La synthèse de la méthode

L’objectif à atteindre

Si vous lisez régulièrement ce blog, vous aurez compris que mon but à atteindre est d’avoir un chien qui soit actif dans son dressage. Sur le terrain de concours, il n’y en a pas un qui commande et l’autre qui exécute, mais il y a une équipe, avec un qui donne des indications, et l’autre qui réalise de son plein gré, et avec fierté, les exercices que nous avons répétés ensemble, sans se préoccuper de ce qui se passe autour.
Pour cela, durant tout son apprentissage, le chien doit avoir le choix. Il doit avoir le droit de choisir de ne pas faire ce que vous avez demandé, mais il doit en assumer les conséquences. Et si il choisit l’action que vous avez demandé, il doit être encouragé à choisir cette option la prochaine fois.
Il faut travailler avec son chien comme on travaillerai avec un partenaire humain dans une épreuve de danse en couple, il faut rechercher sa pleine et entière collaboration. Et pour cela, la communication bilatérale entre les partenaires est la clé de la réussite. Mais le problème, c’est que nous ne parlons pas du tout la même langue ! Ni gestuelle, ni sonore. Donc pas évident du tout de se comprendre., dans un sens comme dans l’autre.
Dans le sens chien vers maître, il faut observer, et cela vient avec (beaucoup) de pratique, d’expérience. Mais dans le sens maître vers chien, c’est une autre histoire, compliquée par le fait qu’il y a énormément d’informations très pointues à faire passer.
Je vais expliquer le chemin que j’ai choisi de suivre avec Jessy pour résoudre ce probléme. Attention, ce n’est pas une progression linéaire. Il faut souvent s’arrêter, repartir en arrière, bifurquer, en fonction de ce que vous dis le chien, et l’œil de la caméra.

Phase 1 : découpage en compétences élémentaires

Les exercices demandés en concours sont complexes, ils font appel à de nombreuses compétences. Il serait illusoire d’essayer d’apprendre l’intégralité d’un exercice à un chien tout d’un bloc. Cela demanderait trop d’échanges complexes entre le chien et le maître. On va donc découper chaque exercice en compétences élémentaires. Pour cela il suffit de prendre son règlement, et de décortiquer chaque exercice. Au final, on se retrouve avec des compétences élémentaires, dont beaucoup sont communes à plusieurs exercices.
Exemple : s’éloigner rapidement du maître dans une direction donnée.
C’est un peu comme une maison qu’on construit brique par brique. Il faut d’abord fabriquer les briques ! Celles d’angle, celles pour les murs, celles pour les planchers …., sans oublier les fondations, la base de tout l’édifice.
N’oubliez pas de lister une compétence fondamentale : l’engagement du chien. Ce n’est que rarement inné, cette compétence doit être acquise.
Exemple :l’article sur le découpage de la MAP

Phase 2 : le leurre

Après l’étape de réflexion et d’organisation, vient le temps de l’action.
Comme vu précédemment, on va travailler sur une compétence de base, très simple (par ex se coucher à partir de la position debout). Il faut commencer par expliquer à notre chien, quel mouvement, qu’elle action, on attend de lui. Et pour ça, rien de tel qu’une démonstration ! Mais comme nous ne pouvons pas le faire nous-même (quoique, pour le saut ….), on va utiliser un leurre actif pour faire exécuter au chien le mouvement demandé. Le chien va ressentir dans son corps le mouvement, technique utilisée par les sportifs (mémoire musculaire). Par contre, son cerveau ne travaille pas beaucoup.
Nota : le leurre doit être actif, c’est-à-dire que le chien va pousser sur la main, et non pas la suivre mollement. Pour cela le chien doit avoir faim, le leurre doit être appétant, et une fois le mouvement effectué, la quantité doit être à la hauteur de l’effort réalisé !

Exemple: l’article sur le leurre

Phase 3 : le shaping

La phase de leurrage ne doit pas durer trop longtemps. Dès que le mouvement est compris, il est temps de faire travailler le cerveau. Je passe alors en shaping, le chien devient à ce moment-là acteur de son dressage. Il comprend les conséquences de ses actions. Beaucoup ne passent pas par l’étape du leurre. Je trouve que c’est dommage, ils perdent en précision , et l’apprentissage du mouvement correct est plus long.

Exemple: l’article sur le conditionnement opérant

Phase 4 : le renforcement, le marqueur

Une fois que le chien fait le mouvement avec joie et envie pour nous faire clicker, il est temps de renforcer le comportement. J’entends par renforcement la généralisation en tous lieux et en toutes circonstances, et l’augmentation de la vitesse. C’est la phase de stabilisation et de sécurisation de l’exercice. C’est ce qui fait que le chien va restituer le mouvement lors d’un concours avec joie, sans se laisser distraire, bien concentré sur les indications de son conducteur. On gardera toujours à l’esprit durant cette phase la ligne directrice : le conditionnement opérant (le chien agit pour vous faire déclencher, pour obtenir le marqueur qui donne accès à la récompense, et non pour la récompense elle même)
C’est dans cette phase que je fais le passage de la nourriture vers la balle/tug. Bien évidemment, pour se servir efficacement de ces artifices, il faut qu’ils aient acquis une grande valeur pour le chien. Cela se prépare au préalable, lors de phase de jeu, hors entraînements.

Exemple: l’article sur l’autocontrole

Phase 5 : le backchaining

Cette étape consiste à assembler les morceaux petit à petit pour arriver à l’exercice final. Elle n’est pas forcément après l’étape 4, ces 2 étapes sont en fait imbriquées. On peut dans certains cas commencer à assembler quelque morceaux avant de renforcer ce bout d’enchaînement.

Comme les anglophones l’auront compris, l’astuce est de commencer l’assemblage en partant de la fin de l’exercice pour remonter vers le début. On fait cela pour une raison simple : le renforçateur est toujours à la fin. On commence donc par le dernier morceau, et on récompense. Puis on enchaîne avant-dernier, dernier, récompense. Et ainsi de suite. Ainsi, chaque morceau d’exercice agit comme récompense du morceau précédent.
Une fois que quelques maillons sont assemblés, rien d’interdit de récompenser en milieu de la chaîne en création pour garder l’effet de surprise, et éviter la routine.

Exemple: décomposition du blocage debout

Conclusion

Il y a plein de chemins pour arriver au résultat, c’est celui-là que j’ai choisi. Je ne sais pas si c’est le meilleur, mais c’est celui qui me correspond, et avec lequel je suis à l’aise. Le seul juge, sera celui des résultats en concours, qui vont démarrer pour Jessy cet automne.

Je n’ai volontairement pas détaillé chaque étape, car suivant la compétences travaillée, l’environnement, l’humeur du chien, il faut s’adapter. Il faut en priorité observer le chien, comprendre ce qu’il nous dit, et s’adapter en conséquence. Pour le reste, à vous d’acquérir les compétences élémentaires pour faire travailler votre chien, le renforçateur étant les progrès qu’il fait !

CC BY-NC-ND 4.0 La synthèse de la méthode par Didier ESCALLIER est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Pas de Modification 4.0 .

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