L’intensité de la punition

L’intensité de la punition

La punition est elle utile ?

Oui, Mais à condition de l’utiliser avec discernement.

Si vous lisez régulièrement ce blog vous savez que je considère la punition comme un outil parmi d’autres dans la boite à outils du dresseur, et qu’il est important de maîtriser.  Entendons-nous bien, je parle d’une action destinée à faire disparaître un comportement, et uniquement de cela. La punition n’est en aucun cas destinée à apprendre un comportement. Pour cela on utilisera un renforçateur.

Il faut toujours essayer de réfléchir à une solution basée sur la récompense et le renforcement avant de penser « punition ». Un exemple simple : le chien qui marche nez au sol en reniflant. Le premier réflexe est de punir ce comportement. Mais ce n’est pas pour autant que le chien aura compris qu’il doit marcher la tête levée. Il est donc préférable de renforcer les moments ou le chien marche tête levée. Et lorsqu’il relève la tête, il ne peut plus renifler (principe du renforcement d’un comportement incompatible avec celui qu’on veut faire disparaître).

Pour être efficace, en plus de devoir être reliée de façon directe et immédiate au comportement à faire disparaître, la punition doit avoir la bonne intensité. C’est de cela dont cet article va parler.

petite fille et son chien

A quel cerveau s’adresser ?

  • Comme je l’ai déjà expliqué dans cet article, le chien, et son maître, ont 3 cerveaux.
  • – Le cerveau reptilien, primitif, utilisant le réflexe
  • – Le cerveau limbique, utilise l’émotion
  • – Le neocortex, utilise la réflexion

Si on s’adresse au cerveau reptilien,  la punition devra aller jusqu’au seuil de la douleur pour déclencher un réflexe d’évitement. Ce cas est très spécifique, et ne devrait pas être utilisé en dressage.

Le cerveau limbique, ne devrait pas non plus être utilisé pour un dressage efficace.

On préférera utiliser le neocortex, celui de la réflexion,  qui permet d’analyser les conséquences de nos actes, et de construire un comportement de façon solide et durable. Mais comment « parler » à ce cerveau?

cerveau en greve

Une punition de trop faible intensité

La punition étant destinée à faire cesser un comportement, toute action désagréable qui ne fait pas cesser le comportement n’est pas une punition ! C’est juste quelque chose de désagréable.

Vous avez certainement déjà vu des personnes crier à leur chien «STOP», et le chien continuer son activité comme si rien ne se passait… Le punition est dans ce cas typiquement d’un niveau insuffisant. Pire encore, à force de « punir » sans effet, le chien va s’endurcir, et ignorer les punitions d’intensité de plus en plus forte.

C’est pour cela qu’on dit généralement qu’il vaut mieux punir une bonne fois pour toutes plutôt que de « punir » faiblement et à répétition.

Donner de nombreuses petites punitions inefficaces  à son chien s’apparente pour moi à de la maltraitance envers l’animal. Cela peut même s’avérer dangereux avec certains chiens qui vont vouloir faire cesser ce désagrément dont ils ne comprennent pas le sens (morsure). De plus, cela va casser la confiance que le chien a dans votre jugement, vous ne serez plus quelqu’un de respectable à ses yeux.

Mais attention à l’effet inverse d’une punition trop forte !

Une punition de trop forte intensité

Une punition trop forte va inhiber la capacité de réflexion du chien. Il ne va pas la comprendre, et donc elle sera inefficace. Certes, le comportement aura cessé, mais le chien n’aura rien appris. Pire, il va vous considérer, ou ce qui lui a infligé la punition, comme quelque chose de dangereux, à éviter absolument. Vous aurez perdu votre bien le plus précieux, sa confiance. Il peut même assimiler la punition à quelque chose qui n’a rien à voir avec le comportement que vous avez voulu faire disparaître, voire à un comportement que vous souhaitiez renforcer !

 

Comment reconnaître si on a bien dosé l’intensité de la punition ?

Il y a un test simple à faire : vous proposez immédiatement après la punition une activité que votre chien aime. S’il se lance dans l’activité proposée, tout va bien, votre punition a été correctement dosée. S’il reste prostré, ou fuyant, refuse de jouer, c’est que votre punition a été trop forte, et donc contre-productrice. C’est aussi pour moi de la maltraitance.

Alors, comment doser ?

