons tous constaté en essayant de distraire un chien gourmand lorsqu’il mange sa gamelle (l’équivalent d’un renforçateur distribué en continu).
Évidement il y a une limite, on ne peut pas augmenter indéfiniment le taux de renforcement (les mathématiciens l’auront vu dans l’équation, r étant au dénominateur), sans parler du phénomène de satiété (une fois le chien repus, il est plus facile de le distraire de sa gamelle).

Nota : on peut aussi utiliser cette théorie pour réorienter un comportement non souhaitée vers un comportement souhaité. Pour cela on considère le comportement non souhaité comme étant la distraction.

Résultats expérimentaux :

Le taux de renforcement

Toutes les études confirment la théorie : au plus on renforce, au plus la résistance à la distraction augmente. Avec évidement une limite qui est la satiété. On va donc utiliser quelque chose qui pourra être utilisé de nombreuses fois, sans que la récompense soit elle-même une distraction : la nourriture, une récompense verbale (pas l’ordre de libération !), une légère caresse, pourront être utilisés. A choisir au cas par cas.

Le contexte

Le contexte agit comme un conditionnement de type Pavlov, en créant un lien entre le lieu et l’activité concernée. Si on a l’habitude de pratiquer une activité dans un lieu ou un contexte donné, lorsqu’on introduit la distraction, le chien y résistera mieux. D’où l’intérêt de pratiquer partout, ou de mettre en place des rituels qui vont conditionner le chien à passer en mode « travail », et ne plus se laisser distraire.

Influence du stimuli

Les études ont démontré que le stimuli n’avait aucun impact sur la résistance à la distraction, mais que par contre la contingence entre la récompense et l’action était impactant. Concrètement, la qualité de la réponse au signal acoustique donné pour déclencher le comportement n’influe pas sur sa résistance à la distraction. Encore plus concrètement, ce n’est pas parce qu’un chien s’assoit rapidement et à tous les coups lorsqu’on lui demande, qu’il ne va pas se laisser facilement distraire. Seul compte le lien entre le renforçateur et le comportement.

Les conditions initiales

J’entends par là la période qui précède la mise en place des distractions, en gros la phase d’apprentissage d’une compétence dans son jardin, au calme.
Un premier résultat, pas forcément intuitif, est que ce n’est pas le fait que le chien maîtrise parfaitement ou pas la compétence avant l’introduction de la distraction qui a une influence significative, mais c’est uniquement le taux de renforcement qui est important. La conclusion à en tirer, est qu’on peut introduire la distraction assez tôt, du moment qu’on renforce fortement (en petite quantité, mais souvent) durant la séance. Ça tombe bien, c’est justement aussi ce qu’il faut faire pour augmenter la rapidité et la qualité de l’apprentissage (optimisation du renforcement).
Cela est confirmé par des expériences qui démontrent que l’historique de l’apprentissage disparaît rapidement au cours de la séance lorsqu’on introduit la distraction. C’est l’instant présent qui compte, pas le passé. Ce qui est cohérent avec le fait que le stimuli qui sert à enclencher le comportement n’a pas d’influence sur la résistance à la distraction.

Intérêt pour l’activité

Sans surprise, les expériences ont démontré que si on aime faire quelque chose, on aura moins tendance à en être distrait. Cela confirme, si c’était encore nécessaire, qu’il vaut mieux apprendre à nos chiens à aimer « travailler » que de les forcer ….

Application pour nos entraînements :

Préparation

Avant de démarrer le travail sur la résistance à la distraction, il faut avoir identifié :

– La valeur des renforçateurs utilisés. Vous trouverez sur internet comment classer vos renforçateurs par ordre de valeur pour le chien (attention, ça évolue au cours du temps, selon le moment de la journée ..)

– La valeur des distractions. Vous pouvez faire quelques tests pour évaluer la force de distraction de chacune.

Exemple sur l’exercice de l’absence du maître

Si on suit tous les principes vus précédemment:

  • on utilisera un contexte spécifique, connu du chien comme étant propice au travail (par exemple les boites)
  • on introduira les distractions assez tôt, dés que le chien commence à maîtriser le couché dans la boite.
  • on utilisera la nourriture pour renforcer la fixation sur le maître
  • on commence par s’éloigner très peu, de façon à pouvoir revenir très souvent au chien pour lui donner la nourriture.

