Théorie de l’équilibre molaire – response deprivation

 D’où ça sort ce truc ?

Si vous avez lu l’article précédent, vous êtes maintenant à l’aise avec le principe de Premack.

Ce principe dit qu’on peut utiliser un comportement pour en renforcer un autre. Il faut pour cela un comportement à haute apparition spontanée (le comportement préféré du chien, qui servira de récompense), et un comportement à faible apparition spontanée (celui qu’on veut renforcer). Il faut évidement que le « comportement récompense » arrive juste après le comportement à renforcer afin que le chien fasse le lien (mais ça c’est vrai pour tout type de renforcement), mais Premack ajoute que le « comportement récompense » doit être bien plus probable (c’est à dire apprécié) que le comportement à renforcer (c’est le principe de probabilité différentielle), et Premack ajoute que plus la différence est grande entre les 2 comportements, plus c’est efficace.

Cela parait logique (« mange ta soupe et tu pourras manger du gâteau »; au plus le gâteau est apprécié, au plus vite on mange la soupe). Oui mais voilà, de nombreux scientifiques ont par la suite réalisé des expériences qui contredisent ce principe. Soit le renforcement ne se faisait pas, soit il n’aurait pas du se faire, et il se faisait quand même. Ce principe était donc incomplet, et c’est là que la théorie de l’équilibre molaire (curieuse traduction pour response deprivation) est apparue.

L’équilibre molaire: la théorie

Rassurez vous, le principe est simple, mais pas évident à expliquer simplement. Il consiste à dire que si on vous restreint votre temps d’activité la plus probable (votre préférée), alors vous allez passer plus de temps à faire l’activité la moins probable, qui sera donc renforcée.

Prenons un exemple. On vous laisse 30 mn dans une pièce avec d’un coté un livre, de l’autre un smartphone, et on chronomètre le temps que vous passez librement avec chacun. disons, 20 mn avec le livre, et 10 mn avec le smartphone.

Le lendemain on recommence l’expérience, mais on ne vous donne que le smartphone. Au bout de 5mn, on vous apporte le livre, que vous vous dépêchez de lire (il est passionnant). Puis 5mn plus tard, on vous l’enlève, en vous laissant avec le smartphone. Vous comprenez rapidement que si vous utilisez le smartphone, on vous laisse accéder 5 mn au livre que vous adorez. Vous allez donc utiliser frénétiquement le smartphone le temps qu’il faudra pour qu’on vous ramène le livre.

Le fait de vous restreindre l’accès au livre a créé un déséquilibre, qui fait que vous allez augmenter votre temps d’utilisation du smartphone. L’utilisation du livre a donc renforcé l’utilisation du smartphone.

Dit autrement, si on vous laisse libre accès au livre, vous  n’augmenterez pas votre envie d’utiliser le smartphone. Voire pire, si on vous laisse le livre en permanence, ou bout d’un moment vous arrêtez de lire (satiété), mais ce n’est pas pour autant que vous allez utiliser le smartphone.

On peux donc résumer cette théorie en disant qui si on vous empêche de faire une action plaisante  autant que vous le feriez sans contrainte, on peux utiliser cette action contrainte pour en renforcer une autre.

Vous trouverez la démonstration scientifique dans les liens en bas de l’article

 La pratique avec nos chiens

Il nous faut donc choisir deux activités, une adorée par le chien qui servira de renforçateur, l’autre moins appréciée et qu’on veut renforcer.

On va faire simple:

– activité très appréciée: jouer à la balle

– activité moins appréciée : marcher au pied façon concours

On va commencer par estimer combien de temps le chien fait correctement (c’est à dire de façon intense) ces 2 activités. Prenons par exemple:

– jouer à la balle: 30 secondes

– marcher au pied (MAP): 3 pas

Le principe dit qu’il faut contraindre l’activité préférée. On va donc faire les séquences suivantes.

-MAP 5 pas

– balle 5 secondes

– MAP 6 pas

– Balle 3 secondes

– Map 7 pas

– Balle 5 secondes

– MAP 7 pas

– balle 10 secondes, et on la range, fin de la séance.

 

Vous connaissez donc maintenant le secret d’une séance réussie:

– en dehors des entraînements, on rend le chien dingue de sa balle, et on joue sur de longues durées (sans blaser le chien évidement)

– lorsqu’on se sert du jeu de balle comme renforçateur en entraînement, on ne le laisse jouer que très peu de temps, pour créer un déséquilibre afin d’augmenter l’autre comportement.

Sources

Théorie de l’équilibre molaire

response deprivation

CC BY-NC-ND 4.0 Théorie de l’équilibre molaire – response deprivation par Didier ESCALLIER est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Pas de Modification 4.0 .

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