L’effet Pygmalion

L’effet Pygmalion

Lorsque j’étais jeune concurrent, un jour de concours, mon chien à fait une erreur grossière. J’ai pensé « quel con ce chien », mais je l’ai pensé tellement fort, que le juge l’a entendu. Il m’a vertement sermonné en m’expliquant qu’il ne fallait jamais dénigrer son chien, qu’il le ressentait, et que cela nuisait à son comportement en concours (et il m’a enlevé des points).

J’ai tout d’abord pensé « quel con ce juge, mon chien est bête, un point c’est tout ». Mais avec l’expérience, je me suis rendu compte qu’il avait complètement raison (le contraire aurait été étonnant car c’est un grand dresseur). Si on doute de son élève, alors il ne va pas progresser, et on va le trouver de plus en plus idiot, et il va encore moins progresser ….

J’ai fait quelques recherches sur le sujet, et j’ai découvert que cet effet a été étudié, et s’appelle l’effet Pygmalion.

Le jugement que porte l’enseignant sur son élève influe sur sa capacité d’apprentissage, et sur son comportement lors des compétitions canines. Cela n’a rien de magique. Si l’enseignant croit dans les capacités de son élève, il sera plus patient, plus attentionné, et en retour l’élève sera plus concentré, plus impliqué.

  Il est très important de renvoyer une image mentale positive à son chien, à l’entraînement comme en concours. Je peux vous assurer que lorsque je rentre sur un terrain de concours, j’encourage Jessy dans ma tête, je me dis « allez ma grande, on va réussir cet exercice », et si elle rate « c’est pas grave, on continue ». Et ça marche. Ceux qui pratiquent le pistage savent tout ce qui peut passer comme information dans la longe. Alors que je vois de nombreux concurrents sur le visage duquel on peut lire des choses qui vont du « qu’est ce que je fais là, je serais mieux au chaud devant la cheminée », au « quelle connerie il va encore me faire aujourd’hui ». Et ça ne loupe pas, le résultat n’est généralement pas terrible. Et si vous interrogez ces concurrents à la sortie du terrain, vous verrez que leur discours est proche de ce que vous avez imaginé.

Et je peux vous assurer que si un de mes élèves dénigre son chien en ma présence, il se fait vertement rappeler à l’ordre.

Positivez, vous n’en aurez que des bénéfices. Mais faite-le avec conviction, soyez sincère, sinon ça ne fonctionne pas!

références:

l’effet Pygmalion

Wikipédia: l’effet pygmalion

L’intensité de la punition

L’intensité de la punition

La punition est elle utile ?

Oui, Mais à condition de l’utiliser avec discernement.

Si vous lisez régulièrement ce blog vous savez que je considère la punition comme un outil parmi d’autres dans la boite à outils du dresseur, et qu’il est important de maîtriser.  Entendons-nous bien, je parle d’une action destinée à faire disparaître un comportement, et uniquement de cela. La punition n’est en aucun cas destinée à apprendre un comportement. Pour cela on utilisera un renforçateur.

Il faut toujours essayer de réfléchir à une solution basée sur la récompense et le renforcement avant de penser « punition ». Un exemple simple : le chien qui marche nez au sol en reniflant. Le premier réflexe est de punir ce comportement. Mais ce n’est pas pour autant que le chien aura compris qu’il doit marcher la tête levée. Il est donc préférable de renforcer les moments ou le chien marche tête levée. Et lorsqu’il relève la tête, il ne peut plus renifler (principe du renforcement d’un comportement incompatible avec celui qu’on veut faire disparaître).

Pour être efficace, en plus de devoir être reliée de façon directe et immédiate au comportement à faire disparaître, la punition doit avoir la bonne intensité. C’est de cela dont cet article va parler.

petite fille et son chien

A quel cerveau s’adresser ?

  • Comme je l’ai déjà expliqué dans cet article, le chien, et son maître, ont 3 cerveaux.
  • – Le cerveau reptilien, primitif, utilisant le réflexe
  • – Le cerveau limbique, utilise l’émotion
  • – Le neocortex, utilise la réflexion

Si on s’adresse au cerveau reptilien,  la punition devra aller jusqu’au seuil de la douleur pour déclencher un réflexe d’évitement. Ce cas est très spécifique, et ne devrait pas être utilisé en dressage.

Le cerveau limbique, ne devrait pas non plus être utilisé pour un dressage efficace.

On préférera utiliser le neocortex, celui de la réflexion,  qui permet d’analyser les conséquences de nos actes, et de construire un comportement de façon solide et durable. Mais comment « parler » à ce cerveau?

cerveau en greve

Une punition de trop faible intensité

La punition étant destinée à faire cesser un comportement, toute action désagréable qui ne fait pas cesser le comportement n’est pas une punition ! C’est juste quelque chose de désagréable.