Une vidéo étant plus parlante qu’une longue prose, j’ai improvisé une vidéo avec Jessy. J’utilise au début une boite à 3 faces pour créer un contexte connu, mais je vous recommande de débuter avec une boite à 4 faces pour empêcher le chien d’avancer. J’utilise comme distractions des jouets dont Jessy raffole, posés autour d’elle. Et une distraction imprévue s’est rajoutée (2 chiens en train d’aboyer dans la rue). Je renforce en donnant de la nourriture. Je m’efforce de garder au maximum le contact visuel pendant toute la séance.

L’étape suivante est de généraliser le comportement dans divers lieux. Et c’est là que l’utilisation des boites est intéressante, car elle permet de transporter un contexte connu dans n’importe quel endroit inconnu.

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Vous pouvez maintenant éteindre votre ordinateur et aller distraire vos chiens.

Références

Behavioral momentum
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3120074/
https://en.wikipedia.org/wiki/Behavioral_momentum

BEHAVIORAL MOMENTUM THEORY: EQUATIONS AND APPLICATIONS
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3251288/

Contextual Influences on Resistance to Disruption in Children with Intellectual Disabilities
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3212999/

Behavioral momentum and the partial reinforcement effect
<http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3212999/#jeab-96-03-02-Nevin2>

Resistance of Response Accuracy to Distraction
<http://psycnet.apa.org/journals/bul/103/1/44/>

EFFECTS OF BEHAVIORAL HISTORY ON RESISTANCE TO CHANGE <http://psycnet.apa.org/journals/bul/103/1/44/>

TEMPORAL CONTEXT, PREFERENCE, AND RESISTANCE TO CHANGE
http://files.eric.ed.gov/fulltext/EJ941330.pdf

 

Réglage des freins

Réglage des freins

ya du boulot

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la morsure

Je suis tombé par hasard sur une étude intitulée

Méthode(s) d’identification des chiens mordeurs

de Marie GIRAUD (Thèse pour le diplôme d’état de docteur en chirurgie dentaire), 26 mars 2012.

L’auteur cherche à déterminer comment identifier le chien responsable d’une morsure dans le cadre d’une enquête. Pour cela, elle aborde de très nombreux sujets, tels que les statistiques des cas de morsures, la denture des chiens, les types d’agressions par morsures, les lésions engendrées par les morsures, l’aspect juridique, …

C’est une étude très complète, qui se lit sans difficulté. Un vrai régal.

Je souhaite une belle carrière à cette docteur en chirurgie dentaire, et que sa thèse serve de support à ceux qui rédigent les lois qui régissent notre vie et celle de nos chiens.

Méthode(s) d’identification des chiens mordeurs

 

 

Le bon collier pour le bon usage

Le collier

Il existe de très nombreux types de colliers. Je constate qu’ils sont souvent mal utilisés, généralement par méconnaissance. On trouve malheureusement sur internet un peu n’importe quoi d’écrit à leur sujet, souvent par des personnes qui ne s’en sont jamais servies.

Je vais essayer d’expliquer le bon usage de chaque collier, factuellement, avec leurs avantages et inconvénients.

Le collier plat

il peut être en tissu ou en cuir. Il est généralement assez large.

C’est un collier d’attache. Il sert à limiter la zone de déplacement du chien. Il ne peut pas servir à modifier un comportement, car on ne peux pas s’en servir comme renforçateur ou comme punition.

Le collier semi étrangleur

Ce n’est pour moi qu’une variante du collier plat, avec quelques avantages en plus. Il est résistant (métal), pas très cher, et le chien ne peut pas se l’enlever si il tire en reculant.

Comme le collier plat, il ne peux pas servir à modifier un comportement.

Le collier de motivation

C’est un collier très large, résistant, parfois muni d’une poignée (collier d’intervention).

Il est utilisé pour maintenir le chien en excitation, comme le ferais un harnais. Il permet un meilleur contrôle du chien, et en particulier de la tête. Il évite que dans certaines situations très tendues, le chien ne se retourne et morde la mauvaise personne. Il permet aussi de maintenir le chien avec les pattes avant levées, avec sa mâchoire pleine de dents à proximité du visage de la personne à maintenir à distance.

