Le maître, source d’inconfort ?

Le conditionnement opérant

Pour ceux qui n’auraient pas suivi le blog depuis le début, petit rappel sur le conditionnement opérant.

Le chien est un opportuniste, qui agit pour améliorer son confort, ou réduire son inconfort, ce qui revient au même.

En fonction des conséquences d’un comportement sur le confort du chien, le chien va reproduire, ou arrêter ce comportement.

– le comportement apporte du confort, il sera renforcé (on parle de récompense)

– le comportement apporte de l’inconfort, il aura tendance à disparaître (on parle de punition)

Dans le conditionnement opérant, c’est l’environnement du chien qui apporte ce confort/inconfort.

Dans mon dressage, je fais en sorte que le maître soit uniquement une source de confort. L’inconfort est apporté par quelqu’un d’autre, ou par une cause externe. Cela permet de créer un lien très fort avec son chien. Le chien vous voit alors comme son dieu, source inépuisable de confort.

Avec les chiots

Avec les chiots, je me tient strictement à cette règle. Je suis celui qui nourrit, qui joue … en aucun cas je ne fourni le moindre inconfort. Si on comportement doit être supprimé, donc via une punition inconfortable, soit je fais agir une tierce personne, ou je fais en sorte que le chiot soit persuadé qui c’est l’environnement qui agit sur lui.

Par exemple, le chiot mordille les angles de son coussin : je les badigeonne de condiment hors de sa présence …

Le jeune adulte

Lorsque le chiot commence à devenir adulte, il va tenter de s’approprier les « privilèges du dominant ». Je considère la remise en cause de mes privilèges comme un tabou. Si le jeune adulte tente de s’en approprier un, je deviens alors la source d’inconfort. La première fois ça lui fait tout drôle car il ne comprends pas pourquoi la source inépuisable de confort devient source d’inconfort, mais il comprend très vite que cela ne se produit qu’en cas de non respect d’un tabou. Et tout le reste du temps, je continu à être une source de confort.

L’intensité de la punition

Il n’y a pas de punition universelle. Mais étant donné que le chiot n’a jamais été puni par moi, il suffit généralement d’élever un peu le ton pour punir. On peut aussi le saisir par la peau du cou pour le faire descendre du canapé,sans le secouer comme un prunier. On prends la peau du cou, on descend le chien du canapé sans ménagement en élevant un peu la voix.

Et chose très importante, lorsque le comportement indésirable est terminé, on redevient instantanément la source de confort.

La bonne intensité pour la punition doit répondre à deux critères

– suffisamment intense pour faire disparaître très rapidement le comportement

– suffisamment faible pour que juste après l’avoir administrée, le chien soit capable de reprendre le jeu avec vous

Ce dosage demande un peu d’expérience, et parfois de bons talents d’acteur, car il est important que votre attitude soit très claire pour le chien. Il doit faire immédiatement la différence entre « maître pas content », et « maître content »

Et le chien de sport ?

Lors de nos entraînements, nous avons la chance de maîtriser entièrement l’environnement. On peux donc « mettre en scène » sa séance. On prépare le scénario en fonction du comportement prévisible du chien. Il faut avoir préparer ce qui va se passer si « le chien fait », mais aussi si « le chien ne fait pas », de façon à ne pas être pris au dépourvu. Il faut parfois être un peu imaginatif pour que « l’environnement » punisse le chien qui ne fait pas, mais avec un peu de réflexion, on y arrive. Et évidement, lorsque « le chien fait », vous êtes la source de confort.

Tout ça c’est bien joli me direz vous, mais en concours, on ne maîtrise pas l’environnement, et le chien s’en rend assez vite compte. Je répondrai tout d’abord que si vous utilisez des artifices pour punir votre chien lors de l’entraînement, vous ne les aurez pas non plus le jour du concours. Et le chien se rends très vite compte que le jour du concours il n’y a plus de collier qui pique par exemple ….

Donc lors des entraînements, je fixe aussi des tabous. . Ces tabous ne doivent pas avoir de lien avec un exercice. Par exemple, il est interdit d’aller aboyer le long de la clôture, de renifler partout. Lorsque ce tabou n’est pas respecté, je devient la source d’inconfort, sans utiliser d’artifice. Une forte réprimande vocale est suffisante, car le chien n’en ayant presque jamais, elle sont très efficace. Si ce n’est pas suffisant, on peut aussi prendre le chien par la peau du cou, le pourchasser sur le terrain en hurlant … Ces punitions restant exceptionnelles, pas besoin d’en faire plus, même avec des chiens à gros caractère.

Attention, j’ai bien dit que je suis la source d’inconfort uniquement si le chien ne respecte pas un tabou. Si le chien se trompe sur un exercice, il est hors de question de punir. On mettra en place un code pour lui dire que ce n’est pas ce qu’il faut faire, et comme c’est un « chien actif », il va proposer autre chose.

 

 

 

CC BY-NC-ND 4.0 Le maître, source d’inconfort ? par Didier ESCALLIER est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d'utilisation Commerciale-Pas de Modification 4.0 .

2 réflexions sur « Le maître, source d’inconfort ? »

  1. Bonjour, j’ai quelques questions à vous poser :

    vous avez écrit « Dans mon dressage, je fais en sorte que le maître soit uniquement une source de confort(…) »
    Puis vous dites « Lorsque le chiot commence à devenir adulte, il va tenter de s’approprier les « privilèges du dominant ». Je considère la remise en cause de mes privilèges comme un tabou. Si le jeune adulte tente de s’en approprier un, je deviens alors la source d’inconfort »

    Qu’entendez vous par « privilèges du dominant » et par « tabous » ?

    Pourquoi devenir source d’inconfort dans certains cas, alors que vous avez spécifié qu’il fallait rester source de confort pour préserver la relation ?

    Le chien peut-il faire la différence entre un « tabou » et un exercice raté ? Je reprends votre exemple du chien qui court après la barrière en aboyant.
    Si l’exercice sur lequel je m’entraîne est la marche au pied sans laisse, que mon chien est à l’écoute et que dès que quelqu’un passe à côté de la barrière il part aboyer, comment réagir ?
    Dois-je le punir car il a été aboyer et que c’est pour moi quelque chose d’inadmissible ? Ou est-ce considéré comme une erreur dans l’exercice, donc je ne le punis pas ?

    Merci pour vos réponses.

    1. Bonjour,
      les privilèges du dominant sont:
      – le choix de la meilleure nourriture
      – le choix du meilleur couchage
      – le choix des activités de la meute
      – le choix des contacts sociaux

      Si par exemple mon chien me saute dessus pour avoir un calin alors que je suis tranquillement sur le canapé, il se fait rembarrer vertement.

      Pour le chien qui quitte la marche pour aller aboyer, il doit être puni; mais il ne doit pas savoir que c’est par vous. au contraire, dés qu’il revient au pied, vous êtes joyeux et vous reprenez la marche en récompensant.
      La punition sans intervention apparente du maître est un sujet trés vaste, et est à adapté au cas par cas.

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