Il n’y a pas de recette miracle. Chaque chien est différent, chaque situation est différente. Il faut observer la réaction de son chien, et s’adapter. On fait des erreurs, mais c’est comme ça qu’on apprend, malheureusement souvent au détriment du chien. Il faut se faire conseiller par quelqu’un qui sait parfaitement utiliser cet outil, et qui saura éviter à votre chien de subir vos erreurs. Lorsque vous arriverez à trouver la bonne intensité du premier coup, c’est-à-dire celle qui fait cesser le comportement tout en maintenant le chien dans son apprentissage, vous aurez franchi une étape importante dans votre vie de dresseur, et apprécierez l’efficacité de cet outil.

jauge

Ça y est, je maîtrise la punition !

Ne vous emballez pas, une punition est toujours utilisée après mûre réflexion, jamais sur un coup de colère. Comme vous venez de le lire, la punition est un outil qui peut s’avérer utile dans le dressage, mais requiert pas mal d’expérience, et les conséquences en cas de grosse erreur ne sont pas anodines. Et je répète ce que j’ai écrit en introduction, Il faut toujours essayer de réfléchir à une solution basée sur la récompense et le renforcement avant de penser punition .

N’oubliez jamais qu’une punition est toujours suivie d’une récompense. Si vous ne comprenez pas pourquoi, alors n’utilisez pas la punition.

friandise

la communication

LA COMMUNICATION

Pourquoi cet article ?

Parce que j’en ai marre d’entendre parler de « contact », de « regard », et autre mots abstraits dont personne n’est capable d’expliquer la signification. Ces mots ne servent qu’à culpabiliser l’autre en lui disant « tu n’as pas de contact avec ton chien », sans savoir expliquer ce qu’est ce contact tant recherché. Cela renforce, certes, le coté mystérieux et énigmatique de celui qui prononce cette phrase, mais ça n’aide pas du tout celui qui a le problème.

Avec mes élèves, je préfère parler de communication. C’est une notion facile à comprendre, nous utilisons tous les jours la communication avec notre entourage, et elle n’est pas toujours simple à mettre en place (ceux qui ont des ados à la maison comprendront vite ce que je veux dire ..).

Quel rapport avec les ordinateurs ?

Pour expliquer ce qu’est la communication entre le conducteur et son chien, je vais prendre un exemple imagé. Imaginez que votre cerveau et celui de votre chien sont deux ordinateurs. Demander à votre chien de s’asseoir, revient à dire qu’une information devra passer d’un cerveau à l’autre, tout comme deux ordinateurs échangeant des informations. Nous le faisons tous les jours, que ce soit avec nos smartphones (qui ne sont que des ordinateurs miniaturisés), ou avec notre ordinateur de la maison.

Je me limiterai à l’usage d’une communication filaire, un câble USB par exemple, car plus simple à visualiser qu’une communication à onde radio.

cable USB

Il faut brancher la prise !

Et surtout, il faut la brancher aux deux bouts du câble de communication ! Cela semble évident lorsqu’on parle d’un câble USB, Alors pourquoi voit-on de nombreux maîtres essayer de transmettre de l’information à leur chien alors que celui-ci est très occupé à jouer avec un congénère, ou a renifler une odeur irrésistible ?  Ces personnes ne se rendent pas compte que le câble de communication est débranché coté chien, et que l’information qu’ils envoient se perd dans l’espace.

Mais comment faire pour brancher la prise coté chien ? On peut essayer de la brancher en force, mais tout comme une prise USB, la communication sera très mauvaise, et on risque fort de casser le branchement. Il est bien plus intéressant que ce soit le chien lui-même qui branche cette prise, de sa propre initiative. On travaille cela en conditionnement opérant, de façon simple. Comme tout apprentissage, on commence dans un endroit calme, et on récompense toute tentative du chien de rentrer en communication avec nous. Puis, petit à petit, on met des distractions, ce qui revient à augmenter les perturbations dans la communication, et on incite son chien à rester branché. Un bel exemple en vidéo. Chaque fois que le chiot entre en contact avec sa maîtresse, il est récompensé.

c’est cette phase que j’appelle « activer » son chien dans cet article http://chiens-actifs.eu/2015/11/chien-active/

La communication full duplex

On a vu que pour faire passer une information à son chien, il faut que la communication soit établie. Mais une fois que c’est fait, l’information doit circuler dans les 2 sens ! Communiquer avec son chien, ce n’est pas seulement lui transmettre l’information, mais c’est aussi savoir décoder toute l’information qu’il nous renvoie afin d’adapter en permanence notre attitude. Pendant la phase de dressage, cela permet d’ajuster en temps réel le niveau d’exigence afin de ne pas le mettre en échec tout en le faisant progresser. Et en compétition, on adaptera en permanence notre attitude en fonction de ce que nous renvoie notre chien (distraction, lassitude, excitation …). C’est à cela qu’on reconnaît un bon conducteur en compétition. Sa communication est claire et épurée (pas d’information parasite qui déconcentrerai le chien), et adaptée en permanence à la situation.