Le collier étrangleur

Il s’agit d’un collier en métal ou en corde, muni d’un anneau permettant de réduire le diamètre du collier. Il y a plusieurs façon de l’utiliser :

en étrangleur

C’est l’usage premier de ce type de collier. On tire sur la laisse, le collier se serre autour du cou, coupant l’arrivée d’air au poumons et de sang au cerveau. On réservera cet usage au cas très particulier du chien agressif qui « pète les plombs ». Lorsque le chien se met dans cet état, plus rien ne peux le raisonner. Il faut l’étrangler pour arriver à la limite de la syncope afin de lui faire retrouver ses esprits. Cela demande du doigté et de l’expérience, et devra être fait sous contrôle d’une personne compétente. Une fois le chien revenu dans un état plus réceptif, on peux reprendre la communication avec lui pour mettre en place éducation appropriée.

en non-étrangleur

en se prenant sur l’anneau fixe, on a un collier d’attache pas cher et résistant. Si on le serre un peu en bloquant le mousqueton de la laisse dans un des maillon, on peut en faire un collier d’éducation pour la majorité des chiens. On s’en servira en punition par création d’inconfort pour faire cesser une action indésirable. Mais toujours en conditionnement opérant, c’est à dire que le chien doit comprendre pourquoi il est puni, et qu’est qu’il doit faire pour que l’inconfort cesse.

Le collier à pointes

Il s’agit d’un collier muni de pointes tournées vers l’intérieur, qui rappellent au chien les dents de sa mère lorsqu’elle le punissait en le prenant par le cou.

C’est le collier à utiliser lorsqu’on veut punir un chien au sens du conditionnement opérant, c’est à dire faire disparaître un comportement. Le chien doit comprendre pourquoi il est puni, et surtout, comprendre ce qu’il doit faire pour faire cesser la punition. Comme dans tout conditionnement opérant, la douleur est à proscrire, car un chien qui a mal n’est pas en condition pour apprendre. Pour augmenter l’efficacité, il faut l’intégrer dans une séquence P+/R-/R+. il est à noter que la punition est directionnelle (dans le sens de traction de la laisse). Comme tout usage de la punition, il faudra au préalable avoir appris au chien ce que c’est, et comment il doit agir pour la faire cesser.

Il est évidement complètement crétin d’utiliser ce collier pour attacher en permanence un chien ou pour le suspendre en guise de punition. Ce type de comportement est inadmissible de la part du maître.

Le collier électronique

Les colliers modernes permettent un réglage très fin de leur impact sur le chien. Cela peut aller de la simple gène (utilisation basse intensité, à privilégier), à la douleur (à proscrire, car le chien n’apprend rien). Il faut donc absolument calibrer le collier en fonction de chaque chien, afin de connaître très précisément le réglage à utiliser en fonction de l’usage recherché.

Il existe de multiples utilisations du collier électronique.

  • pour donner une commande (1 impulsion on tourne à droite, 2 impulsions on tourne à gauche)
  • pour donner un top (pour apprendre au chien à quelque moment précis il doit déclencher son attaque, se bloquer …)
  • en shaping, souvent associé au clicker (le jeu de chaud et froid)
  • pour punir au sens du conditionnement opérant. Son usage est alors identique à celui du collier à pointes, avec l’avantage de la précision dans l’intensité de la punition, de la distance, et de la non-directivité (ce qui peut aussi être un inconvénient).

Conclusion

Il existe un collier pour chaque usage, il faut donc avoir réfléchi au préalable ce qu’on veut faire avant de mettre un collier à son chien.

Les usages sont majoritairement punitifs, donc le collier est utilisé pour faire cesser un comportement. Il existe d’autres solutions pour faire cesser un comportement (voir article précédent sur le renforcement différentiel). On utilisera  le collier après mûre réflexion, en toute connaissance de cause, et non comme un outil universel de « dressage ».

On ne mettra jamais un collier à un chien si on n’est pas à proximité pour le surveiller (les accidents par étranglement du collier pris dans un grillage ou une branche arrivent plus souvent qu’on ne l’imagine).

Avant de critiquer un outil, n’oubliez jamais que ce n’est pas l’outil qui est mauvais, c’est l’utilisation qu’on en fait.

La cessation par renforcement différentiel

Pourquoi cet article ?

Parce que j’en ai marre d’entendre et de lire que la cessation ne peut s’obtenir qu’en punissant à grand coups de collier à pointes, ou avec un collier électrique. On peut très bien obtenir de belles cessations sans punition, en utilisant le renforcement différentiel. Sur cette video de Jessy, vous constaterez quelle lâche le coussin de mordant dés que j’en donne l’ordre, malgré une forte excitation, alors qu’elle n’a même pas de collier.

