réflexions sur la marche au pied

Pourquoi cet article

Suite à une discussion ce samedi à propos de l’apprentissage de la marche au pied, je vais essayer de mettre ici l’avancement de ma réflexion sur le sujet. Après un an de travail avec Jessy, précédé de plus d’un an de lectures, visionnages de vidéos, et expérimentation avec Cyska et Heïko, il est temps de faire un point de synthèse.

Tout d’abord, de quoi parle-t-on ? Je parle de la marche au pied de compétition sportive canine, en particulier RCI, ou obéissance. Pour la marche type « promenade », on ne pousse pas les choses aussi loin, mais les bases restent les mêmes.

L’objectif visé

Pour travailler un exercice, il faut avoir en tête l’objectif final, la vision de l’exercice terminé, tel qu’il sera présenté devant un juge. Pour moi, il n’y a pas photo, la MAP idéale à atteindre est celle de Mia SKOGSTER, dont voici une démonstration

J’aime beaucoup sa fluidité, l’intensité de l’attention du chien. Cela semble tellement naturel, on en oublie le travail énorme qu’il y a derrière. C’est juste beau.Chacun a en tête sa MAP idéale, certains n’apprécient pas cette MAP, la trouvent peu naturelle, mais moi c’est celle qui me plait, et que je cherche à obtenir.

Les fondations

Chaque exercice peut se comparer à un édifice. On commence par des fondations solides, puis on monte les murs, ensuite on met le toit pour fermer le tout, et on termine par les finitions, le tout coordonné par un architecte.

On peut aussi le comparer à un plat cuisiné. Il faut des ingrédients de bases de bonne qualité, une bonne recette, préparer ses sauces ou ses fonds de tartes, réussir la cuisson, et enfin on passe au dressage.

Un exercice avec son chien, c’est exactement pareil. Il faut commencer par poser des fondations solides, et y passer du temps. Vouloir tout de suite poser le toit, ou pire, travailler dés le début sur les finitions, et tout va s’écrouler en cas de tremblement de terre ou de tempête. La tempête étant dans notre cas le stress d’un concours, la présence d’une chienne en chaleur, ou tout simplement un parcours réalisé à 14h, au mois d’Août, par 40°C à l’ombre (et justement, il n’y a pas d’ombre …).

Pour poser les fondations, il faut commencer par décomposer l’exercice en compétences élémentaires.

Décomposition de l’objectif

Cet exercice qui semble simple au premier abord, fait appel à plusieurs savoir-faire indépendants que doit maîtriser le chien:

– le contact contre la jambe gauche

– le regard vers le maître

– la complicité , l’envie de travailler.

– l’énergie qui se dégage, la présence du chien, le fouet joyeux

– le port de tête, l’épaule au niveau de la jambe

– la mobilisation des postérieurs dans les angles

 L’acquisition des compétences élémentaires

Pour chaque objectif élémentaire, regardons les exercices qui permettent de développer chez le chien, et idéalement chez le chiot, ces fameuses compétences.

Le contact contre la jambe gauche

C’est l’objectif prioritaire pour la majorité des compétiteurs, mais pour moi, c’est loin d’être le cas. J’ai choisi de le travailler au leurre, en statique, souvent devant un miroir ; et je l’ai travaillé coté droite et coté gauche afin que le fait de revenir contre la jambe gauche ne soit pas un automatisme mais une action réfléchie suite à une commande vocale. Cela permet de garder son chien attentif et en alerte, au lieu de le voir passer en mode auto-pilotage.

 Le regard vers le maître

Je l’ai travaillé face au chien, en me mettant à hauteur de chien (le moins fatigant est de mettre le chien sur une table, dans une box). On récompense quand le chien regarde notre visage, et pas quand il regarde les mains contenant les friandises. Ensuite, lorsque le chiot grandi, on le travaille avec le chien à coté de soi, devant un miroir (à gauche et à droite, voir chapitre précédent)