full duplex

Mauvaise qualité de communication et bruit de fond

Tout comme une communication entre deux ordinateurs distant, la communication est souvent brouillée par l’environnement , et l’information est noyée dans un bruit de fond. Il faudra donc apprendre au chien, et au maître, à affiner son logiciel afin de bien trier ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Il est facile de communiquer avec son chien dans la quiétude de son jardin, il l’est beaucoup moins lors d’un championnat sur un stade. Sans parler des activités de recherche opérationnelle au milieu du public qui requiert de la part du chien et du conducteur une grande concentration pour maintenir le canal de communication ouvert et efficace.

Et le regard dans tout ça ?

Vous avez noté que je n’en ai jamais parlé. Cette notion de regard est typiquement humaine. Un humain estime que la communication est pleinement établie avec son congénère que si ils se regardent. Il n’y a rien de plus désagréable de parler à quelqu’un qui ne nous regarde pas. Un chien n’a pas besoin de nous regarder pour être en communication avec nous. Dans de nombreuses disciplines, le chien ne regarde pas fixement son maître, et pourtant ils sont tous les deux en étroite communication (troupeau, pistage, défense, …). Heureusement, car sinon des chiens qui chassent en meute auraient vite fait de perdre la trace du gibier s’ils étaient en permanence à se regarder les uns les autres pour coordonner la traque …

Communiquez cette information

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi je réagis quand j’entends parler de choses aussi abstraites que le regard ou le contact, alors qu’il suffit de parler de communication. Lorsque vous et votre chien êtes passés maîtres dans cet exercice, vous constaterez que la communication s’établit parfois directement de cerceau à cerveau, comme par télépathie . Il n’y a rien de surnaturel, c’est juste que votre chien et vous êtes passé ceinture noire douzième dan en communication ! Votre savez tous les deux détecter l’information la plus subtile au milieu du bruit de fond. Je vous souhaite de vivre avec votre animal ces moments magiques ou nous ne faisons qu’un.

D’ailleurs, que faites vous encore devant votre écran, ce n’est pas comme ça que vous allez communiquer avec votre chien !

 

Une sortie en ville réussie

Une sortie en ville réussie

Lorsque Nugget, Jessy et Heiko décident de se  promener en ville, ils rameutent quelques amis.

15 chiens en centre ville, ça ne passe pas inaperçu. quelques photos de cette promenade

 

Comment réussir une sortie en ville

Le choix des participants

Il n’est pas obligatoire que tout le monde se connaisse au préalable, mais il est important que chacun connaisse déjà quelques personnes du groupe. Cela évitera qu’une personne se sente un peu perdue au milieu d’un groupe déjà constitué.

Les participants doivent aimer « les chiens », et non pas uniquement « leur chien », et être à l’aise en présence de chiens inconnus.

Idem pour les chiens. S’ils connaissent déjà quelques chiens dans le groupe, ils seront tout de suite plus à l’aise en reconnaissant un ou deux copains.

On évitera les chiens agressifs avec leurs congénères, ce type de sortie n’est pas destinée à faire leur éducation.

Les maîtres devront avoir un contrôle suffisant sur leurs chiens. Il n’y a rien de plus désagréable qu’un participant qui passe son temps à crier sur son chien ….

Le ou les référents

Il est important qu’au moins un des participants du groupe soit reconnu comme une personne ayant des compétences cynophiles.

Cela peut être utile dans au moins 3 cas :

  • donner quelques conseils à un participant afin qu’il gère mieux son chien (en faire le minimum, on est surtout là pour le plaisir)
  • prendre en main rapidement une situation difficile. Le participant ne se vexera pas si un référent lui prend la laisse des mains pour intervenir rapidement en cas de problème.
  • pouvoir répondre aux questions des passants sur des sujets divers et variés (la loi sur les chiens dangereux, que faire si on trouve un chien errant, …)

Préparation de l’itinéraire

Choisissez un point de rendez vous facile à trouver, et avec suffisamment d’espace pour garer les véhicules. Ce point de rendez-vous servira aussi aux chiens (et aux maîtres) à faire connaissance avant de partir.