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Le renforcement différentiel

Le renforcement différentiel consiste, pour ce qui nous interesse, à faire disparaître un comportement A en renforçant un comportement B incompatible avec le comportement A.

Pour prendre un exemple simple, pour éviter que votre chien saute partout lorsque vous discutez avec un ami, vous allez le récompenser lorsqu’il se couche, et l’ignorer lorsqu’il saute. Comme sauter et rester coucher sont incompatibles, et que vous renforcez le coucher, il ne va plus sauter.

Application à la cessation.

Le principe

Il existe plusieurs façons de faire, je vais vous présenter la méthode du « switch » que j’ai utilisé avec Jessy.

Le principe est simple: votre chien ne peux pas mordre simultanément 2 hommes d’attaque à la fois.

il est évident qu’il faut commencer dés le plus jeune âge, il est plus facile d’apprendre une bonne habitude que d’en faire disparaître une mauvaise.

Le matériel

Il va vous falloir deux objets de mordant strictement identiques. Cela peut être 2 balles à ficelle, 2 tugs, 2 boudins de mordant, 2 chiffons … Ils doivent être identiques afin d’avoir la même valeur intrinsèque pour le chien. C’est uniquement notre action qui va augmenter ou diminuer alternativement cette valeur en agitant ou immobilisant ces objets.

Étape 1: le maître et deux objets

On choisi un endroit sans distraction pour commencer. On agitera le jouet n°1 sous le nez du chiot jusqu’à ce qu’il s’en saisisse fermement (je ne vais pas vous faire un cours de débourrage au mordant). Lorsqu’on le décide, on arrête de faire bouger cet objet, et on sort l’autre qu’on agite. Le chiot va se désintéresser du premier (proie morte), pour attraper le second (proie vivante). Cela peut être long au début, mais il faut être patient. Au début on ne parle pas. Lorsque le chiot à compris ce nouveau jeu, on peut commencer à lui donner le signal sonore à l’instant ou il lâche un objet pour se précipiter sur l’autre.

Au bout de très nombreuses répétitions de ce jeu (plusieurs semaines à raison d’une séance par jour), on peut commencer à donner le signal de cessation avant d’animer l’autre objet. Vous constaterez que vous chiot s’éjecte littéralement de l’objet à votre signal.

C’est la vidéo que j’ai mis par exemple dans cet article les tugs ou celui-ci jeu à deux balles.

Une fois les bases bien acquises, on variera les objets de mordant, mais toujours par paires identiques.

Étape 2: le maître et un objet

Une fois l’étape 1 bien acquise, on peut supprimer un des deux objets. Le chien lâche l’objet qu’on arrête d’animer lorsqu’on donne le signal de cessation, on attend quelques secondes, et on anime à nouveau l’objet pour que le chien le saisisse à nouveau. Au début, il va vouloir se ressaisir de l’objet immédiatement. Un simple rappel à l’ordre verbal est suffisant. Rappelez-vous, on est toujours dans le jeu avec le maître, pas encore dans l’excitation du mordant sur un homme d’attaque.

Étape 3: 2 hommes d’attaque et 2 objets

On va progresser doucement, et revenir sur un renforcement différentiel. Il vous faut 2 boudins de mordant identiques, que vous allez confier à 2 personnes. Pendant que l’une anime son boudin, l’autre reste parfaitement immobile. Et vous reprenez le jeu de « la proie morte et la proie vivante ». Le chien comprend très vite que lâcher le boudin à votre signal lui permet de passer sur l’autre boudin. Vous allez même certainement devoir gérer des anticipés. Si le chien lâche en pleine action pour passer sur l’autre objet, il ne faut pas le laisser se saisir de cet autre objet. Vous rendez l’objet qu’il vient de quitter encore plus vivant pour l’inciter à y revenir.

Le chien comprends très vite qu’il ne doit lâcher qu’à votre signal.

Étape 4: 1 homme d’attaque et 1 objet

Vous avez compris le principe. Votre assistant s’immobilise lorsque vous donnez le signal, le chien lâche, au bout de quelques secondes (jamais 2 fois la même durée), votre assistant anime à nouveau l’objet, et le chien s’en saisi.