Vous avez certainement déjà vu des personnes crier à leur chien «STOP», et le chien continuer son activité comme si rien ne se passait… Le punition est dans ce cas typiquement d’un niveau insuffisant. Pire encore, à force de « punir » sans effet, le chien va s’endurcir, et ignorer les punitions d’intensité de plus en plus forte.

C’est pour cela qu’on dit généralement qu’il vaut mieux punir une bonne fois pour toutes plutôt que de « punir » faiblement et à répétition.

Donner de nombreuses petites punitions inefficaces  à son chien s’apparente pour moi à de la maltraitance envers l’animal. Cela peut même s’avérer dangereux avec certains chiens qui vont vouloir faire cesser ce désagrément dont ils ne comprennent pas le sens (morsure). De plus, cela va casser la confiance que le chien a dans votre jugement, vous ne serez plus quelqu’un de respectable à ses yeux.

Mais attention à l’effet inverse d’une punition trop forte !

Une punition de trop forte intensité

Une punition trop forte va inhiber la capacité de réflexion du chien. Il ne va pas la comprendre, et donc elle sera inefficace. Certes, le comportement aura cessé, mais le chien n’aura rien appris. Pire, il va vous considérer, ou ce qui lui a infligé la punition, comme quelque chose de dangereux, à éviter absolument. Vous aurez perdu votre bien le plus précieux, sa confiance. Il peut même assimiler la punition à quelque chose qui n’a rien à voir avec le comportement que vous avez voulu faire disparaître, voire à un comportement que vous souhaitiez renforcer !

 

Comment reconnaître si on a bien dosé l’intensité de la punition ?

Il y a un test simple à faire : vous proposez immédiatement après la punition une activité que votre chien aime. S’il se lance dans l’activité proposée, tout va bien, votre punition a été correctement dosée. S’il reste prostré, ou fuyant, refuse de jouer, c’est que votre punition a été trop forte, et donc contre-productrice. C’est aussi pour moi de la maltraitance.

Alors, comment doser ?

Il n’y a pas de recette miracle. Chaque chien est différent, chaque situation est différente. Il faut observer la réaction de son chien, et s’adapter. On fait des erreurs, mais c’est comme ça qu’on apprend, malheureusement souvent au détriment du chien. Il faut se faire conseiller par quelqu’un qui sait parfaitement utiliser cet outil, et qui saura éviter à votre chien de subir vos erreurs. Lorsque vous arriverez à trouver la bonne intensité du premier coup, c’est-à-dire celle qui fait cesser le comportement tout en maintenant le chien dans son apprentissage, vous aurez franchi une étape importante dans votre vie de dresseur, et apprécierez l’efficacité de cet outil.

jauge

Ça y est, je maîtrise la punition !

Ne vous emballez pas, une punition est toujours utilisée après mûre réflexion, jamais sur un coup de colère. Comme vous venez de le lire, la punition est un outil qui peut s’avérer utile dans le dressage, mais requiert pas mal d’expérience, et les conséquences en cas de grosse erreur ne sont pas anodines. Et je répète ce que j’ai écrit en introduction, Il faut toujours essayer de réfléchir à une solution basée sur la récompense et le renforcement avant de penser punition .

N’oubliez jamais qu’une punition est toujours suivie d’une récompense. Si vous ne comprenez pas pourquoi, alors n’utilisez pas la punition.

friandise

la communication

LA COMMUNICATION

Pourquoi cet article ?

Parce que j’en ai marre d’entendre parler de « contact », de « regard », et autre mots abstraits dont personne n’est capable d’expliquer la signification. Ces mots ne servent qu’à culpabiliser l’autre en lui disant « tu n’as pas de contact avec ton chien », sans savoir expliquer ce qu’est ce contact tant recherché. Cela renforce, certes, le coté mystérieux et énigmatique de celui qui prononce cette phrase, mais ça n’aide pas du tout celui qui a le problème.

Avec mes élèves, je préfère parler de communication. C’est une notion facile à comprendre, nous utilisons tous les jours la communication avec notre entourage, et elle n’est pas toujours simple à mettre en place (ceux qui ont des ados à la maison comprendront vite ce que je veux dire ..).

Quel rapport avec les ordinateurs ?

Pour expliquer ce qu’est la communication entre le conducteur et son chien, je vais prendre un exemple imagé. Imaginez que votre cerveau et celui de votre chien sont deux ordinateurs. Demander à votre chien de s’asseoir, revient à dire qu’une information devra passer d’un cerveau à l’autre, tout comme deux ordinateurs échangeant des informations. Nous le faisons tous les jours, que ce soit avec nos smartphones (qui ne sont que des ordinateurs miniaturisés), ou avec notre ordinateur de la maison.