Choisissez un itinéraire en zone piétonne au maximum. Repérez à l’avance les points d’eau pour rafraîchir vos chiens (fontaines, robinets ..). N’oubliez pas le point de rafraîchissement pour les maîtres (assurez-vous au préalable que les chiens sont acceptés) . Cela amène un bon moment de convivialité.

 

Vous pouvez agrémentez votre itinéraire par quelques passages peu habituels pour les chiens (ascenseur, funiculaire), mais prévoyez un itinéraire bis au cas où un chien ferait un refus catégorique.

Évitez les zones trop fréquentées. Le centre ville un dimanche matin entre 9h et 11h est l’idéal, en dehors de la zone du marché bien entendu.

Matériel à prévoir

N’oubliez pas les sachets ramasse crottes (et utilisez les si besoin!)

Pensez à prendre une gamelle et des bouteilles d’eau. Même en hiver, les chiens auront besoin de boire.

 

Évidement, pensez à prendre une petite trousse à pharmacie. Organisez vous pour que chacun n’amène pas la sienne, une seule suffit 🙂 

Comportement pendant la promenade

Même si cela va sans dire, je préfère l’écrire : votre chien doit être propre, et être en bonne santé. Votre tenue doit être correcte, et comme vous êtes en ville, adoptez une tenue de ville décontractée, et laissez au vestiaire votre veste de conducteur (on n’est pas à l’entraînement), ou vos talons aiguilles (pensez que votre chien peut subitement trouver très amusant de vouloir aller faire peur à un pigeon ..).

Vous allez rencontrer deux principales catégories de passants pendant votre promenade que vous allez devoir gérer:

  • les curieux inconscients : expliquez leur gentiment mais fermement qu’on ne laisse pas un enfant se précipiter sur un chien inconnu pour lui faire un gros câlin en le serrant dans ses bras.
  • les énervés : ceux là vous invectivent de loin en vous hurlant dessus (il y a trop de chiens en ville, les gros chiens ça fait peur, yen a marre des crottes partout ..). Pour gérer cette situation, le plus simple est de prendre avec vous 2 personnes du groupe capables de garder leur calme,  accompagnées de leur chien, eux aussi calmes et si possible imposants le respect. Vous allez au devant de l’importun afin d’engager calmement la conversation. soit il se calme et tout va bien soit il vocifère de plus belle. Vous prenez alors gentiment et poliment congés, en lui souhaitant une bonne journée. Vis à vis des autres passants, je vous laisse deviner qui passe  pour un idiot …

N’hésitez pas à engager la conversation avec les passants qui sont intéressés par les chiens, et laissez-les parler. Évitez de vouloir à tout prix vanter les qualités de votre race préférée, ce n’est probablement pas la leur.

Et au contraire, ignorez ceux qui font un détour pour éviter cette concentration de prédateurs. De toute façon, ils ne vous répondront pas.

Vous pouvez maintenant rameuter vos amis, et les amis de vos amis, et organiser votre sortie en ville.

Erreurs, fautes, et bugs

Erreurs, fautes, et bugs

Pourquoi cet article ?

« L’erreur est un impondérable de l’acte d’apprendre »

Lors de l’apprentissage, ou d’un concours, notre élève chien ne va pas réaliser ce que nous attendions de lui. Il va commettre ce que nous considérons comme une erreur, une faute, un bug … on peut lui donner plusieurs noms, mais au final la réponse qu’il fournit n’est pas celle attendue.
Comment faut-il se comporter dans cette situation ? Faut-il sanctionner, punir, ou au contraire laisser faire ? Si on ne s’y est pas préparer, on a toutes les chances d’avoir une réaction non optimale, inappropriée, et contre-productive.

Certains dresseurs (les meilleurs) vont réagir instantanément avec une réponse pas trop loin de l’optimum ; mais beaucoup, dont je fais partie, ont besoin de s’être préparer à cette situation, d’y avoir réfléchi, d’en connaître les bases théoriques afin d’être prêts à réagir de la façon la plus appropriée.

Certains vont acquérir cette compétence par tâtonnements et par expériences successives, mais par respect pour les chiens qui subissent ces tâtonnements, j’ai préféré faire quelques recherches théoriques afin de comprendre le mécanisme qui amène à l’erreur, et comment le gérer.

De plus, comment rendre nos chiens de compétitions tolérants à ces erreurs dont l’apparition est inévitable ?