Et en plus d’avoir une belle cessation, vous avez une belle garde au ferme.

Variante

Si vous voulez travailler le retour au maître, c’est vous qui jouez le rôle du 2eme assistant. Ainsi lorsque votre chien mord l’objet de votre assistant, vous donnez le signal de cessation, et votre chien se précipite vers vous pour mordre le 2ème objet.

Finitions

Lorsque toutes ces fondations sont solides, vous pouvez passer au costume ou à la manche suivant votre discipline. La cessation étant à ce stade bien acquise, le passage sur costume ou manche ne pose pas de problème. Si vous travaillez le « halte, au pied », vous aurez en main un simple boudin, moins intéressant que le beau costume de votre assistant, mais les bases étant solides, le chien n’hésitera pas à passer de l’un à l’autre.

Lorsque vous en serez à vous passer de boudin pour le retour, n’oubliez pas de renvoyer le chien sur l’assistant pour le récompenser d’être revenu à vous (rien n’aura plus de valeur de récompense à ses yeux que de retourner mordre). L’assistant costumé devient le renforçateur de la cessation.

Conclusion

Cette méthode est certes beaucoup plus longue à mettre en place qu’une cessation obtenue de force en quelques séances. Mais elle sera bien plus fiable, bien plus durable, et bien plus belle, car le chien est acteur de sa cessation, il ne la subit pas.

Références

https://en.wikipedia.org/wiki/Reinforcement

http://study.com/academy/lesson/differential-reinforcement-theory-definition-quiz.html

http://behavioranalysis.wikispaces.com/Chapter+07+Differential+Reinforcement+and+Differential+Punishment+ANSWERS?responseToken=46ffb52ba059c3b3ac689387ea0b0ae0

 

 

JESSY et ses cousins

Nous avons passé 3 jours au centre canin de l’orée de biliaire, chez Jacques STAMBACK, éleveur et dresseur de plusieurs champions.

Nous étions en compagnie d’hendrix, igor, jason, et lock it, tous 3 issus de l’élevage, et ayant comme grand père Bangus, le chien que Jacques a mené aux championnats du monde.

3 jours studieux, actifs, et dans une excellente ambiance. Merci à tous, on remets ça dés que possible!

Deux petites vidéos

Travail sur l’affrontement à la cache

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travail sur la prise

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La méthode MOST

Pourquoi la méthode MOST

Je suis souvent exaspéré d’assister à des entraînements brouillons, sans objectifs clairs, où l’entraîneur passe d’une méthode à l’autre. On a l’impression que la personne est rentrée sur le terrain d’entraînement en se disant « qu’est-ce que je vais faire aujourd’hui ? »

Si ça n’est pas clair pour un regard extérieur, comment voulez-vous que ça le soit pour le chien ?

La carrière d’un chien est trop courte pour qu’on perde notre temps. Il faut être efficace lors de nos entraînements. Je vais donc expliquer comment j’utilise la méthode MOST pour ne pas me disperser et être efficace.

MOST, cela signifie:

Mission

Objectif

Stratégie

Tactique

Voyons comment décliner cela pour nos entraînements canins.

Mission

Il faut au préalable bien clarifier la mission qu’on se fixe. Est ce qu’on veux former un chien de sport ? Un chien de compagnie ? Un copain de jeu ? Un chien de compagnie qui fait un peu de sport ?

De la réponse à cette question dépendra toute la suite; Pour moi c’est clair, c’est un chien de sport, mais sans négliger l’aspect compagnie, et la vie au quotidien. Jessy et Heiko partagent aussi notre vie de tous les jours.

Objectif

Il y a 2 niveaux d’objectifs à définir.

Objectif global

Il faut bien clarifier dés le départ ce que l’on veut. Par exemple pour un chien de sport, se faire plaisir, ou faire des points. On peut choisir aussi de « faire le spectacle », avec un chien très rapide, qui fait des dérapages spectaculaires, au risque de perdre des points un coup sur deux.

On va  aussi décider de l’état d’esprit qu’on veut donner à son chien. Est ce qu’on veut un chien ouvert, qui réfléchi en permanence, ou bien un chien hyper-mécanisé qui déroule ses exercices comme une machine. Personne ne peut faire ce choix à votre place. Les deux approches ont leurs qualités et leurs défauts. Mais une fois le choix effectué, le changement sera difficile. Pour moi c’est clair, je veux des chiens qui réfléchissent de façon à ce qu’ils s’adaptent à toute situation imprévue, parfois au détriment de la vitesse d’exécution.