Je me limiterai à l’usage d’une communication filaire, un câble USB par exemple, car plus simple à visualiser qu’une communication à onde radio.

cable USB

Il faut brancher la prise !

Et surtout, il faut la brancher aux deux bouts du câble de communication ! Cela semble évident lorsqu’on parle d’un câble USB, Alors pourquoi voit-on de nombreux maîtres essayer de transmettre de l’information à leur chien alors que celui-ci est très occupé à jouer avec un congénère, ou a renifler une odeur irrésistible ?  Ces personnes ne se rendent pas compte que le câble de communication est débranché coté chien, et que l’information qu’ils envoient se perd dans l’espace.

Mais comment faire pour brancher la prise coté chien ? On peut essayer de la brancher en force, mais tout comme une prise USB, la communication sera très mauvaise, et on risque fort de casser le branchement. Il est bien plus intéressant que ce soit le chien lui-même qui branche cette prise, de sa propre initiative. On travaille cela en conditionnement opérant, de façon simple. Comme tout apprentissage, on commence dans un endroit calme, et on récompense toute tentative du chien de rentrer en communication avec nous. Puis, petit à petit, on met des distractions, ce qui revient à augmenter les perturbations dans la communication, et on incite son chien à rester branché. Un bel exemple en vidéo. Chaque fois que le chiot entre en contact avec sa maîtresse, il est récompensé.

c’est cette phase que j’appelle « activer » son chien dans cet article http://chiens-actifs.eu/2015/11/chien-active/

La communication full duplex

On a vu que pour faire passer une information à son chien, il faut que la communication soit établie. Mais une fois que c’est fait, l’information doit circuler dans les 2 sens ! Communiquer avec son chien, ce n’est pas seulement lui transmettre l’information, mais c’est aussi savoir décoder toute l’information qu’il nous renvoie afin d’adapter en permanence notre attitude. Pendant la phase de dressage, cela permet d’ajuster en temps réel le niveau d’exigence afin de ne pas le mettre en échec tout en le faisant progresser. Et en compétition, on adaptera en permanence notre attitude en fonction de ce que nous renvoie notre chien (distraction, lassitude, excitation …). C’est à cela qu’on reconnaît un bon conducteur en compétition. Sa communication est claire et épurée (pas d’information parasite qui déconcentrerai le chien), et adaptée en permanence à la situation.

full duplex

Mauvaise qualité de communication et bruit de fond

Tout comme une communication entre deux ordinateurs distant, la communication est souvent brouillée par l’environnement , et l’information est noyée dans un bruit de fond. Il faudra donc apprendre au chien, et au maître, à affiner son logiciel afin de bien trier ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Il est facile de communiquer avec son chien dans la quiétude de son jardin, il l’est beaucoup moins lors d’un championnat sur un stade. Sans parler des activités de recherche opérationnelle au milieu du public qui requiert de la part du chien et du conducteur une grande concentration pour maintenir le canal de communication ouvert et efficace.

Et le regard dans tout ça ?

Vous avez noté que je n’en ai jamais parlé. Cette notion de regard est typiquement humaine. Un humain estime que la communication est pleinement établie avec son congénère que si ils se regardent. Il n’y a rien de plus désagréable de parler à quelqu’un qui ne nous regarde pas. Un chien n’a pas besoin de nous regarder pour être en communication avec nous. Dans de nombreuses disciplines, le chien ne regarde pas fixement son maître, et pourtant ils sont tous les deux en étroite communication (troupeau, pistage, défense, …). Heureusement, car sinon des chiens qui chassent en meute auraient vite fait de perdre la trace du gibier s’ils étaient en permanence à se regarder les uns les autres pour coordonner la traque …

Communiquez cette information

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi je réagis quand j’entends parler de choses aussi abstraites que le regard ou le contact, alors qu’il suffit de parler de communication. Lorsque vous et votre chien êtes passés maîtres dans cet exercice, vous constaterez que la communication s’établit parfois directement de cerceau à cerveau, comme par télépathie . Il n’y a rien de surnaturel, c’est juste que votre chien et vous êtes passé ceinture noire douzième dan en communication ! Votre savez tous les deux détecter l’information la plus subtile au milieu du bruit de fond. Je vous souhaite de vivre avec votre animal ces moments magiques ou nous ne faisons qu’un.

D’ailleurs, que faites vous encore devant votre écran, ce n’est pas comme ça que vous allez communiquer avec votre chien !