Il se trouve que de nombreux enseignants d’élèves à 2 pattes se sont posés la même question, que des recherches scientifiques ont été faites sur ce sujet depuis de nombreuses années, et que leur conclusions sont directement transposables pour nos élèves à 4 pattes..
Vous trouverez toutes les références qui m’ont servies à cette étude en fin d’article, et elles sont toutes en français (pour une fois !). Je ferai un usage intensif de citations issues de ces articles car je ne saurai pas aussi bien exprimer les idées que ces experts de la communication.

 

Erreur, bug, ou faute ?

« L’expérience, c’est le nom que chacun donne à ses erreurs.» (Oscar Wilde, 1892 »

«l’erreur se corrige, la faute se pardonne»

“L’erreur n’est pas l’ignorance, on ne se trompe pas sur ce qu’on ne connaît pas, on peut se tromper sur ce qu’on croit connaître »

De notre façon de la nommer va dépendre l’idée qu’on s’en fait, et donc notre façon de prendre en compte cette situation.

D’après les définitions du site l’intern@ute :

  • Erreur : Action de se tromper, faute commise en croyant vrai ce qui est faux ou inversement.
  • Faute : Manquement aux règles, à la loi, à la morale.
  • Bug : Anomalie de fonctionnement d’un programme informatique.

Certains auteurs vont même plus loin en parlant simplement  « de production non conforme ». (production dans le sens ou l’élève produit un résultat, pour ce qui nous concerne, un comportement).

La notion de faute implique un manquement à une règle (morale ou écrite). Une faute implique une sanction. Lors d’un concours, on peut parler de faute car l’exercice n’est pas réalisé conformément au règlement, la sanction étant la perte de point.

Une erreur, un bug, est le fait de se tromper en toute bonne foi (le programme qui bugue ne fait qu’exécuter ce que le programmeur l’a conçu pour faire, même si ce n’est pas ce que l’utilisateur attend comme réponse).

Donc à l’entraînement, nos chiens font des erreurs, pas des fautes. Sanctionner ne sert à rien, et pardonner n’est pas très constructif.

Mais alors comment réagir ?

Les 3 façons de réagir

Dans toutes mes recherches, 3 approches reviennent systématiquement

Dans http://edutechwiki.unige.ch/fr/Place_de_l%27erreur_dans_l%27apprentissage c’est très bien expliqué :

«a) Dans un modèle transmissif, c’est l’élève, on vient de le dire, qui est considéré comme le « fautif ». Les erreurs commises sont perçues et vécues comme des dysfonctionnements didactiques, qui auraient du être évités, si les conseils donnés avaient été écoutés et l’attention convenablement dirigée. C’est la raison pour laquelle elle se trouve sanctionnée, à défaut peut-être d’un mode de traitement mieux approprié …

b) Avec le modèle comportementaliste, l’erreur prend un visage différent. De nombreuses séquences de classe se présentent d’une manière moins magistrale puisque l’activité de l’élève y est guidée pas à pas, par une série graduée d’exercices et de consignes. La conception sous-jacente est alors empruntée à la psychologie dite behavioriste, dérivée des recherches sur l’apprentissage animal et le conditionnement. Par transfert des expérimentations à l’enfant, l’idée est qu’il est toujours possible de faire apprendre une notion, même compliquée, à condition de procéder à la décomposition de ses étapes et difficultés en unités élémentaires aussi limitées qu’il est nécessaire, puis de renforcer positivement chaque acquis partiel, plutôt par récompense que par sanction. Avec ce modèle, comme avec le précédent, les erreurs ne devraient normalement pas survenir, puisque toute la programmation didactique par « petites marches » est élaborée avec un souci constant de les éviter. La différence est quand même importante puisqu’ici, si des erreurs malgré tout se produisent en dépit des précautions didactiques prises, elles seront moins imputées à la responsabilité défaillante de l’élève qu’à la manière dont a été pensée la progression didactique par l’enseignant ou le manuel. À l’idée de faute se substitue celle d’un « bogue », comme on dit en informatique : puisqu’il y a un « os » dans un programme qui ne « tourne » pas conformément aux prévisions, il appartient au formateur de le réviser et de le réécrire. Reste que tant d’énergie déployée pour en éviter sa survenue montre bien que l’erreur conserve ici un statut toujours négatif et dévalorisé.