La complicité, l’envie de travailler

Je n’ai eu aucune hésitation sur le choix de la méthode: le conditionnement opérant, et plus précisément, utilisation d’un marqueur sonore (clicker). Cela se fait sur des exercices très simples au début: toucher de main, aller sur une cible, aller dans une box, tourner autour d’un piquet …. Je ne détaillerai pas tous les mérites de cette technique, ni toutes ses variantes, car elles ont toutes la même finalité : rendre le chien actif de son dressage, et non simplement réactif aux demandes du maître. On m’a souvent demandé à quoi servaient ces exercices qui n’ont apparemment aucun lien avec la marche au pied. Je répond généralement que c’est juste pour le fun, que ça m’amuse, afin d’éviter de partir dans des discussions souvent stériles.Maintenant je pourrais dire: « va lire mon article sur mon blog! » 🙂

J’ajouterai aussi, mais tous ceux qui travaillent au clicker le savent, il faut éviter dans ces exercices toutes punitions ou réprimandes. C’est un travail tout en subtilité, qui demande de bien observer son chien.

L’énergie qui se dégage, la présence du chien, le fouet joyeux

Encore une fois : conditionnement opérant. Mais aussi travailler sur la puissance de la récompense associée à cette méthode. Si le chien accorde une importance très moyenne à la récompense, il ne va pas réaliser l’exercice rapidement pour l’obtenir. Mais attention à l’excès inverse : si la récompense a trop de valeur, le chien va être hypnotisé par elle, et va complètement déconnecter son cerveau de tout le reste.

J’utilise deux types de récompenses:

– alimentaire : le chien doit toujours avoir un peu faim (c’est normalement le cas chez un chiot). Le chien n’est nourri qu’au travail, et si on voit que l’intérêt pour la nourriture faiblit, c’est qu’on nourri trop. Il faut réduire la ration (sauf si raison vétérinaire évidement)

– le jouet : on commence par donner de la valeur au jouet, en ne s’en servant que pour jouer! On utilise beaucoup l’instinct de prédation (jouet au bout d’une ficelle, traîné au sol). On utilise le jeu de la proie morte/vivante pour apprendre l’échange (surtout, on ne vole jamais le jouet, on l’échange contre un autre identique, ou de la nourriture pour terminer le jeu). Et si on veut que le chien soit frappadingue de son jouet, et de l’interaction avec son maître, il faut créer un peu de frustration (pas de jouet en libre service ..). Le jouet ne sera utilisé au travail qu’en 2ème phase, quand le chiot perd de l’intérêt pour la nourriture, et que son instinct de prédation est bien développé.

Le port de tête, l’épaule au niveau de la jambe

Pour ça, il n’y a pas 36 possibilités: le leurre, actif bien évidement. On leurre le chien dans la bonne position pendant des semaines, des mois, puis on éloigne le leurre. Il reste à vue un bon moment, puis ensuite disparaît. La phase charnière de la disparition du leurre est une phase critique. Perso, je l’ai travaillée en shaping. Je suis revenu à l’exercice de base, en statique, et j’ai attendu que Jessy propose la bonne position pour cliquer. On n’a l’impression de régresser, mais ce n’est que temporaire. Le chien va rapidement comprendre qu’on attends de lui qu’il propose l’attitude qu’on lui à fait réaliser avec le leurre. Je trouve que cela combine le meilleur des deux mondes : le leurre pour la mémoire musculaire et la bonne posture, le conditionnement opérant pour la disponibilité.

La mobilisation des postérieurs dans les angles

Je n’ai découvert qu’assez récemment que cela se préparait chez le chiot. Jessy était assez rigide de ses postérieurs, et j’ai donc découvert qu’il existait des exercices pour faire prendre concience au chiot qu’il avait des postérieurs. J’ai travaillé jessy avec une échelle posée au sol, puis légèrement sur-élevée. Je lui ai aussi appris à tourner avec les pattes avant sur une bassine retournée. Je lui ai aussi appris à reculer. Bref, des exercices d’assouplissements, comme tout athlète qui se respecte!

Conclusion

Voila comment j’ai abordé la marche avec Jessy. J’ai construit les fondations, je suis en train de monter les murs, et ça à l’air de bien tenir (voir article précédent).

 

 

entraînement hivernal

Petit entraînement hivernal avec Jessy.

L’objectif du jour était le dynamisme, principalement sur la marche au pied.

Un apportable traînait dans l’herbe. Je ne l’avais pas vu, mais Jessy la immédiatement repéré, et me l’a spontanément apporté!

Elle est trop bien cette petite. Merci Jacquot d’avoir produit une chienne aussi géniale.

Et merci à Marion, mon assistante du jour, et à Pascal, le cameraman.

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