Objectif par exercice

Une fois l’objectif global clarifié, on le décline pour chaque exercice. On a tous en tête la façon idéale dont un exercice doit être exécuté. On peut s’aider de vidéo sur internet pour faire son choix. Mais une fois son choix fait, on s’y tient. Il n’y a rien de pire que de changer toutes les 2 semaines en fonction de ce que l’on a vu lors du dernier concours. Faire un choix ne veut pas dire qu’il sera définitif ; on peut très bien au bout de 6 mois revoir son objectif, on n’aura pas perdu 6 mois si on a su garder son chien ouvert et avide d’apprendre, mais on aura quand même perdu un peu de temps.

Je rajouterai que l’objectif doit être réaliste. On ne va pas demander à un dogue de 60 kg de faire des démarrages aussi fulgurants qu’un malinois de 25 kg. Mais il faut quand même avoir un minimum d’ambition, c’est comme ça que l’on progresse.

Stratégie

On commence là à rentrer dans la pratique. Si vous n’êtes pas encore très expérimenté, je vous recommande d’écrire ce que vous avez décidé à cette étape.

Il y a 2 stratégies à définir.

Décomposition de l’exercice

Avant de se lancer bille en tête pour apprendre un exercice complet, on va commencer par le décomposer en compétences élémentaires, qu’on travaillera séparément. On va aussi réfléchir à l’assemblage final, comment on va assembler toutes ces compétences élémentaires pour aboutir à l’exercice complet. Tout cela doit être fait très tôt, car certaines compétences élémentaires sont longues à être maîtrisées. Vous pourrez ainsi mieux les planifier dans la progression, et éviter de vous retrouver bloqué dans l’assemblage d’un exercice car une compétence n’est pas encore maîtrisée.

Méthode de modification du comportement

Il est important de définir quelle méthode de modification du comportement on va utiliser pour chaque compétence élémentaire, puis pour l’assemblage. Elles sont nombreuses, j’en donne quelques exemples sur ce blog. Cela va de l’évitement de la douleur, au renforcement par le milieu naturel, en passant par le NEPOPO. Toutes ces méthodes sont efficaces lorsqu’elles sont comprises et mises en oeuvre correctement.

Pour chaque exercice, chaque chien, il y a toujours une (ou quelques) méthode plus efficace que les autres, qui modifiera plus rapidement et de façon plus durable le comportement. C’est là que se fera la différence entre un dresseur moyen, et un dresseur talentueux, qui par son observation et son expérience, va faire un choix plus pertinent.

La tactique

On arrive au bout de la chaîne, au choix à faire avant chaque séance. On va définir de façon pratique comment on va mettre en oeuvre la stratégie définie précédemment. Quel type de renforçateur utiliser ? Que faire si le chien « ne fait pas », c’est à dire s’il part dans un autre comportement ? Quels accessoires va-t-on utiliser ? Ce n’est pas une fois sur le terrain avec son chien qu’il faut se poser ces questions.

Il faut aussi préparer son terrain en fonction de la tactique du jour. Si on travaille le rapport d’objet, l’apportable doit être au bord du terrain, pas dans le sac au fond du coffre de la voiture …..

Si on veut travailler avec des distractions, on aura au préalable choisi leur intensité, briefé ses comparses d’entraînement. Lorsqu’on rentre sur le terrain avec son chien, notre esprit doit être entièrement concentré sur son chien, et tous les détails logistiques liés à la tactique du jour doivent être réglés au préalable.

Et je rajouterai que si vous travaillez dans un club, cela vous évitera d’occuper le terrain pour rien pendant que vous allez à votre voiture chercher votre apportable, alors que vos collègues attendent pour s’entraîner.

Conclusion

Utiliser cette méthode ne requiert pas de compétences particulières, juste un peu de discipline personnelle. Elle vous permettra aussi d’aborder vos entraînements de façon plus sereine, avec votre esprit qui ne sera pas perturbé par tout ce qui doit être fait avant. Vous serez ainsi plus disponible pour votre chien, pour observer et analyser en temps réel ses réactions , ce qui doit avant tout rester au centre de vos préoccupations lors de vos entraînements.

Vous pouvez éteindre votre ordinateur, et aller jouer avec votre chien.