c) Les modèles constructivistes, en fort développement ces dernières années s’efforcent, au contraire des précédents, de ne plus évacuer ainsi l’erreur mais de s’efforcer d’en comprendre la cause et la signification, voire même de prendre appui sur elle pour améliorer l’enseignement. Le but visé est toujours bien de l’éliminer à terme des productions des élèves, mais pour y parvenir on prend le parti de la laisser apparaître, voire de la provoquer, pour s’efforcer de mieux la traiter. Quittant le statut de fautes condamnables ou de bogues regrettables, les erreurs deviennent à présent les symptômes intéressants d’obstacles auxquels la pensée des élèves se trouve affrontée. « Vos erreurs m’intéressent », pourrait dire le professeur, puisqu’elles me permettent d’accéder au coeur du processus d’apprentissage, avec ses méandres, ses impasses et ses bégaiements. En fait, elles lui désignent comme en creux, les progrès intellectuels qu’il attend de la classe et qu’il doit encourager.«

Mais alors quelle approche choisir ?

Si vous êtes un habitué de ce blog, vous savez que je proscris totalement le modèle transmissif.
Vous savez aussi que je suis un inconditionnel de la méthode comportementaliste, et que le conditionnement opérant est au cœur de mon dressage.

Mais beaucoup de dresseurs inexpérimentés s’arrêtent là : on renforce les bons comportements, et on ignore les mauvais (les fameuses erreurs).

Regardons ce que dit la littérature sur le comportement opérant (parfois appelé apprentissage par essais/erreurs)

avantage : efficacité
Inconvénient : absence de résistance à l’erreur

Un bel exemple d’essais/erreurs en vidéo :

Cette absence de résistance à l’erreur est flagrante en compétition. Observez les chiens lors de concours. Le contexte étant très différent de l’entraînement, l’apparition d’une erreur est inévitable. Les chiens dont le dressage se limite au conditionnement opérant (quasi exclusivement par la récompense) vont buguer lorsque l’erreur arrive. Ils sont perdus, et vont proposer un comportement complètement inadapté (aller près d’un plot, se diriger vers le support des apportables …).
Je préfère certes voir ça plutôt que le comportement d’un chien dressé en mode «transmissif» qui va se figer, se coucher oreilles basses en attendant la sanction, voire se sauver du terrain pour l’éviter.

Il faut donc apprendre à nos chiens de compétition à gérer l’erreur (ainsi d’ailleurs qu’à leurs conducteurs, mais ce n’est pas le propos de cet article).

La gestion des erreurs : l’approche constructiviste

“Les plus courtes erreurs sont toujours les meilleures.” (Molière, L’étourdi, 1655) »

«Les psychologues constructivistes, et Piaget le premier, ont insisté sur l’importance d’analyser les erreurs des élèves pour connaître leur niveau de pensée. Ils insistent aussi sur ses capacités d’auto-correction : le plus important étant, non pas qu’il sache qu’il ait fait une erreur, mais qu’il comprenne pourquoi il l’a faite.»

«Le modèle constructiviste donne un nouveau statut à l’erreur. Certes, le but est bien d’éradiquer les erreurs mais en les faisant apparaître pour mieux les traiter. Il s’agit de repérer«la logique de l’erreur» pour mieux la traiter, d’en tirer parti pour améliorer les apprentissages»

«Or l’élève en apprentissage c’est, peu ou prou, Thésée et le Minotaure.
Son chemin n’est pas «droit», ample, aisé, il est obstacles, difficultés, détours, contournement, risques.
Pour ne pas être dévoré ou enfermé définitivement, soit pour réussir à l’Ecole, être victorieux, il lui faut franchir progressivement les obstacles, parce que selon Piaget, apprendre c’est franchir progressivement une série d’obstacles
C’est sur cette théorie que s’appuient les modèles constructivistes modernes
Dans ce cadre, l’erreur, les erreurs, sont des indicateurs des processus intellectuels en jeu.»

Dans cette approche, l’erreur devient l’alliée du dresseur car il va pouvoir en profiter pour apprendre à son chien à la gérer. Ce n’est plus l’ennemi à combattre absolument, mais une opportunité pour aller plus loin.
Certains dresseurs intègrent cette approche dès le début, sur de très jeunes chiots. Je préfère personnellement l’introduire plus tardivement, quand le cerveau du chien est suffisamment mature pour traiter cette charge de travail supplémentaire.

J’appelle cette phase du dressage «l’endurcissement», certains l’appelle «le blindage» .
L’idée est d’apprendre au chien à détecter lui-même les erreurs, et à les gérer pour revenir très rapidement dans le comportement prévu (auto-correction).

Je distingue deux types d’erreurs :

  • Les erreurs qui apparaissent spontanément lors d’une séance en conditionnement opérant
  • Les erreurs mises en scène par le dresseur pour travailler la résistance

Les erreurs qui apparaissent spontanément

Lorsque lors d’une séance d’entraînement, si une série d’erreurs apparaît spontanément, il faut rapidement l’analyser et la classer :

1 – Est-ce simplement une suite d’essais/erreurs, un tâtonnement pour trouver le comportement attendu ? Dans ce cas, c’est normal, on n’a rien à faire, c’est le principe du conditionnement opérant.

2 -Est-ce que les erreurs répondent aux critères suivants :

  • Elles sont reproductibles chez l’élève
  • Elles ont une certaine persistance
  • Elles ne sont pas isolées
  • Elles peuvent être mises en relation avec d’autres avec lesquelles elles forment un réseau ou un système d’erreurs

L’exemple classique de ce type d’erreurs est le chien qui se couche très souvent sur le signal «assis», et comme par hasard, ils reste aussi souvent assis sur le signal «debout». L’erreur est persistante, n’est pas isolée, et forme un réseau.

Sur ce type d’erreur, le travail est à effectuer par le dresseur, car l’erreur vient de lui !

Les grandes étapes à réaliser par le dresseur dans cette situation:

1. Repérage d’erreurs et de dysfonctionnements et classification (tâtonnements ou erreurs reproductibles ?)
2. Hypothèses sur les processus qui ont amené l’élève à produire ces erreurs et l’origine de ces processus (voir les différents types d’erreurs en fin d’article)
3. Mise en place d’un dispositif pour tester ces hypothèses (cette étape est très importante afin d’éviter de partir sur une mauvaise solution)
4. Modification ou simple adaptation de la méthode d’entraînement (d’où l’intérêt d’avoir une boite à outils bien remplie, et de bien connaître le fonctionnement et les limites d’utilisation de chacun de ces outils).

Je ne rentrerai pas plus en détails sur le traitement de ce type d’erreur car chaque type requiert un traitement différent (peut être dans un prochain article).

L’entraînement à la résistance à l’erreur

« Toutefois, si l’erreur s’avère un précieux outil pédagogique, il convient toutefois de la manier avec précaution afin qu’elle remplisse bien son objectif de reconstruction chez l’apprenant
En ce sens, il ne s’agit pas d’exposer a priori aux étudiants des ‘recettes’ qu’ils doivent apprendre par cœur et appliquer a posteriori, mais de les associer dès le départ à leur propre processus d’apprentissage en les aidant à mettre en place des méthodes qui leur permettront de résoudre par eux-mêmes les problèmes qui s’offrent à eux »

« Ensuite, c’est délivrer des rétroactions (feedback). Crahay ([2], p. 144) donne des conseils utiles concernant les types de réponses à donner à des élèves pour qu’ils tiennent compte de leurs erreurs. “[Il] peut simplement signaler l’erreur [feed-back simple] (c’est faux, tu t’es trompé, etc.). Il peut expliquer le pourquoi de l’erreur (c’est faux parce que…) ; on parle alors de feedback expliqué. Il peut encore fournir un feed-back de contrôle ; celui-ci consiste à inviter l’élève à vérifier [par lui-même] l’exactitude de sa réponse. Il a montré, dans une étude auprès d’élèves de maternelle, que seul le troisième type de feed-back est utile pour faire progresser l’élève.»

On va ici travailler sur le chien afin de le rendre tolérant à l’erreur.

Nous allons dans ce type d’entraînement travailler spécifiquement sur la gestion des erreurs par notre élève canin (cela implique aussi la gestion par le chien de nos propres erreurs de conduite ..).
La séance d’entraînement sera exclusivement organisée autour de cet objectif.

On va mettre en scène l’apparition de l’erreur de façon à pouvoir apprendre au chien à la gérer, à le guider dans la compréhension et la gestion de l’erreur.
Exemple pratique : la résistance à la distraction
L’erreur à mettre en scène : se laisser distraire (tourner la tête au lieu de regarder le conducteur)

  • On va mettre le chien en position de base, il regarde son conducteur.
  • On demande à un ou plusieurs assistants de créer une distraction suffisamment élevée pour faire dévier le regard du chien
  • On va créer un inconfort lié à cette situation , lorsque le regard du chien retourne vers son maître, l’inconfort disparaît et le chien est récompensé par une friandise.
  • Le chien a fait une erreur, on lui a signalé (activation de l’inconfort), on l’a aidé à comprendre l’erreur et encouragé son envie de la corriger (arrêt de l’inconfort + récompense).
  • Après quelques répétitions, le chien va commencer à détourner le regard, se rendre compte lui-même de l’erreur, et se corriger.

Le principe de ce type d’entraînement est toujours le même :

  • on manipule l’environnement de façon à ce que le chien fasse l’erreur
  • On lui indique qu’il a fait une erreur
  • On lui donne l’opportunité de comprendre l’erreur, et de comprendre comment la corriger

Il faudra pratiquer ainsi sur plusieurs type d’erreurs. D’abord simples, puis de plus en plus complexes et variées. C’est un entraînement à part entière, aussi long que l’apprentissage d’un nouveau comportement.

Astuce:

Il est très utile de mettre en place un code sonore (voire visuel) avec son chien  pour lui signaler qu’il est en train de faire une erreur. A ne pas confondre avec le signal d’obligation d’arrêt immédiat d’un comportement qui pourrait être dangereux.

Les différents types d’erreurs

Il est important de les connaître car chacun requiert un traitement particulier, et une mise en scène différente pour le faire apparaître.

On retrouve le même classement dans toutes les études. Voici la présentation qui me semble la plus claire et la plus synthétique :

«- Erreurs dues à mauvaise compréhension des consignes car elles ne sont pas claires

– Erreurs dues à un mauvais décodage des consignes : l’erreur provient de ce que l’élève croit devoir produire

– Erreurs dues à représentation rationnelle des élèves : les obstacles surviennent lorsque nous agissons et réfléchissons avec les moyens dont nous disposons déjà. ces moyens n’étant pas nécessairement appropriés ou corrects, ils amènent à faire des erreurs.

– Erreurs liées à la nature des opérations intellectuelles. Certaines opérations ne sont pas disponibles à tout moment chez les élèves

– Erreurs provenant des démarches adoptées par les élèves. Certaines productions d’élèves sont peut-être trop rapidement étiquetées comme des erreurs alors qu’elles manifestent seulement la diversité des procédures possibles pour résoudre une question posée

– Erreurs dues à une surcharge cognitive : Ce n’est donc pas que leur « cerveau » n’est pas en mesure d’accueillir un «stock» en plus, mais qu’il doit mobiliser trop de choses et qu’il en oublie, ou qu’il oublie l’objectif

– Erreurs liées au fait que les élèves ne font pas le rapprochement entre des outils déjà utilisés dans une discipline et ceux qui sont requis pour une autre discipline : En fait, il semblerait qu’un élève aux prises avec 2 situations dans des disciplines différentes soit d’abord sensible à la similarité de leurs traits de surface. Il ne ferait pas le rapprochement entre leurs outils communs, du moins pas aussi naturellement que le pensait PIAGET.

– Erreurs résultant de la complexité propre du contenu: L’analyse de ce type d’erreur est typique du travail proprement didactique, qui consiste plus souvent qu’on ne le croit à remettre profondément en cause les contenus théoriques et pratiques de l’enseignement ainsi que les méthodes et procédures qui leur sont classiquement associées. Souvent « les voies royales » bien installées par la tradition peuvent s’avérer discutables, voire porteuses d’obstacles imprévus«

Conclusion

Vous connaissez maintenant les bases théoriques sur l’apparition et la gestion des fautes et des erreurs. Je vous ai aussi fait découvrir l’approche constructiviste qui utilise les erreurs pour faire progresser vos élèves.

Vous pouvez maintenant éteindre votre ordinateur et analyser les erreurs de vos chiens, mais aussi les vôtres!

Bibliographie

https://www.reseau-canope.fr/education-prioritaire/agir/item/ressources/lerreur-une-etape-necessaire-de-lapprentissage.html

http://webcom.upmf-grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/erreur.html

http://webcom.upmf-grenoble.fr/sciedu/pdessus/sapea/erreur.html#reason93

http://edutechwiki.unige.ch/fr/Place_de_l%27erreur_dans_l%27apprentissage

https://apliut.revues.org/105

http://www.cahiers-pedagogiques.com/L-erreur-pour-apprendre

http://www.jostrans.org/issue12/art_collombat.pdf

https://iufmmontigny.files.wordpress.com/2011/03/lerreur-dans-les-apprentissages-3.pdf

http://isfecauvergne.org/IMG/pdf/Le_statut_de_l_erreur_dans_l_apprentissage.pdf

http://ac-nice.fr/lettres/index.php/graines-a-semer/139-le-statut-de-l-ereur-dans-la-classe-et-pour-les-apprentissages